Système scolaire québécois - De la fierté mal placée

En 2000, les résultats obtenus par les jeunes Québécois aux tests PISA étaient supérieurs à ceux d’aujourd’hui.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir En 2000, les résultats obtenus par les jeunes Québécois aux tests PISA étaient supérieurs à ceux d’aujourd’hui.

Dans une récente lettre, près d'une vingtaine d'universitaires affirmaient qu'il fallait être fier de notre système scolaire en se basant sur les tout derniers résultats obtenus par les jeunes Québécois aux tests PISA. Ont-ils raison? Rien n'en est moins sûr, on le verra.

Chose certaine, on pouvait sûrement être plus fiers encore en 2000 quand les résultats des jeunes de l'époque étaient supérieurs à ceux d'aujourd'hui. Pour le plaisir de la chose, citons le ministre de l'Éducation de l'époque, François Legault, qui déclarait alors: «Autant en lecture, en mathématiques qu'en sciences, les jeunes du Québec sont dans le peloton de tête et se situent parmi les meilleurs dans les pays de l'OCDE. Nous pouvons être fiers d'eux, de leurs enseignants et du système d'éducation qui les a amenés à réaliser une pareille performance.»

Mais où étaient donc certains des signataires de cette lettre à l'époque? En train de dénigrer le système scolaire, qui a pourtant produit les meilleurs résultats obtenus par les élèves québécois aux tests PISA, pour le remplacer par un autre — sous l'égide du Renouveau pédagogique — qui ne se révèle finalement pas meilleur. Qui plus est, cet état de fait est d'autant plus décevant que les tests PISA mesurent des compétences, une des bases de cette réforme. Comment peut-on alors être fiers de notre système scolaire si nos élèves ne sont pas meilleurs aujourd'hui après tous ces changements qui auraient dû normalement les avantager?

Système

Que nous disent maintenant les signataires de cette lettre? Qu'ils sont des «universitaires fiers de leur école compétente». Cette désignation est très révélatrice, on le verra. Contrairement au ministre Legault, pas un mot à propos d'une fierté qu'on pourrait éprouver à l'égard des élèves et de leurs enseignants. Tout le mérite semble revenir à un système, à des structures, à des programmes.

Ne soyons pas dupes: derrière cette lettre se cache en fait un réquisitoire pour maintenir les bases du Renouveau pédagogique. Ainsi, ces universitaires condamnent ce qu'ils appellent «le recul sur le bulletin unique» et le retour au redoublement, par exemple. Ils dénoncent également l'argent dépensé pour ramener ces mesures.

Par ailleurs, il faut un certain culot pour demander qu'on cesse de dénigrer le système scolaire actuel tel que réformé. Un certain culot parce que certains des signataires de cette lettre n'ont eu de cesse de dénigrer le système scolaire précédent, qui donnait pourtant des résultats somme toute similaires ou supérieurs à celui d'aujourd'hui au regard des tests PISA. Les «bonnes vieilles méthodes», comme ils les qualifient en dévalorisant le travail du personnel scolaire, pourtant professionnel de l'enseignement, semblaient ne pas s'en tirer trop mal, finalement.

Fierté de parure

Comment peut-on également dénoncer l'argent dépensé pour élaborer et implanter un bulletin unique alors que le MELS, sous la férule de certains pédagogues universitaires avec lesquels ces signataires ont tout au moins des affinités, a carburé pendant 13 années sur des bases pédagogiques qui n'ont pas tenu leurs promesses de réussite? On parle ici rien de moins que de milliards de dollars investis en formation ou en achat de livres et de matériel.

Quand ces signataires invoquent l'idée qu'il faudrait consacrer ces sommes «à la recherche de moyens pour aider les élèves en difficultés, par exemple», faut-il leur rappeler que le nombre de ceux-ci n'a jamais été aussi important, tout comme celui des décrocheurs, alors que le Renouveau pédagogique se targuait d'être une solution à ces problèmes? Que de drames scolaires et humains aurait-on pu régler si on n'avait pas gaspillé tant d'énergie et d'argent pour si peu?

Pour toutes ces raisons, je crois que la fierté dont parle cette lettre n'en est une que de parure. Je suis également d'avis que ceux qui l'ont signée et qui ont contribué par leurs efforts au Renouveau pédagogique devraient, à défaut de mettre en question l'efficacité de leurs actions, ne pas revendiquer indirectement des succès dans lesquels leur mérite est bien relatif. Enfin, ces signataires auraient dû avoir l'honnêteté intellectuelle de ne pas utiliser les résultats des jeunes Québécois aux tests PISA pour promouvoir et justifier des idéologies pédagogiques qui sont loin d'avoir fait leurs preuves.

***

Luc Papineau - Enseignant

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25 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 décembre 2010 08 h 44

    Merci

    Monsieur Papineau dit tout haut ce plusieurs pensent à la maison; l'éducation au Québec tombe en morceaux.
    L'approche par compétences est une aberration totale et «pettage de bretelles» des universitaires ne fait que montrer à quel point ils sont coupés de la réalité pédagogique.
    Aucun ministre de l'éducation ne peut redresser la barre: la situation est critique.

  • André Michaud - Inscrit 15 décembre 2010 09 h 26

    Et le français?

    Je ne saurais parle de façon pertinente de l'enseignement des sciences au Québec...

    Cependant au niveau de la langue , pour avoir travaillé 35 ans au MELS et vu des milliers de copies de l'examen de français écrit de secondaire 5, l'enseignement du français est carrément ARCHI MINABLE!

    Les réformes farfelues imposées par des bureaucrates totalement déconnecté de la réalité et ne voulant pas écouter les profs, ainsi que la pseudo correction des fautes qui est une IMMENSE farce ont détruit l'enseignement du français.

    Mon père avec une 4iè année PRIMAIRE faite en 1920, écrivait mieux son français que les jeunes de secondaire 5 aujourd'hui!!!!

    Vraiment pas de quoi se péter les bretelles...au contraire

  • Dominic Courtois - Inscrit 15 décembre 2010 09 h 56

    Bravo M. Papineau

    Félicitations M. Papineau, la lucidité de votre analyse est une véritable bouffée d'air frais; il faut être jeune enseignant, ayant subi la formation post-connaissance à l'université et subissant les pressions des pédagogues détachés des disciplines et de l'enseignement dans le milieu professionnel pour saisir toute la portée de votre commentaire. Nos "partenaires" pédagogues oublient qu'être spécialistes de la théorie pédagogique ne fait pas d'eux des spécialistes de l'enseignement, dont le devoir est de dicter professeurs comment faire leur travail. Le ministère doit changer d'orientation et se mettre au service des enseignants et non mettre les enseignants au service des théories pédagogiques de l'heure.

  • Franfeluche - Abonné 15 décembre 2010 10 h 48

    A M. Michaud

    Si votre père qui n'a fait qu'une 4iè année, écrivait mieux que les élèves actuels de secondaire 5, c'est qu'il a réussi au cours des ans à améliorer son français écrit et qu'il avait la motivation de le faire.

    J'ai fait mes études primaires et secondaires dans les années 40 et 50. Or, je serais très intéressé d'évaluer les compétences en lecture et en écriture des personnes de mon âge. Je suis loin d'être certain que vous seriez enchantés des résultats. Dans les années 60, le frère Untel déplorait la piètre qualité du français.

  • Gilles Roy - Inscrit 15 décembre 2010 11 h 35

    Réponses

    @ M. Dugal!
    Je ne sais pas si la situation est si critique. Certes, trop d'enseignants utilisent mal les technologies de l'information, médisent trop contre leurs élèves et leurs parents, ou encore bouquinent trop peu leurs livres de références (certains étaient de piètres élèves, et ne juraient que par l'action). N'empêche, puisque les parents et leurs enfants sont souvent habiles et en bons termes...


    @ M. Michaud!

    Je ne saurais parlé (sic)... bureaucrates déconnecté (sic). etc. Vous pointez du doigt, or c'est vous que l'on regarde. Malaise. En passant et pour les «nostalgiques d'un temps qui n'a jamais été», je vous propose de vous inscrire en sciences pures au collège. On verra alors si vous suivez le rythme...