Pierre Karl Péladeau: l'art de la nuance?

La réplique du président de Quebecor, Pierre Karl Pédaldeau, au chroniqueur du Devoir Gil Courtemanche, publiée samedi dernier, m'a heurté. Voilà un homme puissant, qui a hérité d'une immense fortune, qui a les moyens de rendre notre société plus juste et plus prospère, et qui, hélas, fait la guerre à sa ressource la plus précieuse, sa main-d'œuvre.

Le jugement qu'il porte sur elle reflète un profond mépris et témoigne de vifs ressentiments envers le syndicalisme. Son discours tendancieux, farci de sophismes, laisse entendre que le succès économique est uniquement affaire de compétences patronales et que l'échec par contre découle de tyrannies syndicales.

Toujours montrer du doigt les travailleurs pour expliquer les déboires financiers est réducteur et profondément injuste. Tant de facteurs sont en cause: la conjoncture, les changements technologiques et les nouvelles modes, la mondialisation et la concurrence accrue, la cupidité effrénée et la corruption, la hausse du coût du pétrole et des matières premières, l'usure du pouvoir! D'un homme d'affaires averti, nous sommes en droit d'en attendre plus!

La prétention

M. Péladeau voit surtout des colonnes de chiffres. Il juge les gens en termes de dollars à perdre ou à gagner, évalue leur comportement sur la base de son propre intérêt. En s'attaquant au monde du travail, en écrasant toute résistance syndicale, il croit assainir le milieu et aplanir la voie qui mène à la richesse. De fait, il contribue à creuser davantage le fossé entre les riches et les pauvres, à accentuer les écarts, déjà trop grands, entre les gens d'affaires et les gens ordinaires, à accroître la méfiance envers l'establishment économique et politique, bref à semer dans l'opinion des idées qui dressent les gens les uns contre les autres et gonflent les tensions sociales.

Et que penser de cet argument qui cherche à subordonner «la liberté de choisir notre destin» ou encore «la pérennité de la nation» à la prospérité de ses entreprises! Quelle prétention! M. Péladeau n'a jamais reçu ce mandat. Sa mission consiste à faire de l'argent, celle de M. Courtemanche à militer en faveur du respect mutuel et d'un équitable partage, lequel exige une tout autre attitude, faite d'ouverture et de générosité. Ce Don Quichotte, qui nous ressemble et nous rassemble, plaide en faveur d'un enrichissement qui soit collectif et qui se fasse dans la considération et l'intérêt de tous. Il a raison.

La Californie recèle de gens riches comme M. Péladeau, mais cet État est endetté jusqu'au cou et la pauvreté et la misère y sévissent. Les succès financiers de Quebecor ne garantissent rien, surtout s'ils se font sur le dos d'honnêtes travailleurs et au détriment d'un climat qui a fait du Québec une économie des plus prospères et une société des plus égalitaires.

Cet homme ambitieux se sent investi du devoir de nous libérer d'un joug qui pèse sur notre société et notre avenir. Voilà un grand péril: qu'il nous entraîne dans une sombre idéologie du passé et qu'il creuse la tombe d'espoirs perdus, de droits bafoués, d'aspirations individuelles et collectives vaincues et disparues.

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8 commentaires
  • Gilles Arpin - Inscrit 14 janvier 2011 09 h 32

    Quelqu'un peut-il répondre à une simple question?

    Je viens de déménager à Montréal de London, ON, où j'ai habité pendant 19 ans. Durant cette période, j'ai fait mon grand possible pour suivre l'actualité au Québec et maintenant je me tiens à jour sur ce qui ce passe dans le ROC.

    Quebecor (Osprey Media) possède 26 quotidiens régionaux et 33 autres journaux en Ontario, en plus du London Free Press, du Ottawa Sun et du Toronto Sun. À cette liste s’ajoutent les quotidiens gratuits distribués aux usagers du transport en commun d'Ottawa et de Toronto.

    http://quebecor.com/NewspapersWeeklies/Dailies.asp

    Je ne suis pas au courant de conflits récents opposant les syndicats ou employés de ces médias avec le "management".

    MA QUESTION? Pourquoi Le Devoir et les autres journaux québécois ne nous rapportent-ils pas la situation touchant les employés de ces journaux hors Québec, tous syndiqués à ma connaissance?

    Si les syndiqués des autres provinces se plaignent autant que leurs confrères et consœurs du Québec, je comprendrais alors pourquoi tant d’individus sont portés à « crucifier » PKP sur la place publique.

    Sinon...

  • ARKA777 - Inscrit 14 janvier 2011 09 h 45

    le vent a tourné de bord

    Merci ! à l'auteur de ce commentaire juste et réféchi.

    P.K.Péladeau me semble sous l'effet de la Peur (la grosse panique) car le peuple commence a se réveiller. Cela est menaçant pour l'élite qui, jusqu'ici parvenait à faire peur au peuple et donc le controlait à volonté. ''Le vent a tourné de bord''. C'est l'élite qui a peur devant la confiance en soi que développe le peuple.

  • Claude Archambault - Inscrit 14 janvier 2011 09 h 59

    Dans la majorité des cas les syndicats sont à blâmer

    Dans la majorité des cas les syndicats sont à blâmer quand une entreprise est obliger de fermer à cause des causes externe qui sont mentionnés: la conjoncture, les changements technologiques et les nouvelles modes, la mondialisation et la concurrence accrue, la cupidité effrénée et la corruption ???? (dans le cas d'une entreprise privé), la hausse du coût du pétrole et des matières premières, l'usure du pouvoir (encore ???? dans le privé on est le propriétaire on est pas élu le pouvoir appartient au propriétaire de l'entreprise il ne peu y avoir usure)!

    Les syndicat sont à blâmer car une de leur principe et que jamais ils n'accepteront un recule dans les conditions de travail et qu'il tentent toujours de prendre le contrôle de l'entreprise. Soit par des plancher d'emplois, des descriptions de tache très réglementés, aucune flexibilité, attaque du droit de gérance de l'entreprise.
    Quand les conditions externe change, l'entreprise se doit de pouvoir agir rapidement et sans entrave, si cela veut dire des coupures de salaire (qui peuvent simplement être une augmentation des heures travaillés ce qui n’affecte en rien les finances des employés), de condition, changement d’horaire et d'affectation et à la rigueur des mises à pieds; elle doit pouvoir le faire sans entrave. Mais souvent les syndicats refusent tout compromis, ici au Québec on a vue plusieurs compagnie ou des travailleur non spécialisé ayant des taux horaire bien au dessus de la moyenne refuser tout compromis et ont préféré la perte d'emplois à des coupures.

  • Jean Michaud - Inscrit 14 janvier 2011 13 h 53

    PKP l'art de manipuler

    Pierre Karl Péladeau, a semé l'assemblé National de laisser ses scabs faire leurs travail, pourtant aucun des journalistes du Journal de Québec ne peut critiquer les émissions de TVA sinon ils perdent leur job. Aucune critique mais pour critiquer une pièce de théâtre OK, ils n'ont que 30mille $ pour le spectacle, pas grave mais le Banquier pas touche, la poule, pas touche, OC pas touche, aucune critique n'est acceptée contre TVA. La censure de PKP = des journalistes à genou. Quand le journal de Montréal signera, les journalistes feront comme à Québec et se mettront à genou devant Pierre Karl Péladeau.

  • emeri - Inscrit 14 janvier 2011 13 h 58

    La guerre!

    Sachez, monsieur Lamarche, que la guerre (syndicale s'entend)
    est un petit jeu qui se joue à deux.
    Vous dites que Pierre Karl Péladeau fait la guerre à sa plus précieuse
    ressource. Peut-être.
    Pour un, je pose la question:et si ce serait les employés syndiqués
    qui font la guerre à Pierre Karl, vous dites quoi?

    Et bien mon cher monsieur, toute la question est là. Depuis les
    touts débuts de ce lock-out, jamais nous n'avons été renseigné
    sur les vrais raisons de ce malheureux conflit.

    Certains parlent d'une commission parlementaire pour faire toute la
    lumière sur cette affaire.
    Pour un, j' en suis et au plus vite.

    Parce que, c'est l'évidence même: ça traîne, donc ça se sali.

    Réjean Grenier
    Rentier depuis des lunes.