Réplique à Christian Rioux - L'Acadie internationale et le Québec

Il est vrai que souvent, l'Acadie du Nouveau-Brunswick a été utilisée dans l'histoire du Canada par le gouvernement fédéral pour minimiser la place du Québec sur la scène internationale, tout comme l'Acadie du Nouveau-Brunswick a été utilisée sur le plan national comme chair à canon constitutionnelle, afin de faire la leçon au Québec. Ce temps-là est fini et monsieur Rioux ne semble pas l'avoir compris.

On ne peut pas reprocher aujourd'hui au gouvernement du Nouveau-Brunswick de demander à Ottawa d'assurer (dans le cadre de sa délégation) une place et une porte d'entrée sur la Francophonie mondiale à sa communauté francophone égalitaire réduite. Monsieur Rioux devrait également savoir que le gouvernement du Nouveau-Brunswick contribue largement à cette délégation, ce qu'on apprécie. Et pourquoi faire des «affaires» à l'intérieur de la Francophonie serait-il un vice?

L'Acadie et le Nouveau-Brunswick ne font pas que des affaires en Francophonie. On a accueilli le sommet à Moncton en 1999. Lors de ce sommet, le président d'alors de l'Organisation internationale de la Francophonie, M. Boutros-Boutros Ghali (qu'on surnommait gentiment Boudreau-Boudreau Gallant) avait eu, lui, la générosité de nous interpeller comme peuple. Comme je l'ai déjà dit, une petite pomme n'est pas moins pomme qu'une grosse pomme. Il en est de même pour les peuples: un petit peuple n'est pas moins peuple qu'un grand peuple. Un peuple est une entité en soi, et on est fier d'être aussi peuple francophone d'Amérique que le peuple frère québécois.

Présence acadienne

Lors de ce sommet, on a aussi créé à Moncton le premier Village de la francophonie, un concept repris dans d'autres sommets, dont celui de Montreux. L'idée du Village était d'inviter les populations à participer, à leur façon, à la francophonie mondiale en visitant justement des kiosques d'information sur les différentes francophonies et en suivant des manifestations culturelles, afin d'en arriver à un peu mieux connaître la portée et la diversité de la francophonie mondiale.

À Montreux, l'Acadie du Nouveau-Brunswick y avait un emplacement privilégié et a, encore une fois, brillé de tous ses feux. Si monsieur Rioux avait pris la peine de sortir du cénacle étroit de la salle de presse du sommet et de venir au Village, il aurait peut-être pu apprécier la qualité et la vitalité de la présence acadienne à Montreux. Nos artistes ont fait un tabac, comme on dit en France!

Par ailleurs, monsieur Rioux ne sait peut-être pas que la Société nationale de l'Acadie, par sa présidente Françoise Enguehard, préside la mission Langue française du Comité de suivis des organisations internationales non gouvernementales de la Francophonie depuis quelques années. Le dossier principal actuel de ce comité est justement l'état de la langue française dans le monde, thème qui fera l'objet d'une grande rencontre internationale, justement à Québec au printemps 2012.

De plus, ne sait-il pas que monsieur Yvon Fontaine, recteur de l'Université de Moncton, préside depuis l'an dernier l'Agence universitaire de la Francophonie qui regroupe plus de 650 universités dans le monde? Pas si mal, pour un petit gars de Saint-Louis-de-Kent!

De l'histoire

Pour ce qui est de la mort du Canada français depuis les états généraux de 1967, il aurait fallu préciser que ce fut la mort du Canada français tel qu'on l'avait connu jusqu'à cette date. Les propositions autonomistes québécoises ont nécessairement marqué une rupture avec ce qu'était l'ancien Canada français. Mais plus de 2,5 millions de Canadiens français, de francophones et d'Acadiens du Canada continuent, tant bien que mal, de vivre et de s'épanouir à l'extérieur du Québec. Ça s'appelle le nouveau Canada français, et pas seulement le ROC (Rest of Canada) anglophone comme trop de Québécois se réduisent à nous considérer.

Pour terminer, un peu d'histoire. Le Canada français s'est réuni en 1880, à l'appel du Québec, pour des états généraux afin de préciser ensemble l'avenir du Canada français. L'Acadie y était présente, mais a refusé d'adhérer sur place à ce mouvement. Elle s'est donc réunie en 1881 à Memramcook en convention nationale. Plus de 5000 Acadiens étaient présents. En soi, c'était déjà un succès. Tout en exprimant leur solidarité avec le reste du Canada français, les Acadiens présents ont décidé de s'assumer comme peuple, au lieu de se fondre dans la masse canadienne-française. C'était la première expression moderne de notre identité à part entière comme peuple. Ça m'amuse de dire à mes soeurs et frères indépendantistes du Québec que le peuple acadien a été en fait le premier peuple francophone autonomiste ou «séparatiste» en Amérique.

Il est arrivé à plusieurs occasions ces dernières années que des journalistes, des politiciens et des personnalités du Québec succombent au dénigrement du peuple acadien, l'arme qu'utilisent les faibles et les ignorants pour tenter de se mettre en évidence. On n'a pas besoin de carburer à ces bassesses à l'intérieur de la francophonie canadienne. Il y aura toujours de la place pour de la critique constructive et fraternelle. Ensemble, on ne représente que 3 % de la population en Amérique du Nord. On préférerait carburer à la solidarité et à l'entraide, dans le respect mutuel. On est même prêt à donner au Québec des cours en Résilience 101. L'Acadie d'aujourd'hui est plus que jamais vivante... «Venez nous ouère!» Et l'invitation s'adresse aussi à monsieur Rioux.

***

Jean-Marie Nadeau - Chroniqueur pour L'Étoile et Telegraph Journal

***

Réplique

Je ne doute pas que de nombreux Acadiens jouent un rôle essentiel dans la Francophonie et je m'en réjouis. Je constate simplement que chaque fois qu'un journaliste interroge un premier ministre du Nouveau-Brunswick sur les grands enjeux politiques débattus aux sommets, celui-ci n'a rien à dire et s'empresse d'ajouter que sa province va y faire... des affaires!

Les sommets francophones ne sont pas des foires commerciales. À Montreux, le Nouveau-Brunswick s'est d'ailleurs surtout fait remarquer par une initiative plus que discutable qui consistait à appâter la presse à ses activités commerciales en faisant tirer un voyage. Ce qui a eu le don d'indigner, avec raison, certains collègues suisses. Cela, toute la presse internationale a pu le «ouère».

***

Christian Rioux - Correspondant du Devoir à Paris

À voir en vidéo