Résultats du Québec au PISA - Soyons fiers de notre système d'éducation !

Pourquoi faut-il attendre des enquêtes internationales pour constater nos forces et nos compétences manifestes en matière d’éducation?<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pourquoi faut-il attendre des enquêtes internationales pour constater nos forces et nos compétences manifestes en matière d’éducation?

Le programme PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) de l'OCDE vient tout juste de publier les résultats de nos jeunes de 15 ans (pour la quatrième fois depuis 2000) en matière de réussite sur le plan international en lecture, en mathématiques et en sciences.

Les Québécois peuvent être fiers de leur système d'éducation. En mathématiques, le Québec arrive premier au Canada et deuxième dans le monde occidental, après la Finlande. C'est tout un exploit!

Le Québec se situe au 4e rang au Canada (dans la moyenne canadienne) en sciences et au 13e (sur 65 pays) à l'échelle internationale. Ici aussi, la fierté devrait être manifeste.

Pour ce qui est de la capacité de lecture et de compréhension, la même fierté devrait être exprimée, car le Québec se situe au 6e rang au plan mondial et au 2e en Occident (toujours après la Finlande).

Cela signifie que, toutes catégories confondues, le Québec se classe dans le peloton de tête en ce qui concerne les résultats en mathématiques, en sciences et en lecture. Plus remarquable encore... le Québec est au premier rang dans le monde francophone, devant la France, la Belgique et la Suisse.

Système dénigré

Mais alors pourquoi notre système d'éducation est-il si dénigré? Pourquoi avons-nous toujours cette tendance à n'y voir que le négatif? Pourquoi faut-il attendre des enquêtes internationales pour constater nos forces et nos compétences manifestes en matière d'éducation?

Il n'est pas simple de répondre à de telles questions, mais il semble bien que nous ne sachions guère nous mettre en valeur, plus prompts à nous déprécier qu'à nous féliciter collectivement. Examinons de plus près le cas de la Finlande. Ce pays a su tirer profit de ses très bons résultats internationaux. Il a même développé un «tourisme pédagogique» qui sert à faire découvrir ses richesses éducatives.

Selon les résultats, le Québec suit ce pays de très près. Pourquoi une telle idée ne pourrait-elle pas s'appliquer ici? Pourquoi n'aurions-nous pas la même expérience touristique à offrir au monde francophone? Prenons l'exemple des technologies de l'information et de la communication (TIC) en éducation: le Québec est d'avant-garde dans le monde francophone. Il est envié sur ce plan. En ce domaine, les avancées québécoises en recherche sont très importantes et les innovations sont nombreuses. Pourquoi en entend-on si peu souvent parler?

Le Québec a inspiré et inspire encore l'élaboration de référentiels de compétences dans la communauté européenne et en Afrique francophone dans les domaines de l'éducation et de la santé. Comment se fait-il alors que notre gouvernement veuille laisser tomber la notion de compétences ou la reléguer au second plan?

Dévalorisation du travail

Il est vrai que les récents changements en éducation ont pu déstabiliser des personnes travaillant dans ce domaine et entraîner une certaine insatisfaction. Il est vrai que les parents veulent comprendre les contenus disciplinaires et être en mesure d'accompagner leurs enfants dans leurs apprentissages. N'ayant pas de réponses satisfaisantes à leurs questions, trop nombreux sont ceux qui réclament un retour aux «bonnes vieilles méthodes».

Ces plaintes, ces récriminations, ces attaques à l'innovation ne peuvent que créer une dévalorisation du travail du personnel scolaire, professionnel de l'enseignement, qui méritent mieux surtout au regard de nos résultats internationaux, notamment ceux du PISA. Il est vrai aussi que «critiquer» notre système d'éducation peut avoir un effet stimulant sur notre gouvernement. Mais dénigrer notre système d'éducation a-t-il l'effet escompté ou incite-t-il plutôt notre gouvernement à reculer face aux orientations novatrices de la réforme?

Bulletin unique


En matière de recul, regardons le débat actuel sur le bulletin unique. Il nous apparaissait que le gouvernement voulait favoriser la réussite de tous les élèves. Alors, en quoi un tel bulletin aiderait-il à atteindre cet objectif?

En effet, un bulletin unique démontre un retour aux connaissances pour plusieurs disciplines scolaires en évacuant ainsi la nécessité de faire des liens entre les connaissances et de les mettre ainsi au service des compétences. C'est également le retour au redoublement. Or, il n'a jamais été démontré que celui-ci favorise les réussites scolaire et sociale des élèves en difficultés. Le bulletin unique c'est aussi l'abandon des cycles d'apprentissage sur deux ans pour favoriser la consolidation des apprentissages la deuxième année, remplacée par une promotion par année.

Les parents croient qu'ils en sauront davantage à propos de leur enfant; rien n'est moins sûr. Beaucoup d'argent est dépensé pour élaborer et implanter un tel bulletin et très peu de personnes posent des questions et dénoncent cette situation. Or, cette dépense est démesurée. Tout le branle-bas de combat pour mettre en oeuvre un bulletin unique ne laisse plus de place à la recherche de moyens pour aider les élèves en difficultés, par exemple.

C'est pour toutes ces raisons que ce choix est très discutable, surtout à la lumière des résultats de nos jeunes Québécois à l'échelle internationale. Ils sont notamment excellents comparés à ceux de la France qui fait passer des épreuves uniques à la fin du secondaire. La France arrive derrière le Québec, la Belgique et la Suisse dans la dernière épreuve PISA. L'uniformisation n'est donc pas un gage de réussite.

***

Ont signé ce texte, les universitaires suivants: Louise Lafortune (UQTR), Luc Prud'homme (UQTR), Carole Raby (UQAM), Noëlle Sorin (UQTR), France Beaumier (UQTR), Driss Boukhssimi (UQAT), Patrick Charland (UQAM), Suzanne Guillemette (UQO), Nathalie Lacelle (UQTR), Monique Lebrun-Brossard (UQAM), Sonia Lefebvre (UQAM), Monique L'hostie (UQAC), Julie Myre Bisaillon (Université de Sherbrooke), Patrice Potvin (UQAM), Ghislain Samson (UQTR), Geneviève Therriault (UQAR), Sylvie Viola (UQAM).
11 commentaires
  • Sansterre Gilles - Inscrit 13 décembre 2010 01 h 03

    Avant de se réjouir...

    Il faudrait nous expliquer comment sont administrés les examens. Évalue-t-on un échantillon représentatif dans la moyenne ou s'agit-il de candidats sélectionnés à l'avance en fonctions de leurs notes?

    Comment savoir si ceux qui ont passé le test sont réellement représentatifs des étudiants québécois?

    Comment enfin expliquer la chute drastique des capacité linguistiques de nos élèves constatée par un grand nombre de professeurs et d'intervenants?

    Il semble que nous soyons ici en présence d'une illusion d'optique!

  • Gabriel Parent - Inscrit 13 décembre 2010 09 h 42

    La réforme ne devait pas révolutionner quelque chose?

    Certes, les élèves réussissent aussi bien qu'avant la réforme du programme d'éducation québécois. Cependant, le but de ces modifications n'était-il pas d'améliorer les résultats de nos étudiants? On peut être soulagé que les statistiques se maintiennent au même niveau qu'avant ladite réforme, mais on ne peut certainement pas s'en réjouir!

  • Franfeluche - Abonné 13 décembre 2010 09 h 44

    D'accord !

    Je suis entièrement d'accord avec ce collectif d'auteurs. Quant à la chute drastique des capacités (avec un s ) linguistiques des étudiants québécois dont fait allusion M. Sansterre, je ne suis pas d'accord avec lui. Les élèves ont généralement acquis une capacité plus grande d'expression. Ayant 71 ans et ayant été trente-quatre ans dans le milieu de l'enseignement au primaire, je suis en mesure d'en témoigner.

  • Michele - Inscrite 13 décembre 2010 12 h 28

    Pour un collège des enseignants

    Sans organisme professionnel dont le mandat serait d'assurer les liens entre la formation, la pratique, la recherche, les médias, le grand public et le politique, l'éducation au Québec se trouve dans une situation précaire. En fait, comme il n'y a pas de représentants élus pouvant défendre et surtout expliquer clairement les décisions prises démocratiquement en éducation, toutes les orientations nouvelles sont soumises à la critique des groupes conservateurs ou mécontents des choix faits. Or, ces choix s'avèrent souvent inévitables en raison de l'évolution de la science et de la société.

    La Finlande n'a pas de bulletin chiffré. C'était aussi le choix juidicieux des spécialistes du Québec. Or, en raison de la précarité de l'éducation au Québec, on assiste non seulement au retour du bulletin chiffré mais aussi au cumul des connaissances comme dans les années 1980, rien de moins qu' un recul de trente ans.

  • Jean-Sebastien Ricard - Inscrit 13 décembre 2010 13 h 01

    Encore une fois...

    C'est sans surprise que M. Sansterre dénonce les résultats du programme PISA qui, contrairement à lui, n'ont pas démontré le fait que notre système d'éducation est en train de causer "la fin de l'Occident" (c'est ce qu'il écrivait mardi le 7 décembre 2010 sur ce même site pour commenter la lettre d'une enseignante).

    Bien sûr, il est difficile de mesurer empiriquement un phénomène comme la fin de l'Occident et il est encore plus difficile de vérifier à quel point le système d'éducation québécois en serait une des principales causes (surtout lorsque l'existence du phénomène dont on cherche à en faire la cause est difficile à démontrer). Néanmoins, il semble que les limites méthodologiques qui s'imposent à tout individu rigoureux lorsqu'il cherche à comprendre une réalité aussi complexe que la prétendue chute actuelle d'une civilisation échappe à M. Sansterre. Ceci ne l'empêche cependant pas de remettre en question la méthodologie du programme PISA. Il démontre ainsi que la sensibilité envers la rigueur méthodologique peut parfois être fort subjective...

    Je n'oserais jamais considérer ma propre expérience comme la norme (même si plusieurs se contentent de quelques témoignages subjectifs pour justifier leur nostalgie d'un système d'éducation où l'on apprenait aux fils de l'élite à se préparer à remplacer leurs pères en citant Horace en latin). Toujours est-il que ma propre expérience d'enseignant en cégep m'amène davantage à croire aux résultats du PISA qu'au "grand nombre de professeurs et d'intervenants" ayant constaté une "chute drastique des capacité (sic) linguistiques de nos élèves". Évidemment, tout n'est pas rose, mais parler d'une chute drastique, c'est à mon avis tordre la réalité empirique au nom d'une nostalgie conservatrice injustifiée qui, au fond, résiste à la démocratisation de l'éducation, quitte à refuser d'en constater le patient progrès.