Groupe de travail sur le journalisme - L'information au Québec: un effort collectif s'impose

Des journalistes assistent à une conférence de presse du maire de Montréal, Gérald Tremblay. Dès le début des années 1970, l’accroissement de la concentration a soulevé des inquiétudes dans le milieu journalistique et, dans une moindre mesure, dans les milieux politiques, et la population canadienne et québécoise en général.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des journalistes assistent à une conférence de presse du maire de Montréal, Gérald Tremblay. Dès le début des années 1970, l’accroissement de la concentration a soulevé des inquiétudes dans le milieu journalistique et, dans une moindre mesure, dans les milieux politiques, et la population canadienne et québécoise en général.

Après un an de travaux, c'est le déséquilibre qui nous semble être l'une des caractéristiques les plus frappantes de la situation actuelle de la presse et du journalisme québécois.

Déséquilibre entre les régions et les citoyens en matière d'accès à une information diversifiée sur l'ensemble du territoire. Déséquilibre dans les rapports entre les journalistes et les patrons de presse, entre les journalistes professionnels et les autres communicateurs, amateurs ou professionnels. [...] Or, ce déséquilibre existe aussi au sein du système lui-même: celui-ci connaît en effet d'importants seuils de concentration de la propriété dans le milieu de la presse écrite quotidienne, des journaux hebdomadaires, des magazines, de la radio et de la télévision.

Le mandat du Groupe de travail ne portait pas sur la concentration de la propriété des médias, mais nous ne pouvons exclure de notre réflexion cette réalité, tout comme ses conséquences. Ce phénomène n'a rien de nouveau. Dès le début des années 1970, l'accroissement de la concentration a soulevé des inquiétudes dans le milieu journalistique et, dans une moindre mesure, dans les milieux politiques, et la population canadienne et québécoise en général. [...]

Des rapports [publiés dans le passé] admettent les indéniables avantages économiques de la concentration de la propriété des médias. Ils en soulignent aussi les conséquences potentiellement négatives, que ce soit en matière de pluralisme et de diversité des sources d'information, ou que cela entraîne la monopolisation du marché publicitaire et l'uniformisation de l'information fournie aux citoyennes et aux citoyens, un risque contre lequel met en garde, entre autres, le Conseil de presse du Québec dans son guide de déontologie.

Malgré le fait que les contextes socio-économiques et politiques aient changé entre 1970 et 2010, force est de constater que ces inquiétudes persistent depuis 40 ans. Comment expliquer alors l'absence de politiques, de lois et de règlements pour limiter la concentration de la presse au Québec?

Grand paradoxe

D'abord, le Québec ne dispose pas de tous les outils pour établir de telles règles, contrairement à ce que peut faire le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) au moment de l'attribution, de l'examen ou du renouvellement des licences. Voici pour une première raison objective.

Cependant, cette absence de politiques québécoises relatives à la propriété des médias ne s'explique pas seulement par des incapacités législatives ou réglementaires, ni même par l'absence de courage politique ou par le règne de l'économie triomphante. Elle résulte du grand paradoxe — bien identifié par des spécialistes de l'économie des médias — qui caractérise la production de l'information d'intérêt public: la production d'un bien collectif (l'information), essentiel au fonctionnement de la démocratie, est dévolue à des entreprises privées astreintes à une logique commerciale légitime dans le système économique qui prévaut au Québec.

Ainsi continuons-nous collectivement d'attribuer une mission sociale essentielle à l'information pour une démocratie effective et efficiente, tout en protégeant la liberté commerciale des entreprises chargées d'assurer cette mission. Selon cette conception, le marché devait pouvoir assurer ce mandat, et les arguments économiques ont prévalu au moment de faire des choix politiques pour limiter la concentration de la propriété des médias. Ce paradoxe s'est mué en un confortable laisser-faire, malgré quelques soubresauts alarmés et épisodiques de l'opinion publique et des milieux politiques. Des soubresauts qui, il faut bien l'avouer, ne se sont pas traduits en gestes concrets de la part des pouvoirs publics. [...]

1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 27 janvier 2011 09 h 21

    Combler le vide

    "Ainsi continuons-nous collectivement d'attribuer une mission sociale essentielle à l'information pour une démocratie effective et efficiente, tout en protégeant la liberté commerciale des entreprises chargées d'assurer cette mission", dit madame Payette.
    On pourrait ajouter que c'est l'avènement d'Internet et des médias sociaux qui oblige maintenant la communauté journalistique à résoudre ce paradoxe car la population se charge en partie actuellement elle-même de combler son besoin d'être adéquatement informée même si c'est avec des moyens limités et des compétences imparfaites.