Budget 2011 de la Ville de Montréal - Ce pourquoi je ne peux approuver ce budget

Le budget pour 2011 de la Ville de Montréal trahit la confiance des citoyens et déçoit les attentes légitimes que l'administration Tremblay leur avait fait miroiter. Dès avril 2010, soit trois mois après l'adoption du budget, le maire Tremblay a informé les citoyens au sujet du grand défi budgétaire qui les attendait. Dans un geste solennel qui devait marquer sa volonté d'agir, il a convoqué une commission des finances spéciale afin, disait-il, d'associer toutes les parties prenantes pour relever un défi d'équilibre budgétaire qu'il chiffrait à 400 millions de dollars. Il se disait prêt à prendre toutes les mesures qui s'imposaient, y compris des mesures impopulaires, pour éviter aux citoyens de subir, pour une seconde année consécutive, une hausse de taxes supérieure à l'inflation.

Au cours de juin 2010, la commission des finances s'est réunie pendant plus de 60 heures. Nous avons pris très au sérieux cet appel du maire et, comme la majorité des citoyens, nous avons cru à sa volonté de contrôler la situation. C'est donc avec confiance que nous avons proposé au maire une panoplie d'actions de nature à soutenir son engagement et surtout à respecter cette attente légitime des citoyens de Montréal de ne pas subir, pour une deuxième année de suite, une augmentation substantielle de leurs taxes.

Déception vive

Aujourd'hui, nous sommes déçus et nous avons le sentiment d'avoir été trompés. Ce budget est reçu avec le plus grand des cynismes. Pendant tous les mois qui ont précédé la préparation de ce budget, l'administration a entretenu l'illusion qu'elle prenait vraiment au sérieux ce défi budgétaire. On surveillait, on planifiait, on contrôlait, nous disait-on, mais, à la fin, on nous arrive avec un budget improvisé qui nous présente un florilège de dépenses nouvelles qui font exploser le budget de plus de 5 %, des hausses de taxes de 5 à 9 % selon les arrondissements, une taxe spéciale, tout aussi improvisée, sur l'immatriculation et des hausses de tarifs pour les usagers du transport en commun. L'effort de rationalisation tant attendu se limite à des compressions de l'ordre de 80 millions de dollars, pour lequel l'administration, en catastrophe, n'a réussi à ce jour qu'à identifier une maigre somme de 12,8 millions de dollars.

Pourtant, dès le mois de juin, il était clair que des mesures énergiques devaient être prises afin d'éviter que le budget n'augmente de façon incontrôlée. La commission des finances avait proposé que l'administration adopte un cadre contraignant qui limite à terme l'augmentation des budgets au niveau de l'inflation. Nous avions, pour notre part, insisté pour que cette augmentation se limite à 2 % de façon à ce que le fardeau fiscal des citoyens montréalais et l'ensemble des tarifs qui leur sont imposés demeurent dans les limites de l'inflation. Pour respecter ce cadre, l'administration devait prendre les mesures nécessaires. Ça n'a pas été fait.

Ce cadre n'a pu être respecté parce que les actions n'ont pas été engagées en temps voulu. Le courage annoncé ne s'est manifesté que dans les mots. Ce budget, qui nous est présenté comme responsable, est en fait le résultat de mesures improvisées à la dernière minute par une administration qui se manifeste incapable de s'attaquer aux causes premières de la croissance hors contrôle des dépenses. [...]

Classe moyenne

Ce sont les Montréalais de la classe moyenne qui expriment le plus leur découragement. Ils ont de moins en moins les moyens de vivre à Montréal. Leurs propriétés coûtent plus cher que partout ailleurs et ils sont taxés davantage. Pourtant, le salaire moyen d'une famille à Montréal est inférieur à celui d'une famille de Laval ou de Québec, le taux de chômage est à 9 %, plus élevé que celui du Québec et près du double de celui de la ville de Québec. [...]

Encore l'an dernier, ils ont subi une hausse de plus de 6 % de leur impôt foncier. Elle se justifiait, disait-on, par la crise économique. Cette année, alors que la situation économique s'améliore, la hausse est de la même amplitude. L'an prochain, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les bons citoyens montréalais auront droit à une autre augmentation supérieure à 5 %. Il n'y a rien dans ce budget, en effet, qui nous laisse croire que la croissance des dépenses sera mieux contrôlée l'an prochain qu'elle ne l'a été cette année.

Le développement s'opère dans toutes les directions sans que jamais ne se pose la question de la capacité de payer des citoyens. Nous avons de nombreux exemples, mais, pour le moment, il y a une menace encore plus importante, celle d'une nouvelle croissance de l'exode des citoyens de la classe moyenne vers les banlieues, qui risque d'avoir des effets encore plus dévastateurs à moyen terme.

Selon les données du dernier recensement, ce sont 14 % des Montréalais qui auraient déménagé pour la banlieue, contre seulement 5 % qui se seraient installés à Montréal. Le plus inquiétant est que 34 % des jeunes ménages ayant deux enfants ou plus se sont exilés en banlieue et que ce seraient 25 % des ménages gagnant entre 70 000 $ et 80 000 $ qui auraient opté pour la banlieue. Par ailleurs, ce sont les familles à faibles revenus (moins de 20 000 $ de revenu familial) qui constituent le plus grand groupe de citoyens qui font le chemin inverse de la banlieue vers Montréal.

Enfin, pour résumer l'ampleur du problème, ce seraient 42 % de tous les nouveaux parents ayant un revenu entre 50 000 $ et 100 000 $ qui auraient quitté Montréal en cinq ans. Oui, 42 %, soit près de un sur deux.

Avec les hausses successives de taxes foncières et l'augmentation de plus de 23 % de la valeur foncière des propriétés, le risque est grand que cette hémorragie continue. Les conséquences seraient dévastatrices pour l'économie montréalaise. Les commerces et les entreprises suivent le mouvement migratoire, la pauvreté s'accentue en même temps que la pression sur les programmes et, de façon générale, les atouts de la ville, basés sur la proximité des commerces et des lieux de divertissement, risqueraient de diminuer de façon tout aussi importante.

Cette menace est sérieuse. Pourtant, il n'y a aucune initiative nouvelle dans ce budget pour améliorer les programmes d'accès à la propriété, aucun plan d'action concerté en direction des jeunes familles et des ménages dont les revenus se situent entre 70 000 et 80 000 $ et qui sont les premiers à faire le choix de la banlieue. Ils représentent pourtant l'avenir de Montréal et la seule possibilité de sortir notre métropole de son déclin.

Des mesures spécifiques sont nécessaires, mais la première de toutes serait d'assurer à ces ménages qu'ils n'auront pas, au cours des cinq prochaines années, à subir une hausse de leur fardeau fiscal qui serait supérieure à l'inflation. C'était une recommandation de la commission des finances. Elle a été, comme toutes les autres, laissée de côté par cette administration.
1 commentaire
  • LaPuce - Inscrit 20 décembre 2010 15 h 11

    Le ras-le-bol d'une Montréalaise de coeur...

    Monsieur Lampron,

    Vous exprimez très bien la réalité que nous vivons, mon mari, mes deux enfants et moi. Je suis Montréalaise depuis toujours et j'ai choisi d'acheter un petit duplex dans le quartier de mon enfance, il y a un an et demi. Bien entendu, jamais nous ne regretterons notre choix car notre quartier, c'est notre village à nous, les citadins...
    Cependant, je peine à trouver les mots qui expriment ma déception face à nos élus municipaux. Quoi faire de plus que de hurler mon "écoeurantite" aïgue quand je vois des budgets tels que celui annoncé dernièrement ? Nous avons une seule petite voiture, nous prenons le vélo et le transport en commun le plus souvent possible et comment nous invite-on à poursuivre ces choix qui bien qu'individuels sont faits en pensant à la collectivité ? En augmentant, encore une fois, non seulement notre taxe foncière et notre taxe d'eau mais en accroissant les coûts du transport en commun et en nous imposant une nouvelle taxe sur l'immatriculation de notre voiture alors que nous payons déjà davantage pour l'essence achetée sur l'île...
    Et ce pour quelle amélioration de services ? Des trottoirs enneigés impraticables par des petites pattes de 4 et 8 ans ? Des rues en pente glacées alors qu'on annonce du verglas depuis 5 jours ? Une partie historique d'un parc régional inaccessible parce qu'on ne fait pas les travaux nécessaires ? Une voie réservée inexistante à l'est de Papineau pour se déplacer en transports en commun plus rapidement dans l'axe Nord-Sud ? Un Biodôme qui est resté fermé une bonne partie de l'été ?
    Oui, nous sommes prêts à payer notre part. Et oui, nous voulons des solutions innovatrices aux problèmes de transport, de pollution, de valorisation des quartiers et d'inclusion des populations. Malheureusement, certains élus comptent sur le fait que jamais nous ne regretterons notre choix d'habiter à Montréal car notre quartier, c'est notre village à nous, les citadins...

    Ge