L'avilissement de l'Assemblée nationale

Les dévots de l'avilissement de l'Assemblée nationale du Québec qui m'ont pris pour cible le 14 décembre 2000 en prennent pour leur rhume. Monsieur Paul Bégin, ancien ministre de la Justice, a amené cette semaine 51 députés du Parti québécois, soit 77 % des votants, à exprimer leurs regrets d'avoir voté sous contrainte une motion inique et sans précédent en quatre siècles d'histoire du parlementarisme.

Initiative heureuse, qui remet en question la fonction, le rôle et les limites des élus de la souveraineté populaire. Un parlement n'est ni une maternelle, ni un enclos de moutons, ni une machine enregistreuse de l'humeur des chefs de parti. La discipline est parfois nécessaire, mais ne devrait pas être nécessaire tout le temps. Il faut laisser les députés respirer, leur donner un espace de liberté, sans quoi le guignol dont j'ai été l'objet risque de se répéter et, pis encore, compromettre l'une des plus grandes conquêtes du Siècle des lumières, la liberté d'expression.

Déchéance d'un parti

Monsieur Bégin, grâce à sa persistance, sa ténacité, son sens de la justice et ses talents de plaideur, a réussi l'impossible: convaincre 51 députés du PQ de prendre le chemin de Canossa et de reconnaître leur erreur, voilà un autre précédent, celui-là honorable et digne de passer à l'Histoire.

Le fait que pas un seul des députés libéraux de l'époque qui ont participé à mon «exécution parlementaire» (Gaston Deschênes. L'Affaire Michaud. Chronique d'une exécution parlementaire, Septentrion) n'ait exprimé le moindre regret en dit long sur la déchéance d'un parti qui fut jadis honorable. Son chef actuel, ancien ministre conservateur au Parlement du Canada, parrain de la motion scélérate, et son inénarrable ministre de la Justice ne voient rien de répréhensible à traîner un citoyen dans la boue pour des propos imaginaires et inventés. Je suis fier d'avoir été député libéral sous Jean Lesage, tout comme sous René Lévesque. Les temps ont changé. Dommage qu'il n'existe plus un seul juste dans le Parti libéral d'aujourd'hui!

Mme Marois, en revanche, tout en reconnaissant que les députés du Parti québécois n'avaient pas été «équitables» à mon endroit, notamment le fait de me condamner sans m'entendre, a demandé au président de l'Assemblée nationale de revoir les règlements sous cet aspect spécifique. C'est une avancée, mais il faudra bien un jour se poser la question fondamentale: l'Assemblée nationale a-t-elle compétence pour se transformer en bourreau et exécuter un citoyen avant que le processus judiciaire l'ait reconnu coupable? Et encore! Je n'ai jamais eu de réponse à cette question, sauf des démêlés judiciaires qui m'ont rappelé la grande vérité de M. de La Fontaine: selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir (Les Animaux malades de la peste).

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Yves Michaud - Ancien député à l'Assemblée nationale du Québec
15 commentaires
  • Michel Bédard - Inscrit 15 janvier 2011 04 h 41

    Toujours un plaisir de vous lire, M.Michaud.

    Il appert que l'Assemblée nationale, dirigé par Jean Charest, ne présentera pas d'excuse publique... Persister à nier l'erreur, et refuser de s'amender en dit long sur la qualité de nos "élus" libéraux. Mais ça en révèle davantage sur la valeur même de ces dites "personnes". Ce qui me glace le sang, c'est l'absence totale d'élégance, d'honneur, d'humanité. Ce qui me sidère, c'est le mutisme de mon ex-député Boulerice et de l'ex-pm Lucien Bouchard ? Cette sombre histoire nous aura quand même permis de mieux connaître l'essence, la vraie nature de certaines personnes, le métal (mou) dont sont faits nos représentants. Certains n'ont pas été à la hauteur d'eux-mêmes, de leur potentiel.

    Cette incroyable "FOLIE" du blâme non fondé m'a également rappelé une grande vérité de... John Diefenbaker, pm du pays de 1957 à 63: "Un parlement est un hôpital psychiatrique dirigé par ses propres patients" (pointe tirée probablement de sa fable, Les Animaux malades qui pestent et empestent...).

    M.Michaud, merci pour tout ce que vous avez fait pour le Québec. Votre oeuvre est d'autant plus estimable et digne de mention que les ex-députés impliqués publiquement pour le bien commun sont plutôt rares.

  • Andre Vallee - Abonné 15 janvier 2011 07 h 00

    Cher ami

    J'ai dit cher ami au nom de tous ceux qui vous connaissent pour votre distinction et votre sens de la responsabilité sociale. La société vous doit plus que vous lui devez.
    Et vous serez plus grand dans l'histoire que ceux qui vous condamnent encore.

  • meme moi ici - Inscrite 15 janvier 2011 08 h 21

    m, Michaud

    vous signez "ancien" député... alors que selon moi et beaucoup d'autres vous êtes encore et toujours un digne représentant du citoyen,... beaucoup plus que les dépités plq qui salissent les sièges de l assemblée nationale...
    nous les en sortirons et le plus tôt sera le mieux...
    j'avoue que les nouvelles venant de tunésie donne envie aussi de mettre charest dans un avion pour une destination lointaine aller seulement...
    que ce gouvernement ressemble en plusieurs point a celui de ali
    j espère seulement que les québécois ne s'enfonceront pas pendant 23 ans avant de réagir

  • meme moi ici - Inscrite 15 janvier 2011 08 h 26

    bon travail

    il faudra aussi souligner le travail de M, Pierre Cloutier
    qui veut convaincre les 5 récalcitrants:))
    les libéraux eux, ils pourront s'enfoncer dans leur m....

  • Ouhgo - Inscrit 15 janvier 2011 10 h 04

    le fabuliste Ésope vous précéda dans l'infamie vengeresse

    Monsieur Michaud, qui nous faites languir maintenant de vos citations latines, et vous rabattez sur LaFontaine, voici le sort que subit avant même l'ère chrétienne l'inspirateur du fabuliste, Ésope lui-même:

    "...envoyé dans diverses cités grecques comme émissaire de Crésus. Chargé ,par celui-ci, de porter des offrandes au temple de Delphes. Là, il dévoila les fraudes commises par les prêtres d' Apollon. Ceux-ci se vengèrent en l'accusant de vol d' une coupe en or consacrée au Dieu.
    Esope fut jugé et condamné à être jeté du haut d'un précipice. Après la mort d'Esope, le malheur, dit-on, s'abattit sur Delphes et ses habitants."