Un conflit de travail truffé de demi-vérités

Dans toute l'histoire du conflit de travail au Journal de Montréal, la quasi-totalité de la classe journalistique québécoise a démontré un préjugé clair en faveur des journalistes en lockout. Ceci est une réaction parfaitement compréhensible. Avoir été journaliste, j'aurais eu exactement la même réaction.

À la suite du règlement, certains ont exprimé un mécontentement envers certains aspects du processus ainsi qu'à l'égard du contenu de l'entente elle-même. Là encore, il s'agit d'une réaction parfaitement compréhensible. Il est de l'essence même de la nature humaine de vouloir plus, de vouloir mieux.

Toutefois, je ne peux m'empêcher de réagir au délire de certains. Pour cela, il est utile de rappeler certains faits.

Grâce aux lois fiscales actuellement en vigueur, notamment, les employés en lockout ont bénéficié tout au long du conflit du paiement de 75 % de leur salaire net. L'on conviendra que le fait de gagner 75 % de ses revenus sans avoir à fournir en contrepartie sa prestation de travail ne constitue pas une bien grande incitation à chercher un compromis. À l'inverse, Quebecor continuait à vendre son journal comme si de rien n'était, et ce, sans avoir à assumer l'essentiel de sa masse salariale. Là encore, on ne peut pas dire que cela constituait une incitation à régler.

Le lockout est la contrepartie patronale du droit de grève. Il s'agit d'un acte parfaitement légal et légitime.

L'argument principal invoqué historiquement pour justifier l'ajout au Code du travail du Québec des dispositions interdisant les travailleurs de remplacement était d'éviter la violence physique près des piquets de grève. Cette justification est caduque et non applicable dans le cas du télétravail. Les tribunaux ont d'ailleurs reconnu ce fait. Une modification législative interdisant ce type de travail irait donc bien au-delà de l'objectif initial.

Les indemnités de départ sont de l'ordre de 20 millions de dollars, à être partagées parmi les 170 salariés licenciés (ou 118 000 $ par salarié, en moyenne). Il s'agit d'indemnités supérieures aux normes usuelles.

Selon Le Devoir, le journal Rue Frontenac continuera d'exister — Quebecor avait même offert de financer l'impression de cette publication jusqu'à concurrence d'environ 200 000 $ par an, offre qui fut refusée par les syndiqués.

Plusieurs ont affirmé, et continuent d'affirmer que les conditions de travail au Journal de Montréal étaient «misérables». Or, voici un résumé des principales conditions en vigueur avant l'expiration de la convention collective en décembre 2008:
  • six semaines de vacances payées;
  • salaire annuel moyen de 65 000 $ pour les employés syndiqués aux petites annonces;
  • salaire annuel moyen de 125 000 $ pour les chefs de pupitre et de 88 000 $ pour les journalistes et photographes, le tout avec garantie d'emploi.
Encore une fois, il était tout à fait légitime pour les employés de chercher à défendre leurs acquis, voire de chercher à améliorer leur sort. Par contre, même les plus militants admettront que l'on a déjà vu pire en matière de «misérabilisme».

Mon propos n'est pas de donner «la bénédiction sans confession» à Pierre Karl Péladeau ou à Quebecor. Un conflit est presque toujours le fruit de fautes commises de part et d'autre. Toutefois, je suis par ailleurs franchement tanné de lire et d'entendre tout et n'importe quoi dans ce dossier.

***

Michel Kelly-Gagnon - L'auteur est président de l'Institut économique de Montréal, mais signe cet article à titre personnel

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5 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 mars 2011 01 h 40

    BIN OUI

    Je crois que les employés pensaient gagner facilement, comme si cela n'était que des pécadilles. Ils ont frappé un mur ou leur Waterloo. J'ai toujours dit que, quand on étire trop un élastique, il risque de se briser. HÉLAS, les employés ont mal jugés leur force.

  • Georges Paquet - Inscrit 4 mars 2011 05 h 50

    Oui mais...

    M. Gagnon ne trouve pas très "misérables" les 170 personnes qui se retrouvent sans emploi. Il dit également qu'il est "tanné" d'entendre et de lire tout ce qui s'est dit et écrit sur ce conflit.

    Oui mais...170 personne n'ont plus de travail. Les 75% du salaire reçus durant le conflit n'a pas été payé par l'employeur, mais plutôt par la centrale syndicale, c'est à dire par les autres travailleurs syndiqués. Ça n'a pas coûté grand chose à M. Gagnon.

    On se demande si ce bon Monsieur n'est pas en train de dire aux travailleurs, syndiqués ou non, d'accepter paisiblement d'être mis à la porte quand la compensation qui leur est offerte leur laisse à peu près six mois de revenus pour se trouver un autre emploi. Et la recherche de quoi gagner sa vie et faire vivre sa famille, ce n'est pas l'affaire de M. Gagnon,

    Quand on est du côté des patrons, ça se voit...

  • De St-Éloi - Inscrit 4 mars 2011 06 h 41

    Un manquet complet de délicatesse

    Il es grand temps que l'institut économique de Montréal, qui de toutes façons nous sert toujours le même plat avec une sauce du jour, change de porte parole. Les propos de celui-ci, à la fin d'un conflit où les syndiqués ont beaucoup perdu, manquent de déférence et de savoir vivre. Tous ces propos sont purement idéologiques et sans intérêt. Il est inutile d'en discuter.

  • Francois Bouchard - Inscrit 4 mars 2011 09 h 52

    C'était bien mieux dans le temps...

    Où l'on vivait dans les maisons de la compagnie, dans une ville de compagnie sous la loi de la compagnie, payés en pitons échangeables au magasin de la compagnie. Je rêve du jour où Mouamar Kébékar prendra le contrôle de notre petite bourgade!

  • Victor Beauchesne - Inscrit 4 mars 2011 15 h 47

    où sont allé nos forgerons

    Avant l'automobile, il y avait beaucoup de forgerons et ils étaient bien considérés. Plusieurs d'entre eux n'ont pas été capable de se recycler en mécaniciens d'automobile et ont perdu leur emploi. Aurait-il fallu empêcher le remplacement des chevaux par les autos ? Pourtant c'est ce que prônait la CSN .