Transport de déchets radioactifs sur le fleuve - Quelle protection au juste?

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) vient de donner l'autorisation à Bruce Power d'acheminer 16 générateurs de vapeur contaminés par bateau jusqu'en Suède, en dépit de l'opposition de nombreuses villes situées le long du Saint-Laurent, de plusieurs groupes écologistes, de médecins, de scientifiques et de citoyens bien informés.
Photo: Illustration: Christian Tiffet - Le Devoir La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) vient de donner l'autorisation à Bruce Power d'acheminer 16 générateurs de vapeur contaminés par bateau jusqu'en Suède, en dépit de l'opposition de nombreuses villes situées le long du Saint-Laurent, de plusieurs groupes écologistes, de médecins, de scientifiques et de citoyens bien informés.

Incroyable. La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) vient de donner l'autorisation à Bruce Power d'acheminer 16 générateurs de vapeur contaminés par bateau jusqu'en Suède, en dépit de l'opposition de nombreuses villes situées le long du Saint-Laurent, de plusieurs groupes écologistes, de médecins, de scientifiques et de citoyens bien informés. Dès le départ, les dirigeants de cette centrale nucléaire ontarienne avaient tenté d'éviter le débat en qualifiant ces objets de ferrailles recyclables alors qu'il s'agit en fait de déchets radioactifs.

Bruce Power a répété à quelques reprises que les risques potentiels de ce projet sont infimes puisque chaque générateur de vapeur de 100 tonnes contient à peine quelques grammes de produits radioactifs. Présenté ainsi, ce projet est rassurant. On a cependant omis de spécifier la toxicité sans égale de ces produits.

Il y a longtemps, le physicien Enrico Fermi, l'inventeur de la première pile à uranium et un des pères de la bombe atomique, a été invité par le Sénat américain. On s'inquiétait alors du danger pour la santé des relâchements répétés de produits radioactifs dans l'atmosphère à la suite de l'explosion de plusieurs bombes nucléaires. Les sénateurs savaient que ces produits cancérigènes et mutagènes retomberaient inévitablement au sol un jour. Fermi leur expliqua que tous les produits radioactifs relâchés jusque-là étaient peu abondants et qu'ils tiendraient dans un seau de la taille de ceux qu'on utilise pour laver les planchers. Mais il ajouta ensuite: si on jetait une cuillerée à café de son contenu sur New York, cela tuerait instantanément 100 000 à 150 000 personnes.

Niveau de toxicité


Et si l'on parlait de l'accident de 1957, à Windscale au Royaume-Uni, un accident «très peu probable», selon l'industrie? Cet incendie dans un réacteur nucléaire a rejeté dans l'environnement 20 000 curies d'iode radioactif en plus de nombreux autres produits de fission, ce qui est énorme. Eh bien, ce niveau radioactif de 20 000 curies correspond à moins de 2/10 de gramme d'iode-131. Vous avez bien lu: moins de 2/10 de gramme. Et cette quantité a suffi pour provoquer diverses maladies, tuer des gens et rendre impropre à la consommation le lait et plusieurs autres denrées alimentaires sur un territoire de 500 km2 durant des semaines. Cela donne une idée du niveau de toxicité auquel on fait face dans ce dossier.

Compte tenu de ces faits, comment la CCSN peut-elle permettre ce transport de déchets radioactifs sur le lac Ontario et sur le Saint-Laurent, la principale source d'eau potable de millions de personnes? Chacun de ces générateurs contient environ une once de produits radioactifs, ce qui correspond à 28 grammes (140 fois la quantité d'iode-131 relâchée à Windscale). Pire: les composantes résiduelles les plus toxiques passeront à nouveau chez nous, avant de retourner à la centrale de Bruce Power pour enfouissement final.

En fait, ce projet ne considère ni l'environnement ni la santé publique. Il vise plutôt à réduire le volume de déchets radioactifs à traiter au Canada, comme l'a clairement dit Michael Binder, le directeur de la CCSN, aux audiences publiques sur ce dossier le 29 septembre dernier. Et cela, même si ça implique de faire voyager des produits dangereux dans la vallée du Saint-Laurent, en plus de permettre la refonte de métaux contaminés qui seront ensuite mélangés avec d'autres métaux avant d'être revendus sur le marché mondial.

Au moment où plusieurs réacteurs canadiens ont besoin de rénovations majeures, cette décision de la CCSN protège davantage les intérêts de Bruce Power et de l'industrie nucléaire canadienne que quoi que ce soit d'autre. C'est inacceptable.
3 commentaires
  • Rodrigue Guimont - Abonnée 8 février 2011 09 h 07

    Alerte internationale...

    C’est impensable un tel parcours et je ne comprends toujours pas pourquoi la Commission Canadienne de Sureté Nucléaire a autorisée une demande de Bruce Power d’Ontario.

    Ce sont les différents groupes écologiques internationaux qu’il faut informer et avertir de cette folle décision qui menace la sécurité et la sureté de toute la planète.

  • Yvan Dutil - Inscrit 8 février 2011 12 h 38

    Une logique évidente

    Les composés radioactifs sont imprégnés dans le premier millimètre de la face interne de générateur de vapeur. Cela a pris 40 ans à de l'eau chaude sous-pression pour accumuler ces isotopes radioactifs. Dans de l'eau froide à basse pression, cela prendrait des siècles à les libérer dans l'environnement. De plus, ces composés radioactifs sont isolés par 5 cm d'acier à haute performance. qui a les a résisté à la corrosion de l'eau chaude pendant 40 ans.

    Ce type de matériel radioactif présente des risques extrêmement faibles pour l'environnement.

  • Oznog - Inscrit 9 février 2011 10 h 40

    Admetons

    @Yvan Dutil. Ok, admettons que vous ayez raison, que vous n'êtes pas payé pour se faire ni actionnaire de l'entreprise. Que le naufrage d'un tel navire ne serait pas plus dangereux qu'un chargement de blé OGM... Et surtout que cette décision ne s'appliquerait que pour cette cargaison sans entrainer l'ouverture de ce marché sans restriction.

    Je veux bien vous croire. Pourquoi alors ne pas développer cette expertise? Nous qui accueillons des déchets radioactifs des É.-U. depuis des lustres. Pourquoi s'en remettre au Danemark? Ne serait-ce pas parce que l'Union européenne permet de dissoudre ce négligeable produit radioactif dans dix partis d'acier non contaminé pour ensuite le revendre? Notez que l'homéopathie est légale au Canada ;-)) À force de petit détail négligeable, nous sommes en train de polluer l'océan. C'était pourtant improbable!

    Et finalement, malgré le ton rassurant de La Commission canadienne de sûreté nucléaire. Pourquoi donc l'Association américaine des aciéristes s'y oppose totalement? Qu’elle soit fondée ou non, nos craintes sont peut-être l'écho d'une réalité!