Gil Courtemanche et l'art de la nuance

Le conflit au Journal de Montréal sévit depuis deux ans. Ci-dessus: une manifestation d’appui aux syndiqués en décembre.
Photo: - Le Devoir Le conflit au Journal de Montréal sévit depuis deux ans. Ci-dessus: une manifestation d’appui aux syndiqués en décembre.

Gil Courtemanche, toujours aussi nuancé, a signé, le vendredi 24 décembre dans Le Devoir, un troisième billet au sujet du conflit au Journal de Montréal, où il s'en prenait de nouveau aux artisans actuels d'une publication qui recueille l'adhésion d'une grande majorité du lectorat des quotidiens de la grande région de Montréal, comme en font foi les enquêtes menées par des instituts de sondage indépendants et reconnus par toute l'industrie.

Tout comme lui, je déplore que le conflit au Journal sévisse depuis maintenant près de deux ans. Ce n'est sans doute pas une surprise pour les syndiqués, puisque leur exécutif claironnait sur tous les toits, lors des négociations de renouvellement de la convention collective entamées en 2008, que le syndicat disposait d'un fonds de grève bien garni lui permettant de «durer» au moins deux ans.

De telles déclarations, pour le moins belliqueuses et assez proches de la mauvaise foi dans un contexte de négociation, n'ont pu être proférées que grâce à un déséquilibre notoire du Code du travail en faveur des organisations syndicales, comme en conviennent la vaste majorité des experts en matière de droit du travail comparé.

Négociation valable?

Parmi les mesures les plus favorables, mentionnons seulement l'absence d'imposition de la rémunération versée par le syndicat aux employés en conflit, alors que les cotisations qui ont servi à financer le fonds de grève sont déjà exemptes d'impôt. C'est ainsi que certains journalistes en conflit reçoivent aujourd'hui une rémunération NETTE d'environ 44 000 $ par année, une somme énorme, surtout si on la compare à la rémunération BRUTE moyenne des travailleurs canadiens, qui se chiffrait à 43 000 $ en 2009, selon un article publié par Le Devoir en première page de son édition du 4 janvier courant.

S'il fallait suivre jusqu'au bout le raisonnement implicite de M. Courtemanche, une négociation moralement valable ne deviendrait en fait que la mise en scène convenue d'un repli patronal devant une avancée syndicale, face à laquelle la résistance même la plus rationnelle deviendrait un geste de défiance socialement inacceptable. Il faudrait

donc donner par voie législative encore plus de pouvoirs aux organisations syndicales pour que l'unique issue possible d'un conflit soit la capitulation pure et simple de l'employeur face aux diktats des chefs syndicaux.

S'ensuivrait malheureusement une répétition sans fin de situations comme celle de l'usine Aleris, fermée par l'intransigeance de la CSN et littéralement transférée en Chine par les soins de notre valeureuse centrale. Ou encore, souvenez-vous de la fermeture en juin 2010 de l'Entrepôt Armand-Viau de Loblaw à Neufchâtel et du déménagement d'une partie significative de ses activités hors Québec, ce qui a entraîné la mise à pied de 415 personnes dans la région de la Capitale nationale.

Creuser notre tombe


L'univers romanesque et la réalité économique sont deux sphères bien distinctes. Je laisse les romans à M. Courtemanche et le prie humblement de me faire confiance pour la gestion d'entreprises et la vision économique. Chacun ses forces.

Devenir et demeurer maîtres de notre destin collectif, voilà un idéal qui motive depuis plus d'un demi-siècle les hommes et les femmes qui ont fait le Québec d'aujourd'hui, ceux et celles qui ont repris en mains les rênes de notre économie. Pour ce faire, des entreprises solides doivent poursuivre le travail de création de richesse nécessaire au maintien de la marge de manoeuvre sans laquelle disparaît la liberté de choisir notre destin. Sans cette liberté, c'est à d'autres qu'il reviendra de choisir pour nous. Renoncer à cette liberté, c'est creuser collectivement notre propre tombe.

Peut-être ce défaitisme faussement héroïque séduit-il quelques Don Quichotte entichés de ces luttes futiles ou virtuelles qui peuvent parfois faire de fort beaux romans, mais je préfère quant à moi les succès bien réels qui assoient la pérennité de notre nation et assurent son essor.

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Pierre Karl Péladeau - Président et chef de la direction de Quebecor, Quebecor Media et Corporation Sun Media

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Réplique

PKP a raison. Je ne suis qu'un romancier et un Don Quichotte. Donc un ignorant. Mais je ne confonds pas M. Péladeau avec un moulin à vent. - Gil courtemanche

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