Sous-financement des universités - Montréal, la grande perdante

Montréal regroupant quatre grandes universités et trois grandes écoles, on y trouve 63,8 % de l'activité universitaire du Québec, 79,7 % des étudiants internationaux et 67,3 % des dépenses de recherche universitaire y sont réalisées. Qui plus est, 2 des 13 grandes universités de recherche du Canada y sont localisées, à savoir l'Université McGill et l'Université de Montréal. Ces deux universités effectuent à elles seules 55,5 % des dépenses de recherche universitaire réalisées année après année au Québec et octroient 44,7 % des doctorats qui y sont décernés. Comme le sous-financement net des universités québécoises par rapport à la moyenne canadienne s'élève maintenant à 620 millions de dollars, c'est un manque à gagner de près de 400 millions que vivent annuellement les universités montréalaises.

Il est impossible dans ce contexte de sous-financement important et chronique (il dure depuis près de vingt ans) que les universités montréalaises conservent leur position concurrentielle nationale et internationale et attirent leur large part des meilleurs étudiants internationaux et des chercheurs les plus innovateurs et les plus performants. Nous devons cesser de dire que Montréal est une ville de savoir. Elle l'est de moins en moins, car ses gros moteurs de l'avancement des connaissances et de l'innovation roulent de plus en plus au ralenti par manque de carburant.

Position relative en chute

L'évolution de la position relative des universités McGill et de Montréal au sein des grandes universités de recherche du Canada illustre à la perfection ce qui précède. En effet, un indicateur de l'impact de ce sous-financement sur la recherche est l'évolution des fonds de recherche dans ces deux grandes universités de recherche du Québec. Comme nous l'avons déjà dit, ces dernières obtiennent plus de 50 % des fonds de recherche universitaire du Québec.

En prenant des moyennes de deux blocs de trois ans de 2001 à 2003 et 2006 à 2008 des fonds de recherche obtenus par nos deux universités montréalaises et en comparant ces résultats avec ceux obtenus par l'Université de Toronto, que trouvons-nous? Les fonds moyens obtenus pour le premier bloc de trois ans représentaient 77,3 % de ceux obtenus sur la même période par l'Université de Toronto pour l'Université de Montréal et 64,2 % pour McGill.

Qu'est-il arrivé du deuxième bloc d'années? Les fonds obtenus par l'Université de Montréal ne représentent plus que 54,2 % de ceux de l'Université de Toronto (une baisse de 30 %), et ceux de McGill ne s'élèvent qu'à 48,4 % de ceux de l'université ontarienne (une baisse de 25 %). On ne constate pas le même phénomène par rapport à l'Université de Toronto pour d'autres grandes universités de recherche canadiennes. C'est ainsi que UBC et McMaster ont amélioré leur position relative par rapport à l'Université de Toronto, alors que l'Université d'Alberta et Western maintenaient la leur.

Grande perdante

Évidemment, d'autres facteurs que le sous-financement des universités québécoises ont pu jouer dans leur déclassement relatif eu égard à la recherche universitaire. Toutefois, si les universités québécoises étaient financées au niveau de celles du reste du Canada, on pourrait avoir dans nos deux grandes universités de recherche montréalaises de 1200 à 1500 professeurs de plus qui y feraient de la recherche avec les équipes qu'ils auraient constituées; ils auraient obtenu des fonds de recherche pour soutenir leurs activités. L'impact du sous-financement des universités québécoises sur la recherche universitaire est indéniable et les conséquences pour le développement de «Montréal ville de savoir» et la croissance de l'économie du Québec ne feront que s'accroître.

Montréal s'avère la grande perdante du sous-financement qui touche également les autres universités québécoises, chacune ayant aussi des niches d'excellence à maintenir.

Il faut cesser de tergiverser sur les modalités que prendra le refinancement des universités. Il doit se faire maintenant et s'échelonner sur la période la plus courte possible, à savoir trois ans au maximum. Le remède est connu depuis longtemps puisque l'on connaît parfaitement la cause de la maladie. C'est le gel des droits de scolarité qui a fait décrocher le Québec du modèle nord-américain, avec les conséquences désastreuses que l'on tente de cacher.

Il faut donc déréglementer les droits de scolarité, les ramener sur de trois à cinq ans à la moyenne canadienne, avec les mesures appropriées pour favoriser encore davantage l'accès à la formation universitaire et laisser les universités déterminer elles-mêmes leurs droits de scolarité à l'intérieur des balises larges du gouvernement.

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Robert Lacroix, Claude Montmarquette et Alain Caillé - Professeurs émérites de l'Université de Montréal
 
14 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 5 janvier 2011 01 h 14

    Des chiffres pour étourdir le badaud...

    Il revient à la collectivité, en tant que telle, de financer le système éducatif. Point final.

  • MJ - Inscrite 5 janvier 2011 09 h 56

    Ça suffit ce discours élitiste!

    Trouvez d’autres sources de financement et cessez de nous rebattre les oreilles avec la “nécessaire augmentation des frais de scolarité”. Le marché de l’emploi, dans le cadre d’une société de plus en plus complexe, requiert des diplômés universitaires de haut niveau. Ce n’est pas en faisant assumer le fardeau financier par les étudiants que l’on relèvera le taux de diplomation dans la population.

  • Denis Miron - Inscrit 5 janvier 2011 10 h 21

    S'accaparer du savoir pour augmenter son pouvoir sur les moins nantis

    Quand un objet devient un produit de luxe, il est tout à fait normal d’en restreindre l’accessibilité en augmentant le coût. La classe dominante a besoin de symboles pour se différencier de la masse et surtout pour asseoir son autorité sur celle-ci.


    «Une nouvelle étude produite par Armine Yalnizyan, du Centre canadien des politiques alternatives (CCPA), montre que le groupe des contribuables constituant les 0,01 % les plus riches au Canada (2 400 personnes) ont vu leur revenu augmenter de 5 fois (400 %), le groupe des 0,1 % a vu son revenu tripler (200 %) alors que celui du 1 % (246 000 canadiens) a doublé le sien (100 %). Ils y sont parvenus parce qu’ils ont réussi, d’une part, à s’accaparer une part croissante de la création de richesse et, d’autre part, à faire diminuer les impôts, et en particulier en amoindrissant son caractère progressif» (Oikosblogue.coop)
    Avez-vous déjà vu quelqu’un s’enrichir en partageant le pouvoir et le savoir?
    De 1997 à 2007, ils ont réussi à s’accaparer le tiers (32 %) de la croissance des revenus de cette période, qui fut l’une des plus fécondes.
    Ce que nous propose ces trois mousquetraires s’inscrit dans cette recherche de domination d’une classe restreinte sur une autre plus nombreuse en contribuant à augmenter l’écart entre les riches et la classe moyenne. La solution que nous propose ces gens est un endettement à vie

  • MJ - Inscrite 5 janvier 2011 10 h 31

    Donner préséance, dans nos universités, aux étudiants québécois sur les étudiants étrangers

    Augmentez les frais de scolarité des étudiants étrangers. S’ils viennent au Québec pour y étudier à bon prix et repartent dans leurs pays après leurs études complétées, il n’est que juste qu’ils payent beaucoup plus chers que les étudiants québécois.

    Déjà que la majorité francophone québécoise ne dispose que de deux universités à Montréal (UdeM et UQAM), alors que la minorité anglophone en compte autant (McGill et Concordia)!

    Les choix et décisions politiques qui seront effectués pour les temps présents auront une répercussion sur l’état et l’avenir de la société québécoise.

  • Bernard Terreault - Abonné 5 janvier 2011 10 h 34

    Un seul modèle pour l'Université ?

    Le Québec est l’un des deux endroits parmi les pays développés, avec la Grande-Bretagne, où il n’y ait pas actuellement de consensus social sur l’Université. Il est utile de rappeler ce qui se fait ailleurs, car on ressasse toujours les mêmes arguments sans s’éloigner trop du modèle hybride actuel. Aux ÉU, il y a d’une part les systèmes publics qui sont subventionnés par les États, et où les frais de scolarité pour les résidents de l’État sont "modérés", de l’ordre de 4 000 à 5 000 $ par année pour les baccalauréats, mais beaucoup plus en médecine (typiquement 30-40 k$), en droit ou en MBA. Ces universités donnent toutes un enseignement de qualité et certaines sont parmi les meilleures au monde, comme par exemple celles de Californie, d’Illinois et d’ailleurs. C’est dans ces très grosses universités que la majorité des jeunes fait ses études. En plus, il y a les universités privées, qui ne reçoivent aucune aide de l’État pour l’enseignement (mais acceptent les contrats de recherche de toute source). Les frais de scolarité n’y sont pas règlementés et elles ont un nombre limité d’étudiants. Leur qualité varie énormément, allant des douteux "colleges" religieux fondamentalistes aux prestigieuses et immensément riches Harvard, Princeton et autres Stanford. Tous leurs étudiants ne sont pas enfants de milliardaires, elles comptent souvent aussi nombre de surdoués boursiers de fondations ou d’autres organismes.