Droits et Démocratie - Vers un sombre avenir?

Droits et démocratie<br />
Photo: Illustration: Christian Tiffet Droits et démocratie

Monsieur le ministre Lawrence Cannon, Je suis un ancien employé de Droits et Démocratie, ayant démissionné depuis peu et avec regret. J'ai occupé les fonctions de président du Syndicat des employés de Droits et Démocratie au cours des dernières années et, bien que n'y travaillant plus, j'ai encore à cœur la survie de cet organisme. J'espère pouvoir vous convaincre de l'importance d'agir.

J'ai lu avec grand intérêt, lundi dernier, la réponse du gouvernement du Canada au rapport du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international intitulé Droits et Démocratie: vers un avenir meilleur. J'avais d'ailleurs eu l'occasion de témoigner devant le Comité lors des audiences sur la crise à Droits et Démocratie en avril dernier. Je dois admettre que j'ai trouvé la réponse insatisfaisante et plutôt décevante.

Dans cette réponse, «le gouvernement souligne la confiance qu'il accorde au conseil d'administration actuel et au président de Droits et Démocratie, M. Gérard Latulippe». Or certains faits récents me portent plutôt à croire que, sous la gouverne de ce conseil d'administration et de M. Latulippe, Droits et Démocratie est en déroute, opinion partagée par de nombreux employés qui ne peuvent s'exprimer publiquement par crainte de représailles.

Envenimer la situation


Loin d'avoir réussi à calmer la crise en réaffirmant la non-partisanerie de l'organisation, les décisions récentes de M. Latulippe et du conseil d'administration n'ont fait qu'envenimer une situation déjà intenable. Il y a matière à s'inquiéter du fait que l'argent des contribuables sert à payer d'innombrables avocats et consultants plutôt qu'à promouvoir le respect des droits de la personne et le développement démocratique dans le monde, que la mémoire institutionnelle est considérablement compromise et que l'expertise internationalement reconnue des employés de Droits et Démocratie est décimée.

En outre, il est à craindre que les programmes et partenariats développés par l'institution depuis plus de 20 ans soient irrémédiablement dénaturés ou tout simplement abandonnés. Bref, le mandat même de l'organisation semble mis en cause.

Sur le plan financier, depuis l'entrée en fonction du nouveau président, soit depuis sept mois seulement, on pourrait estimer que le Centre a dépensé plus d'un demi-million de dollars des fonds publics en contrats de consultants. Le tout semble fait sans appel d'offres, alors même que cette pratique amorcée au cours de l'intérim de M. Jacques Gauthier avait fait l'objet de vives critiques. Lorsqu'on ajoute à ces dépenses celles contractées de janvier à mars 2010 par le conseil d'administration, sous la présidence intérimaire de M. Jacques Gauthier, la facture de cette crise s'élèverait à plus d'un million de dollars en fonds publics.

Rapport public

Au chapitre de la cohésion institutionnelle et de l'efficience de l'organisme, notons que l'embauche répétée de consultants, dont plusieurs ont effectué le travail d'employés en poste, n'a rien fait pour rétablir la confiance interne et assainir le climat de travail. À cela s'ajoute le fait que seuls quatre projets élaborés par le personnel ont été formellement approuvés depuis l'entrée en fonction de M. Latulippe, alors qu'une douzaine d'autres ne peuvent être mis en oeuvre, faute d'approbation.

Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas de la dégradation rapide de la situation sur le plan des ressources humaines depuis l'arrivée de M. Latulippe: huit départs volontaires, quatre départs découlant d'abolitions de postes et de nombreux congés pour épuisement professionnel, qui s'ajoutent aux quatre congédiements effectués par M. Gauthier entre janvier et mars 2010. Bref, depuis le début de la crise, le Centre a vu son effectif diminuer de plus du tiers et une dizaine de postes restent encore vacants.

En ce qui a trait à l'image publique de Droits et Démocratie, M. Latulippe et le conseil d'administration n'ont toujours pas honoré leur engagement de rendre public le rapport d'enquête de Deloitte et Touche. Cela est d'autant plus préoccupant que ce rapport devait faire la lumière sur des allégations de mauvaise gestion accompagnées d'accusations graves selon lesquelles l'institution aurait financé des groupes terroristes sous la présidence de feu M. Rémy Beauregard.

Dans ces circonstances, il est important que ce rapport soit rendu public et que lumière soit faite sur ces allégations. Il en va de la crédibilité de Droits et Démocratie, du respect de l'intégrité de son personnel et de la mémoire de M. Beauregard.

Monsieur le ministre, je crains que le conseil d'administration et le président actuels ne conduisent peu à peu Droits et Démocratie à perdre toute crédibilité, et ce, en se prévalant de la confiance que vous leur accordez. Cela nuirait davantage à la réputation internationale du Canada.

***

Maxime Longangué - L'auteur a travaillé à Droits et Démocratie jusqu'en octobre 2010 et fut président du Syndicat des employés de cet organisme au cours des trois dernières années
3 commentaires
  • Daniel Houx - Inscrit 23 octobre 2010 06 h 20

    Combat de boxe

    Je reprends les idées du dernier paragraphe.

    La réputation internationale du Canada a encaissé un bon coup de poing sur le nez cette semaine à L'ONU. À la boxe cela lui vaudrait un compte de huit. Il ne reste qu'à lui asséner un bon KO; la perte de crédibilité de Droits et Démocratie ne va sûrement pas aider cette réputation.

    Le rusé premier ministre atteint lentement mais sûrement son but de mettre KO tout ceux qui s'opposent à lui et, contrairement à la boxe, tous les coups sont permis; c'est normal, l'arbitre est absent.

  • Pierre Rousseau - Abonné 23 octobre 2010 11 h 09

    Lettre au public

    En fait cette lettre est destinée à nous tous du public, pas au ministre Cannon car ce dernier est l'artisan non seulement de la débâcle de D

  • Jean Plante - Inscrit 23 octobre 2010 17 h 56

    Démocratie totalitarisme

    Les organismes indépendants du pouvoir politique servent de chien de garde de la frontière entre le despotisme des gouvernements et les gouvernés. Ces mêmes organismes nous représentent à la face du monde et sont le porte-étendard de nos convictions profondes du droit à la divergence d’opinion et le droit de les exprimer. Elles pour mandat de nous protéger, de dénoncer les excès et les dangers lorsqu’ils se présentent. Cette fenêtre ouverte sur le monde, fait de nous les Canadiens, les précurseurs d’une ouverture et de tolérance qui incite beaucoup d’immigrants à venir grossir nos rangs.


    Il fut un temps où le Canada - figurait sur la scène internationale - comme conciliateur et négociateur à travers le monde. Le gouvernement actuel à lui seul a réussi à ternir notre image, notre intégrité de pacificateur que nous avions laborieusement construit depuis la dernière guerre. En seulement quatre ans, nous sommes devenus des agresseurs aux yeux de plusieurs observateurs d’importance mondiale, au point ou nous n’avons pas eu le siège au conseil de sécurité de l’ONU.


    Quelle évolution! D’une démocratie idéologique, nous sommes passés à une forme de démocratie totalitariste sous une forme douce. La division des gens par les intérêts individuels, de groupuscules, qui chacun à leur manière, se protège contre le pouvoir et qui tente tant bien que mal à poursuivre la mission pour laquelle elle milite. Flatte les uns et fustige les autres, nous tenant divisé et dans une certaine mesure occultant notre capacité d’avoir une vision d’ensemble. Les partis de l’opposition qui eux aussi devraient nous protéger en tant que démocratie sont frileux de prendre position et lorsqu’ils le font c’est en calculant des votes. L’extrême droite, qu’elle soit conservatrice ou libérale, s’entend pour ne pas partager équitablement les richesses.


    Les libéraux d’extrême droite militent pour la déréglementatio