Jean-Marc Léger 1927-2011- Vision, passions et réalisations

«Monsieur Léger»<br />
Photo: Source Denis Chalifour «Monsieur Léger»

Jean-Marc Léger nous a quittés. La vérité est plus complexe.

Quelque chose de lui nous manquera à tout jamais, son panache, son élégance, son amour pour la langue française, sa voix rare, ses mots choisis avec soin, vibrants, engageants, généreux, souvent drôles, quelquefois ironiques mais jamais vides. Jean-Marc Léger avait horreur du vide.

Quelque chose de lui demeurera avec nous aussi loin que l'on puisse voir dans l'avenir. Sa vision de la fragilité des communautés francophones dans le monde et l'absolue nécessité de leur rassemblement dont il fut le premier architecte à l'échelle internationale. Ce rassemblement porte à tout jamais sa signature.

Nous lui devons le premier regroupement des universités de langue française, l'actuelle Agence universitaire de la Francophonie. Nous lui devons aussi, excusez du peu, l'actuelle Organisation internationale de la Francophonie.

En effet, c'est à «monsieur Léger», comme on le désigne encore à Paris, Genève, Bordeaux, Antananarivo, Rabat, Dakar, Niamey, Yaoundé et partout sur le continent africain, que Senghor, Bourguiba, Diori et Malraux ont confié, voilà un demi-siècle, la mission de donner sens et substance au premier regroupement d'États francophones dans l'histoire. Il a alors conjugué sa vision à la leur et placé dans la longue durée le destin de notre langue et des cultures qu'elle exprime, anime et crée. Je l'ai rappelé précédemment, Jean-Marc avait horreur du vide. Cet esprit droit, fécond et indépendant quittera sa fonction de premier secrétaire général de la Francophonie quand il lui apparut que l'on voulait réduire à peu de chose le grand dessein qui était le sien. Le temps lui donnera raison et redressera l'idée et l'idéal de la communauté francophone internationale.

Passion et exigences

D'autres diront mieux que moi sa passion pour le Québec, qu'il a représenté à Bruxelles et qui explique tout de sa vision et de ses réalisations. Pour ma part, j'ai été témoin de ses passions pour la langue française, de ses exigences à l'endroit de ceux qui la parlent, de ses enthousiasmes et de ses craintes concernant son avenir dans ce temps dit de mondialisation.

J'ai aussi été témoin de sa passion pour l'Afrique dont il avait une connaissance intime, ancienne et actuelle. Dans son bel ouvrage Afrique française, Afrique nouvelle publié en 1958 et dans ses Mémoires publiés en 2000, ces passions se déploient avec force, clarté et intelligence. Le journaliste de La Presse et du Devoir avait plus que du métier. Il était l'homme d'une loyauté, l'homme d'une fidélité.

J'ai rappelé certaines des réalisations de Jean-Marc: une très grande cuvée incontestablement. Mais mon souvenir est aussi personnel. Devenu son successeur à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie en 1990, on nous disait alors dans deux camps opposés. Je le vois encore, debout dans mon bureau du quai André Citroën et l'entend me dire dans son style unique: «Mon cher Jean-Louis, il ne faut pas croire ces rumeurs idiotes. Dites-moi ce que je puis faire pour la réussite de votre mandat.» En suivi, j'ai bénéficié de sa loyauté indéfectible et de ses conseils précieux.

Le Québec vient de perdre l'un de ses fils les plus éminents. Mais sa vision, ses passions et ses réalisations lui assurent une place dans la mémoire, les esprits et le coeur d'un grand nombre dans le monde. S'il la connaissait, ce grand nombre venu de tous les horizons lui chanterait «Mon cher Jean-Marc...» et, les yeux brillants et la tête haute, il dirait sans doute: «Ce n'est pas sérieux.»

Merci infiniment, Monsieur Léger.
1 commentaire
  • hekpazo jacqueline - Inscrite 16 février 2011 12 h 35

    Nationalisme québécois, Afrique et Francophonie...

    Dans un article du 24 avril 1999 du Devoir, Jean-Marc Léger écrivait ceci:
    «Il est temps de sortir de la confusion et de revenir aux vérités élémentaires. Qu'est-ce donc qui a expliqué et justifié hier la lutte pour la survivance, puis la lutte pour l'autonomie, qui explique et justifie aujourd'hui la recherche selon le cas d'un statut particulier ou de la souveraineté, sinon la spécificité du Québec? Et qu'est-ce qui fonde sa spécificité, sinon ses origines françaises, son histoire singulière, son patrimoine culturel et spirituel, sa langue française? »...
    Jean-Marc Léger a toujours fait du français «un objet de
    fierté, une urgence nationale, un patrimoine transcendant les frontières».
    D'où son implication à divers niveaux dont le socle reposait sur 3 éléments essentiels: l'Afrique, la Francophonie et le nationalisme québécois.
    ...Trois éléments d'un avenir à partager?

    Mentionnons aussi que la création de la Francophonie se voulait le «pendant» du Commonwealth of Nations, formé par les anciennes colonies de l'empire britannique...Ce qui nous ramène à une difficulté de taille pour l'Afrique: la langue de l'ancien colonisateur doit-elle être promue et défendue?

    Jacqueline Hekpazo
    www.raaq.net