Forum québécois sur l'eau - Cesser de gaspiller avant d'exporter

Selon l'ONU, si notre consommation d'eau se maintient au rythme actuel, plus des deux tiers de la population mondiale vivront dans des conditions précaires relativement à l'eau en 2025. Paradoxalement, pendant cette même période, la consommation mondiale en eau doublera.

Le gouvernement du Québec a annoncé dans son dernier budget que les entreprises québécoises feront l'objet, dès 2011, d'une nouvelle taxe sur le prélèvement de l'eau. Cascades est favorable à cette décision et salue l'audace dont a fait preuve le gouvernement en entérinant une nouvelle redevance sur l'or bleu.

Il faut aller plus loin: le besoin est urgent de nous conscientiser et de nous responsabiliser quant à la façon dont nous gérons l'eau et aux effets de nos décisions sur l'ensemble des autres usagers, et ce, dans une perspective à long terme.

Le Québec, au coeur des enjeux de l'eau

Le Québec possède un potentiel en eau potable extraordinaire: plus de 3 % des réserves mondiales se trouvent sur notre territoire, réparties dans plus de 4500 cours d'eau et 500 000 lacs. D'ailleurs, avec l'électricité qui en est issue, l'eau est probablement notre plus grande richesse commune mais combien fragile.

La gestion de cette ressource est plus que jamais sur la sellette mondiale, et l'eau acquiert du même coup une importance accrue sur le plan économique et social en raison des pénuries observées. Conséquemment, les débats se multiplient autour de l'exportation de l'eau comme source de revenus pour le gouvernement québécois. [...] Avant de plonger dans une forme ou une autre d'exportation de l'eau, il est primordial de réfléchir aux moyens à déployer pour en améliorer la qualité et surtout, pour réduire la consommation québécoise, loin d'être exemplaire.

Une large proportion de la population québécoise considère l'eau comme une ressource inépuisable. De l'impression d'abondance est né un phénomène de surutilisation, voire de gaspillage: ainsi, au Québec, la moyenne de consommation d'eau potable par personne atteint 400 litres par jour, soit quatre fois plus qu'en France et en Angleterre. Seuls les Américains consomment plus que nous, avec leur triste record de 425 litres par jour.

Urgence d'agir


En conformité avec sa Politique nationale de l'eau, le gouvernement du Québec doit soutenir les initiatives des entreprises innovatrices et intensifier ses efforts auprès de l'industrie en misant non seulement sur le traitement des eaux usées, soit la qualité de l'eau, mais aussi, et bien davantage, sur la prévention et sur la réduction à la source.

Le Québec doit envisager très rapidement l'installation généralisée de compteurs d'eau et prévoir des tarifs pour inciter la population à l'économie. Cette simple mesure aurait comme impact direct des réductions de coûts d'infrastructures en filtration, en réseau de distribution et en traitement des effluents.

Notre entreprise a pu restreindre sa consommation d'eau par des efforts soutenus visant d'abord à réduire ses coûts d'exploitation. De plus, pour que la qualité de l'eau que nous rejetons en aval soit la meilleure possible, nous avons réduit de 25 % nos matières en suspension à l'effluent par tonne de produits fabriqués, et ce, au cours des cinq dernières années seulement.

Récemment, le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie a conçu un «indicateur eau», et Cascades sera la première compagnie à le mettre en application. Bien qu'encore en développement, cet outil quantifie les impacts potentiels de la consommation d'eau sur la santé humaine et l'eau à compenser par les utilisateurs de cette ressource.

Il est donc possible de conjuguer ses objectifs d'affaires avec la protection de l'environnement en général, et une saine gestion de l'eau en particulier. Lorsque le Québec sera parmi les leaders en utilisation responsable et en préservation de l'eau, alors, nous pourrons envisager, de manière très encadrée et à des fins humanitaires, une éventuelle exportation.

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L'auteur participe au Forum québécois sur l'eau organisé conjointement par Le Devoir et le journal Les Affaires aujourd'hui et demain au Centre des sciences de Montréal.
5 commentaires
  • André Boulanger - Inscrit 25 octobre 2010 09 h 03

    Vive les récupérateurs d'eau de source céleste

    J'ai des bidons d'eau dans ma ruelle verte depuis plusieurs années.
    Le fait de savoir que l'eau ne vient pas de nulle part change agréablement notre perception de cet élément essentiel à la vie.

  • Yvon Bureau - Abonné 26 octobre 2010 06 h 58

    Oui à l'économie de l'eau d'abord

    Faudrait un sommet du peuple pour faire la liste des moyens d'économiser l'eau.

    En voici quelques uns : une toilette avec un réservoir de six litres ; ouvrir la douche, s'arroser, fermer la douche, savonner, et ouvrir la douche pour se rincer; se brosser les dents avec peu d'eau, robinet fermé pendant le brossage des dents; ...

    Choix de société : augmentez le coût de l'eau; 10 litres d'eau traitée pour un sous, c'est ridicule.

    Comme l'Europe, augmentons le prix de l'eau et de l'essence, et les habitudes de consommation changeront.

    C'est l'$$$ qui fait changer le monde ! Hélas.

  • Geoffrey Garver - Abonné 26 octobre 2010 07 h 57

    N'oublions pas les milieux humides

    Au Québec, on n'a pas encore adopté une vraie politique d'aucune perte nette des milieux humides, qui jouent un rôle très importantes en ce qui concerne la qualité et la quantité. Par contre, selon mes recherches, le Ministère du développement durable, environnement et parcs n'exige pas que les milieux humides perdus au développement (par exemple, à Laval qui parait avoir perdu 40% de ses milieux humides depuis 2000) soient rarement compensés par la restauration ou la création d'autres milieux humides de la même valeur écologique. Un fonctionnaire du MDDEP m'a expliqué qu'il n'y a pas une politique d'aucune perte nette, c'est plutôt un "principe". Bon alors. Il est temps d'adopter au Québec un règlement stricte d'aucune perte nette des milieux humides.

  • - Abonné 26 octobre 2010 08 h 17

    Porteurs d'eau

    Toujours à l'affiche, depuis des mois « CE SOIR, ON FAIT PEUR AU MONDE » : « au Québec, la moyenne de consommation d'eau potable par personne atteint 400 litres par jour » . Encore une fois, on va trouver le moyen de faire payer le petit pour la consommation du gros.

    C'est énorme, ça fait peur ! La solution est maintenant plus facile à faire accepter : on va mettre des compteurs d'eau... une augmentation de la facturation !

    Levez la main tous les simples citoyens qui ont une consommation moyenne annuelle de 400 LITRES D'EAU PAR JOUR ?

    Et dans ce calcul de la consommation moyenne, on divise la consommation totale par le nombre d'individus, les enfants inclus, et même les nourrissons sont des individus.

    Je m'opposerai toujours au gaspillage, mais encore une fois j'ai peur que la facture aille davantage aux « porteurs d'eau » qu'aux véritables gaspilleurs.

  • GAIAGENAIRE - Inscrit 27 octobre 2010 12 h 21

    ENCORE UN DOL

    Je suis contre le fait de payer pour l'eau distibuée par les aqueducs.

    Il s'agit d'eau usée, contaminée, polluée, imbuvable sans conséquences pour la santé même de la faune aquatique.

    Une eau pompée à partir d'un lit de fleuve ou de rivière pollués, filtrée, chlorinée, fluorée et quoi d'autre que l'on ne nous dira jamais, ditribuée par aqueduc et sous pression.

    Je ne consomme plus cette sorte d'eau usagée depuis longtemps même si je me résigne à laver mon corps avec. J'ai assez de ne pas avoir le choix que de respirer de l'air pollué, que mes ventilateurs me prouvent à chaque nettoyage.

    Alors, oui, je consomme Labrador et je paie pour de l'eau neuve(point).