Mort d'un politicien

Il y a la mort physique et la mort publique. Parfois, un politicien connaît la seconde avant la première. C'est ce qui vient sans doute d'arriver à Jean Charest. Sa réputation, au fil des mois, s'est transformée en un grand trou noir d'où s'échappent des odeurs de pourriture de plus en plus incommodantes. Le ras-le-bol de la population est en train de se transformer en éruption volcanique. «Assez, c'est assez!», entend-on de tous côtés.

Jamais un premier ministre du Québec n'aura essuyé au cours de sa carrière autant de rebuffades de la part de la population. Jamais il n'aura suscité autant de controverses. Jamais il n'aura inspiré autant de suspicion. L'affaire de la centrale du Suroît, celle de la privatisation du parc national du Mont-Orford, celle des écoles juives — et j'en oublie! —, autant de gifles qui l'ont obligé à des reculs humiliants mais inévitables.

Mauvaise gouvernance

La combine Tomassi pour l'attribution des places en garderies, le désespérant gâchis du CHUM, les révélations de la commission Bastarache sur la nomination des juges, la vague de boue qui traverse le monde municipal, déculottant un maire après l'autre: autant d'illustrations de la mauvaise gouvernance de l'équipe qu'il dirige et de son amour un peu trop prononcé pour l'ombre.

Son refus obstiné de créer une commission d'enquête sur l'industrie de la construction —, et cela, malgré une accumulation incessante de preuves et d'indices — ne fait que nourrir les doutes que l'on entretient sur les sources de financement de son parti. Et que dire de cet entêtement à nous imposer l'exploitation des gaz de schiste malgré la colère populaire et les mises en garde des scientifiques? Ne serait-ce pas une façon pour lui de remercier d'anciens collaborateurs qui viennent de trouver un emploi lucratif chez les gazeux?

Et puis, il y a cette façon qu'il a de défendre le français (en recul à Montréal) par de belles paroles vibrantes d'émotion, mais en prenant bien soin de rester les bras croisés afin de ne pas indisposer la moitié anglophone de sa base électorale.

De quel côté êtes-vous, John James?

Point de non-retour


Malgré son redoutable talent de débatteur. Malgré l'étonnante résilience du Québec pendant cette récession qui afflige l'économie mondiale. Malgré la solidarité un peu servile que manifestent les membres du Parti libéral pour leur chef pendant les tempêtes qui ne cessent de s'abattre sur lui et sur son gouvernement, le taux de popularité de monsieur Charest semble souffrir d'une incurable anémie.

Voilà longtemps qu'il montrait une préoccupante tendance vers le zéro. Aujourd'hui, avec cette pétition électronique qui réclame sa démission et qui grossit à une telle vitesse qu'elle fait planter le serveur de l'Assemblée nationale, quelque chose vient de se produire, comme le franchissement du point de non-retour.

C'est le rejet. Oh, pas total. Il faut un pays totalitaire, justement, pour atteindre les 100 % dans l'expression de l'opinion publique. Mais c'est un rejet massif. Et de plus en plus coléreux. Le commun des mortels commence à trouver ce premier ministre au salaire si longtemps secret un peu trop commun.

Quitter la scène

Qu'il fasse de l'air, comme on dit familièrement. Même ses alliés de toujours commencent à le trouver maladroit et de plus en plus encombrant. Il a beau être le premier ministre québécois le plus fédéraliste que l'on n'ait jamais connu, il nuit à la cause du Canada. Quelqu'un quelque part doit être en train de lui chercher une façon élégante — et bien payée — de quitter la scène.

Car il y a des rapprochements de termes dont la fréquence devient de plus en plus gênante pour les partisans du nation building. Par exemple, «fédéraliste» et «corrompu». Depuis trop longtemps, ces deux mots ne cessent de se côtoyer à toutes sortes d'occasions. On a déjà eu assez de mal à se dépêtrer du scandale des commandites, soupirent ces messieurs, n'en remettez plus, de grâce! Sinon, le Canada risque une amputation.

Adieu, monsieur Charest. Faut pas nous en vouloir. «Que voulez-vous, c'est la vie», dirait Jean Chrétien.

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13 commentaires
  • Merelle - Inscrite 17 novembre 2010 06 h 27

    C'est tout le parti libéral qui doit quitter

    Pas juste Jean Charest qui sera remplacé par un autre comme lui qui aura aussi la conscience pas trop tranquille (à condition qu'il en est une).

    Et de grâce ne nous donnez pas Nathalie Normandeau: c'est certain qu'elle me ferait descendre dans la rue avec ma pancarte et ma colère de contribuable à qui on enlève presque la moitié de ses revenus honnêtes en impôts.....pour les reverser aux ti-zamis.

  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 17 novembre 2010 07 h 57

    Et pour la suite

    OK, supposons la démission de M. Charest. Allons même plus loin. Le gouvernement démisionne. Croyez-vous qu'en ces lendemains, la mafia, le crime organisé, les gangs de rue, les motards, les gens d'affaires bref, que tous ces gens vont commencer à fonctionner sans magouilles, que le monde deviendra subitement blanc comme neige. Croyez-vous que le parti québécois, le seul parti à pouvoir espérer prendre la place, avec son idée de référendum, pourra apporter quelque chose de meilleur à notre société tant du point de vue de la santé, de l'éducation et de la justice. Pourront-ils régler la question des urgences, du décrochage scolaire d'un coup de baguette magique. Moi, M. Beauchemin, je crois que le malaise est plus grand que cela. Notre peuple a faim de sang, de scandales. C'est notre quotidien. Nos journalistes sont très forts pour débusquer toutes les laideurs de notre société. Dans les faits, il ne s'agit pas que de la mort d'un politicien mais bien de notre mort collective quant à la confiance que nous aurons dorénavant dans nos institutions. Si physiquement je continue de vivre, c'est que je tente de faire abstraction de toutes ces nouvelles entendues durant la journée pour finalement trouver ma vie belle, sécuritaire et à l'abri de toute cette réalité poubelle.

  • Michel Bédard - Inscrit 17 novembre 2010 08 h 41

    Par 4 chemins... par Beauchemin.

    "Nos journalistes sont forts pour débusquer toutes les laideurs de notre société." mentionne le bourgeoisgentilhomme. Semble-t-il que les malheurs font vendre les journaux, c'est le pain des médias.

    "Je tente de faire abstraction de ces nouvelles entendues pour finalement trouver ma vie belle", dit-il. Parce que "la vie" en soit est extra, il faut rendre grâce, et continuer à la protéger. Michel Bédard, Fierté Montréal.

  • roger montreal - Inscrit 17 novembre 2010 09 h 10

    BELLE DOCRATIE POUR UN GENTILHOMME

    A lire le bourgeoisgentilhomme il faudrait laisser faire les libéraux et CHAREST, faire tout se qu ils font en ce moment.«les tiamis la mafia dans les villes dans les contrats des routes etc.»
    Car le prochain gouvernement sera peut etre pareille,«BELLE DÉMOCRATIE POUR UN GENTILHOMME»
    Laissont le ROI CHAREST CONTINUER SON RÈGNE, pour dix ou quinze ans,et les sujets taissez vous.
    ROGER MONTREAL

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 17 novembre 2010 09 h 37

    Chronique d'une mort politique annoncée...

    Merci Monsieur Beauchemin, c’est un plaisir de vous lire ce matin concernant la « Crise » politique dans laquelle se trouve aujourd'hui le Québec.

    Le 8 décembre prochain nous serons à mi-mandat de ce gouvernement et de ce bris de confiance massif qui dure et perdure depuis plus d’un an et demi.

    Après la pétition en ligne (qui n’a jusqu’ici pas eu raison de toucher Petit Jean) inspirons-nous de David Henry Thoreau et mettons en marche une « désobéissance » pour forcer le gouvernement de Jean Charest, soit de démissionner comme PM, soit de déclencher une enquête publique sur la corruption, soit de convoquer de nouvelles élections générales.

    Reste à choisir la manière et la forme de «désobéissances» collectives, non violentes, populaires et organisées (exemples : sit-in, manifestations, refus de payer l’impôt, taxe scolaire ou autres charges, union de tous les partis politiques indépendamment de leur orientation, etc).

    Rappelons que les désobéissances civiles furent employées sinon appuyées par des pacifistes tels les Gandhi, David Thoreau, Martin Luther King, etc., face aux pouvoirs, même légitimes, qui n’avaient d’autres intérêts que les siens propres au détriment de leur population.

    Quand les démarches légales ou permises ne suffisent pas (parce que l’appareil juridique, par exemple, est trop souvent tributaire d’un parti politique qui le nomme!) à casser ou à déloger la corruption structurée en institution, comme cela semble actuellement le cas au Québec, il reste la contestation légitime et organisée pour faire comprendre au gouvernement qu’il est au service du peuple… et non le contraire.