Appel aux leaders d'ici

Lorsque j'étais dans une chorale, notre directeur musical (un genre de chef d'orchestre pour choristes) nous a un jour expliqué sa théorie du leadership — tout en pointant quelques-uns d'entre nous — avec un phénomène propre à tout groupe, tout orchestre, toute chorale. Lorsqu'il faisait signe d'attaquer une note alors que nous étions en silence, certains d'entre nous attaquaient la note au signal, et d'autres attendaient une fraction de seconde pour l'attaquer. Dans un grand ensemble, ça ne paraît pas, mais c'est ainsi que ça se passe.

Et si ceux qui attaquaient au signal ne le faisaient pas, alors il n'y avait pas de note. Nada. C'est lors d'un de ces moments qu'il nous a expliqué de quoi il en retournait. Ceux qui attaquent la note en n'ayant pas peur du ridicule, d'être les seuls dont le son de leur voix retentirait devant la foule, sont les leaders. Les autres ne le sont simplement pas. Et j'ajouterais, ne le sont simplement pas... encore.

Les vrais leaders...

En politique, ou dans toute organisation sociale, c'est la même chose. Ceux et celles qui sont les premiers à «attaquer la note» sont les leaders. Si on se fie à la métaphore de la musique, leur rôle est d'atténuer la peur de l'humiliation des autres, qui sont prêts à agir, mais qui ont peur de se planter, d'avoir l'air con. Le leader donne confiance au groupe, il transmet sa propre confiance.

Lorsque je regarde simplement les statuts Facebook, la blogosphère, le Net, des leaders dans notre société québécoise, il s'en trouve des milliers, voire des dizaines ou des centaines de milliers, et souvent, ce ne sont pas ceux qui se mettent à l'avant-plan: l'entrepreneur qui lance un produit ou un commerce, sans trop savoir si son idée «géniale» va lui coûter des années d'économies (même avec le meilleur plan d'affaires, on peut échouer). L'entraîneur sportif qui accepte de participer à un tournoi où les forces en présence sont trop fortes pour son équipe. La chef infirmière ou la médecin qui décident d'affronter la meute de malades à l'urgence sans voir la lumière au bout du tunnel. Le professeur qui affronte une classe en difficulté d'apprentissage. La première maman qui a décidé d'allaiter dans un autobus. Ce sont tous et toutes des leaders. Certains en sont conscients, d'autres, par humilité, refusent cette épithète.

... et les faux

Et il y a les faux leaders. Je les appelle les chefs des pleutres. Ce sont ceux et celles qui «attaquent la note», mais pour décourager les autres de le faire. Ceux et celles qui disent: vous ne pouvez pas. Ceux et celles qui utilisent leur courage d'inspirer pour inspirer la crainte, la défaite, l'apathie. Certains chroniqueurs des grands médias. Des politiciens. Des économistes. Des soi-disant sceptiques. Des soi-disant lucides.

Ce sont, en leur genre, des leaders, puisqu'ils osent avant les autres. Mais ils chantent faux. Et ils le font avec tant de véhémence que leur fausse note va décourager le reste de la chorale de chanter. Ils sont légion. Ils rassurent le peuple dans son insécurité. Ils inspirent le statu quo. «On ne peut pas» est leur mantra, la peur est leur source de pouvoir.

Dans les grands moments d'adversité, les vrais leaders se lèvent. Ils font fi de ne pas connaître la partition jusqu'au bout. La note qu'ils doivent chanter dépasse parfois leur registre vocal. Ils ont peur, mais ont cette qualité qui a fait que, des tigres aux dents de sabre aux ères glacières, l'humanité a pu se rendre jusqu'à aujourd'hui. Et ce sont eux et elles qui vont faire que nous continuerons à avancer.

Beaucoup d'entre eux ont été battus, assassinés, dénigrés, ostracisés au cours des siècles, et plus particulièrement lors du siècle dernier. Et bien sûr, on les a montrés au reste pour tuer cette étincelle de confiance chez ceux et celles qui tenteraient de chanter la note au moment voulu. C'est pourquoi les leaders sont cachés. Dans leur foyer. Dans de petits groupes sans influence. Et c'est aussi pourquoi les «chefs des pleutres» font la pluie et le beau temps.

Désir d'agir

Pourtant, l'étincelle vit toujours. Le monde est en train de changer. J'en appelle aux leaders, hommes et femmes, les vrais, pas ceux qui ont peur de leur ombre, à puiser en eux et elles le courage, à l'alimenter comme on alimente un feu de foyer. Ils ne peuvent pas tous nous assassiner, nous bâillonner, nous éteindre, car nous sommes partout. Dans les groupes communautaires, dans les syndicats, chez les entrepreneurs, chez les journalistes, dans les foyers. On nous reconnaît à ce refus d'endosser la peur, à cette vision d'un monde qui peut s'améliorer, à cette capacité d'inspirer. Et surtout, à ce désir d'agir qui en découle.

Vous vous reconnaissez? C'est un début. Continuez d'alimenter le feu, et lorsqu'il sera à point, vous étreindrez votre courage et serez comme des coureurs qui attendent sur les blocs de départ. Vous serez comme le mustang sauvage qui attend que la porte de l'enclos s'ouvre pour pouvoir éjecter le cowboy qui veut vous dompter. Cette force qui dort en vous, elle n'attend que d'être acceptée, respectée, aimée. Réveillez les autres leaders autour de vous. Inspirez les peureux, ne leur accordez que peu d'attention; ils ont leur rôle et vous le vôtre. Le temps n'est plus à les convaincre, eux, le temps est venu de chanter la première note, car la chorale est prête.

Prenez le temps de faire cette acceptation de vous. Observez toutes ces fois où votre leadership s'exprime, où les gens attendent de vous cette fraction de seconde d'avance. Ils veulent chanter, il ne leur manque que le courage, et tel est votre pouvoir. Celui d'inspirer. Un jour, je l'espère, nous aurons tous cette capacité. Pour l'instant, il faut mener le bal. Et voir ça comme un beau moment. Trouvez-vous d'abord, et réveillez les autres leaders autour de vous. Et quand nous chanterons en choeur, les murs tomberont, et avec eux, ces scélérats qui nous gouvernent, tant au Québec que partout dans le monde.


8 commentaires
  • Le prince du Nord - Inscrit 23 février 2011 07 h 08

    Il y aussi..

    Il y a aussi les gérants d'estrade, ceux qui font la morale aux autres, ceux qui sont adeptes de la pensée magique, ceux qui accusent sans donner de nom, qui ne peuvent aller au bout de leur pensée.... ( Certains chroniqueurs des grands médias. Des politiciens. Des économistes. Des soi-disant sceptiques. Des soi-disant lucides.) Si on se mêle de ses propres affaires, cela devrait aller beaucoup mieux dans notre vie. Attendre après les supposés leaders, cela fait plusieurs siècles que cela se fait... avec le résultats que l'on connait...

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 23 février 2011 07 h 23

    «Saint Augustin» et non «Saint-Augustin»

    .

  • pabsta - Abonné 23 février 2011 12 h 42

    Le leader, c'est le deuxième.

    J'adore ce texte. Il est inspirant et nous en avons bien besoin. Ces réflexions sur nos chanteurs politiques, je les partage entièrement...

    Je crois cependant que nous devons faire un examen de conscience car le premier chanteur ne devient pas "leader" par lui-même. C'est par l'action des autres qui suivent l'appel qu'il se métamorphose de "chanteur soliste" à "leader de chorale". En politique ou ailleurs, on pourrait dire se métamorphoser de "fou" à "visionnaire".

    Faire preuve de leadership, c'est aussi prendre la deuxième place. C'est consciemment décider d'appuyer quelqu'un et de "céder sa gloire" au profit du premier pour une cause plus grande. C'est donner la crédibilité au premier qui n'était qu'auparavant seul. N'est-ce pas d'ailleurs ce que je fais en supportant ce texte?

    Sur le message de fond: bravo. Peter Ustinov disait que si la terre devait exploser, la dernière chose que nous entendrions serait la voix d'un expert affirmant que c'est chose impossible. Faire preuve de réalisme est une chose. Inhiber l'initiative en est une autre. À quand la suite?

  • pabsta - Abonné 23 février 2011 13 h 35

    Le leader, c'est aussi le deuxième.

    Je ne peux que féliciter l'auteur pour ce texte. Je partage ces réflexions et cet "appel" lorsqu'il est question de politique. Et l'espoir de changement est la prémisse à tout changement. C'est lorsque l'impossible est pris pour acquis qu'on se construit la plus solide prison.

    Je rajouterai cependant que les leaders sont le produit de deux choses. D'abord, l'initiative, ce que rapporte l'auteur, mais aussi de ceux qui suivent. Le deuxième, celui qui métamorphose le premier chanteur de "soliste" à "meneur", consacre le premier dans sa position de leader. En politique, on dirait qu'il le fait passer de "fou" à "visionnaire".

    Le deuxième est aussi un leader. C'est celui qui délibérément, cède sa "part de gloire" au profit du premier, pour les besoins de la cause qu'il croît aussi juste. N'est-ce pas d'ailleurs, en partie, l'objectif de ce commentaire?

    Peter Ustinov, celui qui incarna Hercule Poirot pendant un temps, affirma que si la terre devait exploser, la dernière chose entendue serait la voix d'un expert affirmant que cela est impossible. Savoir faire le pont entre le réalisme et le rêve (éveillé) est le propre des leaders. Tuer l'initiative n'en est pas.

    Pour avoir ce qu'on a jamais eut, il faut faire ce qu'on a jamais fait. (Danton)

  • plojea01 - Inscrit 23 février 2011 15 h 13

    C'est celui qui engendre le mouvement...

    Le leader n'est souvent pas celui qui entraîne ou pousse quelqu'un ou un groupe è changer de mentalité sur un sujet, mais celui qui cultive un milieu pour en faire ressortir ce qu’il y a de meilleur dans les individus de ce groupe, qui inspire et qui amène ainsi à faire ce qui doit être fait. Les bons leaders font en sorte que les gens se sentent au cœur de l’action et non pas en marge. Les véritables leaders ont la capacité de démontrer aux gens leur valeur et leur potentiel si clairement qu’ils arrivent aussi à les voir en eux. Tous ont le sentiment de faire une différence et de contribuer au succès de l’organisation. À ce moment-là, les gens sentent qu’ils ont un but et cela donne un sens à leur travail. On est loin du compte avec certains de nos décideurs...
    Salutations!