Archives nationales pillées - La passivité honteuse de BAnQ

Relation du voyage de la Louisiane ou Nouvelle-France, un manuscrit de 168 pages, décrit dans le catalogue de Christie’s comme un «ouvrage remarquable de première main, jamais publié», orné de nombreuses gravues, a bel et bien appartenu aux Archives nationales.<br />
Photo: Christie’s Relation du voyage de la Louisiane ou Nouvelle-France, un manuscrit de 168 pages, décrit dans le catalogue de Christie’s comme un «ouvrage remarquable de première main, jamais publié», orné de nombreuses gravues, a bel et bien appartenu aux Archives nationales.

J'ai lu avec un mélange de sentiments allant de l'étonnement à la colère en passant par la honte la série d'articles ayant paru dans le quotidien Le Devoir les 23 et 24 novembre dernier, concernant les documents volés à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et se retrouvant dans les fonds d'archives américains.

Étant un visiteur des Archives nationales depuis 1969, j'ai toujours cru au concept dont elles faisaient elles-mêmes la promotion: elles sont les gardiennes de la mémoire collective des Québécois. La situation particulière du Québec en terre d'Amérique et son ancienneté invitent nos Archives à un rôle de conservation et de mise en valeur de notre patrimoine plus grand qu'ailleurs, le tout accompagné d'une vigilance particulière.

Recel

J'ai connu les Archives à une époque où les mesures de sécurité étaient très relâchées. Précisons immédiatement que nos documents d'archives n'atteignaient pas aux enchères les prix très élevés que nous connaissons aujourd'hui.

Aussi, que l'on retrouve des documents ayant appartenu aux Archives nationales du Québec dans d'autres fonds d'archives n'est guère surprenant. Au minimum, il faut se féliciter que ces documents n'aient pas tout simplement disparu. Mais à côté de ces documents officiellement archivés, combien d'autres, fruits de vols, demeureront dans des collections privées, interdisant leur accès à la communauté des chercheurs, et sont probablement voués à la destruction au décès de leur illégitime propriétaire?

Compte tenu de ce qui précède, je suis fort surpris de la réaction des responsables de BAnQ à l'égard des questions soulevées dans ces articles. Pour le passé, on ne peut guère y remédier. Par contre, en droit canadien, la possession de biens volés se nomme un recel et est punie par nos lois criminelles. Évidemment, dans les cas à l'étude, nous sommes en droit international, ce qui complique les choses.

Passivité honteuse

La passivité dont se couvre BAnQ dans cette question est honteuse. Si BAnQ possède une copie sur microfilm des documents de Harvard, qu'elle l'exhibe! Des chercheurs ont tenté de la trouver, mais sans succès. Elle est sans doute bien cachée. De plus, il est tout à fait risible que M. Carol Couture écrive que son organisme n'a aucun budget pour l'acquisition de documents et partant, n'a pas la somme de 5882 $ pour acquérir une copie des documents de Harvard.

Il y a plus. Il semblerait, à lire M. Couture, que le simple fait de pouvoir consulter ces documents sur Internet dispenserait BAnQ de sa mission de conserver les originaux. Tant qu'à y être, vendons nos originaux aux enchères pour renflouer les finances publiques du Québec et contentons-nous de copies numérisées! Nous constatons tous que l'idée de M. Couture va à contre-courant des moyens mis en oeuvre par les nations et les grandes institutions pour préserver leur patrimoine archivistique. En serons-nous rendus à devoir passer le chapeau chez les citoyens pour amasser 5882 $?

Manque de volonté

Que dire des réactions des organismes gravitant autour de BAnQ! Pourquoi la Fédération québécoise des sociétés de généalogie, organisme hébergé par BAnQ, ne se manifeste-t-elle pas?

Enfin, un parallèle s'impose sur la question de la volonté de faire. Dans les années 1970-1980, s'apercevant qu'un curé indélicat avait vendu des objets précieux de culte dans une paroisse du Québec, les autorités ecclésiastiques n'avaient pas hésité à entreprendre des procédures judiciaires pour récupérer leur patrimoine. Sur le plan international, les revendications répétées de la Grèce et de l'Égypte pour rapatrier des éléments de leurs patrimoines nationaux à l'égard de pays comme la France ou la Grande-Bretagne sont méritoires et, comme nous l'avons vu récemment, parfois couronnées de certains succès.

Ici, nos dirigeants de BAnQ discutent de la question comme s'il s'agissait de savoir si nous allons conserver une lettre quelconque écrite par un obscur fonctionnaire d'un ministère en 2001 selon le cadre de classement élaboré en vertu de la Loi sur les archives. En sommes-nous rendus là avec nos documents des XVIIe et XVIIIe siècles?

Si nos Archives méritent encore leur titre de nationales, une réaction vigoureuse s'impose et la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, devrait leur servir un sérieux rappel de leurs responsabilités.


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5 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 3 décembre 2010 09 h 17

    Administration de BAnQ

    Il y a un conseil d'administration de 17 membres à BAnQ !/?*:

    « Le conseil d’administration de BAnQ est l’organe suprême de l’institution.
    Il discute et adopte, entre autres, les orientations, les politiques et les réglementations générales de BAnQ, de même que le budget de l’institution. »

    http://www.banq.qc.ca/a_propos_banq/organisation/

    A quoi sert vraiment ce bidule "prestigieux" ?
    A écouter, sans plus, les décisions "savantes" du "Conservateur" de copies M. Couture ?

  • Claude Girard - Abonné 3 décembre 2010 09 h 54

    Laxisme récurrent

    Remarque très pertinente.
    Il faut ajouter que la considération des archives répertoriées ou encore entreposées sans trop d’intérêt dans des sous-sols de maisons privées souffre d’un certain laxisme, une sorte de désintérêt dans les faits, mais non dans les paroles. Les instances politiques nationales ou municipales n’hésiteront pas à souligner à l’occasion l’importance des archives, mais dans les faits, les organismes voués à l’histoire et au patrimoine doivent imaginer divers moyens (campagne de financement, souper spaghetti) pour financer leurs activités qui consistent souvent à dénicher ces archives et à tenter de les conserver dans des conditions relativement acceptables. C’est à se demander si la politique gouvernementale ne consiste pas à un laisser-aller tranquille pour ne pas avoir à prendre les choses en main. Il faut bien admettre que ce n’est pas « vendeur » de parler d’histoire et d’archives.

  • Patrick Lavallée - Inscrit 3 décembre 2010 12 h 16

    Pillage est un euphémisme

    Ce pillage dévoilé par les médias ne serait que la pointe de l'iceberg.

    Honte.

  • Daniel Faucher - Inscrit 3 décembre 2010 17 h 24

    Et le Pérou itou!

    «Sur le plan international, les revendications répétées de la Grèce et de l'Égypte pour rapatrier des éléments de leurs patrimoines nationaux à l'égard de pays comme la France ou la Grande-Bretagne sont méritoires et, comme nous l'avons vu récemment, parfois couronnées de certains succès.»
    Le Pérou aussi vient de marquer des points dans ses revendications auprès de l'université Yale (ref. l'émission Une heure sur terre il y a quelques mois et les actualités récentes). Il est vrai que ce pays, comme l'Égypte et la Grèce, se bat depuis des décennies!

  • Claude Jean - Inscrit 6 décembre 2010 05 h 34

    Rapatriement des armoiries royales de France les armoiries de Québec en vidéo


    Pour rendre hommage à nos ancêtres de 1759-1760, rapatrions les armoiries de Québec sur le sol du berceau de la Nouvelle-France, voici le vidéo en ligne sur Tag Télé au lien suivant:

    http://www.tagtele.com/videos/voir/46581

    Aussi sur You Tube:

    http://www.youtube.com/watch?v=ll9ryIwWqWo

    Merci de militer pour le retour de notre patrimoine.

    Soldat Sanspareil
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy!
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-r
    François Mitterrand
    Un peuple qui n'enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité