Épargne-retraite - Faire face à l'ignorance financière

Émerveillés à l'idée des adorables petits-enfants qu'ils auront, des promenades à la campagne qu'ils feront et des pays ensoleillés qu'ils pourront enfin visiter, de nombreux Canadiens se réjouissent de la longue retraite qui les attend. Or, même pour préparer une retraite moins idyllique, il faut une rigoureuse planification financière, que trop peu de futurs retraités peuvent mener à bien. En fait, ils sont peu nombreux à connaître les options d'épargne-retraite à leur disposition ou les caractéristiques de leur propre régime de pension.

Plus que jamais, les Canadiens qui planifient leur retraite ont besoin de connaissances et de compétences en matière financière. Car, si la transition menant des régimes à prestations déterminées vers des régimes à cotisations déterminées progresse plus lentement au Canada qu'aux États-Unis (les premiers promettant à la retraite des prestations fixes, tandis que, en vertu des seconds, les cotisations sont versées à un fonds que chaque cotisant devra gérer), bon nombre de Canadiens doivent tout de même prendre aujourd'hui des décisions d'investissement qui détermineront la qualité de leur retraite.

Les produits financiers qui leurs sont offerts sont toutefois d'une complexité sans précédent. Certes, les différentes options permettent de concevoir de meilleurs régimes, mais elles multiplient aussi les risques de dérapage. D'où cette question: l'État doit-il intervenir pour assurer que les Canadiens aient les connaissances financières qui leur manquent pour bien planifier leur retraite?

Régimes simplifiés

Dans une étude récemment publiée par l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), j'ai examiné les résultats de recherche existants pour déterminer s'il vaut mieux remédier à cette impréparation à la retraite par une meilleure information financière ou par d'autres mesures comme la restructuration des régimes de retraite, l'accès à prix abordable à des services-conseils indépendants ou une réglementation renforcée.

Et j'ai découvert avec étonnement que les programmes d'information financière sont moins efficaces que prévu. Certaines études qui les ont évalués en détail concluent en fait qu'ils n'améliorent aucunement les connaissances financières de leurs participants; d'autres concluent qu'ils ne les améliorent que légèrement.

Aussi compétents que soient les formateurs de ces programmes, il serait donc plus judicieux d'accepter que beaucoup de gens ne pourront planifier adéquatement leur retraite, puis d'élaborer en conséquence des régimes qui favorisent une épargne plus importante et des investissements plus prudents sans nécessiter de grandes décisions personnelles. Ces régimes simplifiés pourraient notamment prévoir des hausses automatiques de cotisations et leur répartition tout aussi automatique dans des portefeuilles raisonnables, avec la possibilité de se retirer facilement de telles «options par défaut». Car les options de ce genre, issues du domaine émergent de l'économie comportementale, se révèlent beaucoup plus efficaces que tout programme d'information financière.

Organisme de réglementation

Pour ce qui est des services-conseils indépendants et d'une réglementation renforcée, ils se justifient par la complexité grandissante des produits financiers, l'incessante création de nouveaux produits et l'évidente incapacité des consommateurs à en comprendre tous les aspects. C'est pourquoi la nécessité d'un Office de protection financière des consommateurs — comme celui que mettent en place les États-Unis — me paraît s'imposer. Avant que leur vente ne soit autorisée, les nouveaux produits électriques ou pharmaceutiques subissent une batterie de tests: personne n'attend en effet des consommateurs qu'ils soient experts en grille-pains dangereux ou en médicaments inefficaces.

Pourquoi alors demander aux Canadiens planifiant leur retraite de tout connaître des prêts hypothécaires inversés, de déchiffrer les prospectus de placement et de maîtriser la complexité des lois fiscales? La création d'un organisme de réglementation qui supervise la constante évolution des produits et services financiers pour mieux en évaluer la sûreté relève donc de la simple prudence.

Faibles connaissances

«Tout simplement insuffisant!», s'exclame souvent le célèbre commentateur de hockey Pierre McGuire, lorsqu'un défenseur rate un dégagement ou qu'un ailier est faible en échec avant, exprimant par là le fait qu'un vrai professionnel doit savoir analyser une situation puis réagir en conséquence.

En réponse aux sérieux problèmes liés aux faibles connaissances financières des Canadiens, Ottawa s'est essentiellement contenté de créer un Groupe de travail sur la littératie financière, dont le rapport sera déposé sous peu et devrait être rendu public au début de 2011. Et si, dans ses recommandations, le gouvernement se contente de privilégier l'information financière pour faire face aux faibles connaissances financières des Canadiens et améliorer la planification de leur retraite, on pourra aussi s'exclamer «Tout simplement insuffisant!»..., données à l'appui.

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