De retour de Suède

J'étais curieuse de savoir si la poursuite du plein emploi était toujours au coeur de la politique économique, si le système de «bons» en éducation était encore en vigueur et quelle était la place du privé en santé.

L'objectif du plein emploi transcende toujours la politique publique suédoise. Lors du budget déposé en octobre dernier, le gouvernement a réitéré cet objectif comme étant le but premier de sa politique. Le taux de chômage en Suède est plus élevé que par le passé en raison de la récession mondiale récente et de la présence d'un chômage de longue durée. Mais le gouvernement est persuadé de réussir à réduire le taux de chômage autour de 6 % en 2014.

Rappelons que malgré un taux de chômage plus élevé que par le passé, le pourcentage de personnes occupant un emploi demeure en Suède l'un des plus élevés parmi les pays de l'OCDE. La conjoncture économique est bonne, même si l'économie est fortement dépendante des exportations.

La politique suédoise de l'emploi comporte plusieurs dispositifs dont la composition varie selon la conjoncture. Les services publics d'emploi sont gérés par les partenaires sociaux et l'accent est placé sur les mesures actives plutôt que sur le soutien passif du revenu. Les programmes offerts font l'objet d'ententes de réciprocité avec les personnes en chômage, qui doivent participer aux programmes en échange de l'aide publique.

Actuellement, grâce à des mesures fiscales appropriées, le gouvernement cherche à rendre le travail rémunéré toujours plus alléchant que les mesures passives de soutien du revenu. Le gouvernement a également mis l'accent sur la formation professionnelle et la reconnaissance des acquis pour les adultes.

L'éducation gratuite

Le système d'éducation suédois est complètement accessible et gratuit, de la petite enfance à l'université inclusivement. En même temps, la Suède vise l'efficacité dans la livraison des services éducatifs. Si les études universitaires sont gratuites et accompagnées d'un système de prêt universel (sans égards aux revenus des parents et pour une période maximale de six ans), les programmes universitaires sont contingentés et les places sont attribuées en fonction du dossier scolaire. Les étudiants qui désirent étudier à l'université doivent se motiver pour obtenir de bons résultats dans leurs études préuniversitaires et le droit à l'erreur est balisé.

Pour ce qui est du système préuniversitaire, toutes les écoles, publiques et privées, sont gratuites et financées à partir d'un système selon lequel le financement suit l'étudiant. C'est la liberté du choix de l'école qui prévaut, ajoutant ainsi de la concurrence dans le système. Depuis quelques années, le gouvernement a entrepris d'ouvrir davantage la porte aux écoles privées.

Ainsi, certaines écoles appartiennent à des regroupements de professeurs et sont gérées par ceux-ci; d'autres, par des entreprises privées. Pour assurer le bon fonctionnement de ce système et la prise en compte des besoins de tous les élèves, le gouvernement a mis en place un système d'inspection qui vise à promouvoir la qualité des services éducatifs. Les parents et les élèves sont également invités à utiliser Internet pour se plaindre ou demander qu'une école soit inspectée.

En matière de santé, la Suède a adopté depuis longtemps un ticket modérateur. Mis à part cette charge minimale qui ne peut dépasser par année l'équivalent d'environ 150 $, le système de santé suédois est gratuit et financé par l'État. Les hôpitaux suédois sont financés en fonction des épisodes de soins, c'est-à-dire que le financement suit le patient.

Encore une fois, ce système de financement favorise la concurrence et la performance. De plus, comme dans le cas de l'éducation, la Suède a commencé à privatiser certains hôpitaux. Ainsi, les services de santé sont accessibles à tous, mais la livraison des services est ouverte aux entreprises privées. C'est un dossier à suivre.

Malgré les changements à la faveur du privé, la Suède demeure une social-démocratie. Elle s'inspire toujours des principes fondamentaux que sont le plein emploi et la poursuite de l'égalité des chances pour tous par des services de santé et d'éducation universels et accessibles à tous.

Mes échanges informels m'ont permis de constater que ces réformes semblent généralement bien acceptées. Le recours au privé est considéré comme un moyen d'assurer la pérennité de la social-démocratie. J'ai demandé quelles étaient les positions des syndicats du secteur public sur ces réformes.

On m'a répondu que c'était mal vu pour eux d'intervenir, leur mission n'étant pas de s'opposer aux réformes gouvernementales, mais bien de négocier les conditions de travail de leurs membres. À vérifier. Enfin, tout n'est pas parfait et il y a des débats civilisés qui n'empêchent pas la Suède d'évoluer en fonction des impératifs du XXIe siècle. Bref, j'en suis revenue avec le sentiment que nous avions, au Québec, encore à apprendre d'eux.

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Diane Bellemare - Économiste

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