Le fin mot de l'histoire: «Bouter les Anglais hors de France» -- Jeanne d'Arc

L'histoire, la grande, retient souvent quelques phrases qui traversent le temps, mais dont le contexte s'efface des mémoires. Le Devoir publie, tous les lundis de l'été, des textes qui rappellent où, quand, comment, pourquoi des paroles qui deviendront célèbres ont été prononcées.

Au début du XVe siècle, la France et l'Angleterre s'opposent depuis plus de soixante ans, mis à part quelques périodes de trêve, dans ce conflit qui deviendra célèbre sous le nom de guerre de Cent Ans.

Les débuts sont pénibles pour la France qui subit une série de défaites. Elle se relève toutefois sous Charles V grâce au valeureux homme de guerre Bertrand Du Guesclin qui lui redonne plusieurs régions tombées jadis aux mains des Anglais. La situation redevient difficile lorsque le roi Charles VI est frappé de folie. Armagnacs et Bourguignons, deux partis rivaux, ne font rien pour améliorer les choses lorsque, désireux de prendre le contrôle du Conseil du roi et donc de la Couronne, ils plongent la France en pleine guerre civile. Profitant de la situation, le roi d'Angleterre, Henri V, remporte la victoire d'Azincourt puis impose, en 1420, le traité de Troyes qui fait de lui l'héritier de la Couronne de France. Le fils de Charles VI est déshérité. Naturellement, le dauphin Charles refuse de reconnaître ce traité et obtient l'appui du centre et du Sud de la France. De son côté, Henri V, allié aux Bourguignons, est maître du Nord et de l'Ouest du pays.

En 1429, Orléans est donc la seule ville du Nord encore fidèle au dauphin Charles. Malheureusement, elle subit un siège depuis plusieurs mois et est sur le point de capituler. Si Orléans tombe, les Anglais auront le champ libre vers le Sud et c'en sera fait des espoirs de Charles de monter sur le trône de France. Menacée de passer sous la domination d'un roi anglais, la France est dans une position désespérée. C'est alors qu'une rumeur court. Une jeune fille serait en route pour libérer Orléans. On la surnomme... la Pucelle.

À cette époque, il y a quelques années déjà que cette jeune fille, appelée Jeanne d'Arc, a entendu pour la première fois les voix de l'Archange saint Michel et des saintes Catherine et Marguerite. Mais cette fois, elle assume la mission que lui confie Dieu et ne cache plus qu'elle doit chasser les Anglais et faire sacrer le dauphin Charles roi de France.

Jeanne quitte donc sa ville natale de Domrémy dans l'espoir de rencontrer le dauphin. Une première rencontre a lieu au cours de laquelle Jeanne, qui n'a jamais vu Charles, le reconnaît parmi de nombreux courtisans. Mais avant d'écouter davantage la jeune fille, il faut être bien certain de sa bonne foi. De doctes hommes d'Église l'interrogent afin de vérifier si les voix entendues sont bien divines et non démoniaques. Une fois ceux-ci satisfaits, on décide qu'il serait tout de même plus prudent que les dames de la cour, assistées d'une sage-femme, examinent Jeanne pour s'assurer de sa virginité. On est persuadé, à cette époque, que le commerce avec le diable laisse nécessairement des traces physiques sur celle qui s'y adonne. Après examen, il est établi que Jeanne a bel et bien son pucelage. Elle n'a pas été possédée par le diable. Elle n'est pas une sorcière. Convaincu, Charles lui confie une armée et l'envoie délivrer Orléans.

Le 29 avril 1429, Jeanne d'Arc et l'avant-garde de son armée réussissent à pénétrer dans la ville assiégée. Aussitôt, la population reprend courage. Orléans, qui était sur le point de capituler, défendra désormais chèrement sa liberté. Mais avant d'engager le combat, Jeanne tente une ultime manoeuvre diplomatique. Elle fait porter aux assiégeants le message suivant: «Rendez à la Pucelle ci envoyée de par Dieu les clés de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France... Je suis ci venue de par Dieu le roi du Ciel, corps pour corps, pour vous bouter hors de toute France!» Pour seule réponse les Anglais lui font tenir quelques belles grossièretés. Il en faudrait pourtant bien davantage pour décontenancer une jeune fille dont l'inspiration lui vient directement de Dieu. Ainsi, à partir de maintenant, seules les armes parleront.

Dès le 4 mai, les troupes françaises prennent la bastide Saint-Loup, une de ces fortifications construites par les assiégeants anglais autour de la ville. Le surlendemain, c'est la bastide des Augustins qui tombe aux mains des Français. Puis c'est la journée décisive du 7 mai. Se portant à l'assaut de la bastide des Tourelles, Jeanne est blessée d'un tir d'arbalète. Malgré la souffrance, elle continue d'avancer. Inspirés, ses hommes déferlent sur l'armée anglaise qui doit encore une fois reculer. Enfin, le 8 mai, alors que les deux armées se font face les Anglais, soudain, s'en vont sans combattre. Orléans est libérée.

La mission de Jeanne n'est toutefois pas terminée. Elle doit encore faire sacrer le dauphin Charles roi de France. Mais, comme le veut la coutume, le sacre doit avoir lieu à Reims qui, pour le moment, est toujours entourée de possessions anglo-bourguignonnes donc ennemies.

C'est alors le chemin des victoires. Jargeau, Meung, Beaugency, les unes après les autres toutes les villes se soumettent devant l'étendard blanc de la Pucelle. Et c'est la magnifique victoire de Patay qui venge la défaite d'Azincourt. Puis Troyes, cette ville symbolique où avait été signé neuf ans plus tôt le traité qui déshéritait Charles, se rend à son tour. Désormais, plus rien ne s'érige devant lui. Le 17 juillet 1429, le dauphin, Jeanne d'Arc à ses côtés, est sacré roi de France dans la cathédrale de Reims. Plus personne ne peut contester la légitimité de sa couronne. Par ce sacre à Reims, Charles VII est le seul et vrai souverain de France, et ce, de par le bon vouloir de Dieu. Jeanne a rempli sa mission.

La suite est bien connue. Jeanne est faite prisonnière par les Bourguignons sans que Charles VII, qui lui doit pourtant sa couronne, ne tente quoi que ce soit pour la secourir. Vendue aux Anglais, ces derniers la font périr sur le bûcher le 30 mai 1431 à Rouen. Elle est toutefois réhabilitée en 1456. Béatifiée en 1909, elle est finalement canonisée en 1920 par le pape Benoît XV.

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