Billy Diamond, 1949-2010 - Un homme plus grand que nature

Signature en 1975 de la Convention de la Baie-James, premier traité moderne au Canada. De gauche à droite, Billy Diamond, Gérard D. Lévesque, représentant du gouvernement de Robert Bourassa, et Robert Kanatewat, du Grand Conseil des Cris.<br />
Photo: Archives - Le Devoir Signature en 1975 de la Convention de la Baie-James, premier traité moderne au Canada. De gauche à droite, Billy Diamond, Gérard D. Lévesque, représentant du gouvernement de Robert Bourassa, et Robert Kanatewat, du Grand Conseil des Cris.

Il y a quelques années, j'ai eu le privilège de coprésider avec le chef Billy Diamond une importante conférence portant sur le développement minier. J'en ai fait beaucoup, de ce type de rencontre, et souvent on ressent ce froid, voire cette distance, entre les représentants des entreprises ou des gouvernements et ceux des communautés autochtones. Cette fois-ci, ce fut différent. En ouverture de la rencontre, Billy a pris la parole et, relatant la venue des premiers prospecteurs, les deux bras dans les airs, il a lancé: «They never thought they would find the biggest Diamond!» (Ils ne pensaient jamais trouver le plus gros "Diamond" — diamant!) La salle s'est esclaffée. Le ton était donné.

Billy Diamond en imposait autant par son physique que par sa personne. C'était un grand homme, dans tous les sens du terme. L'annonce de son décès a bouleversé plusieurs personnes, moi compris. Les Premières Nations viennent de perdre un leader, véritable source d'inspiration, qui a ouvert la voie à la négociation et au dialogue.

C'était bien avant les décisions importantes de la Cour suprême, comme Delgamuukw ou Haïda Nation, c'était avant la reconnaissance des droits des autochtones dans la Constitution canadienne et c'était bien avant la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones.

Sa nation

1971, c'était le projet du siècle! Devant les ambitieux projets de développement énergétique du Québec, Billy Diamond se dresse et ose affirmer que le territoire est celui de sa nation, que le Québec n'a pas le droit de le développer sans le consentement de son peuple et celui de tous les autres, Inuits et Premières Nations, qui habitent, protègent et respectent ce territoire depuis des milliers d'années.

Les Québécois venaient tout à coup de découvrir qu'il existait encore des Amérindiens ici, alors que les livres d'histoire nous les présentaient comme des peuples primitifs, ayant certes marqué les premières années de la Nouvelle-France, mais qui n'existaient que dans les récits d'époque... jusqu'à cette année de 1973 (décision du juge Malouf). Les Cris, marchant sur les pas du grand chef Diamond et bénéficiant de l'appui des autres Premières Nations du Québec, vont remporter une grande victoire devant les tribunaux québécois.

La Cour supérieure du Québec leur donne raison et ordonne l'arrêt immédiat des travaux de la Baie-James. Malgré le renversement de ce jugement par la Cour d'appel, Billy Diamond réussit à faire valoir le fait que les Cris possèdent des droits territoriaux et des droits ancestraux qui doivent être respectés. Cette détermination d'un seul homme a mené à la signature de la Convention de la Baie-James (1975), une entente qui a «propulsé la nation crie dans le nouveau siècle», selon ses propres paroles.

Page d'histoire

Il s'agissait d'une importante victoire pour les Cris, mais il s'agissait surtout d'une énorme victoire pour l'avenir des Premières Nations. Dès lors, nous étions moins «gênés» de défendre nos droits et d'utiliser les recours juridiques lorsqu'il le fallait. Ainsi, il y a eu Guerin, Côté, Sioui, Sparrow, Delgamuukw, Haïda, et j'en passe. Il y a eu aussi de nombreuses batailles politiques, voire plusieurs crises.

Personnellement, j'étais parmi ces jeunes militants des Premières Nations qui marchaient contre le développement hydroélectrique de la Baie-James. Or, on pouvait être contre le projet de la Baie-James, mais, en même temps, il était difficile de rester indifférent devant Billy Diamond.

Leader historique de la nation crie, il a été le premier grand chef des Cris, de 1974 à 1984. Après la Convention de la Baie-James, il a participé aux conférences constitutionnelles de 1983 à 1987, qui ont permis l'une des rares modifications constitutionnelles de l'histoire du Canada. Il était celui que plusieurs consultaient dans les derniers pourparlers constitutionnels qui ont résulté en l'accord de Charlottetown, en 1992.

C'est donc une grande page de notre histoire qui vient de se tourner avec le départ de Billy Diamond, un homme plus grand que nature. Il nous a quittés, mais son esprit continue et continuera de nous habiter. Il nous lègue la vision d'un avenir meilleur pour nos enfants, ainsi que la responsabilité de continuer à défendre ce que nous sommes.

Enfin, il nous a appris qu'une nation n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle est unie. Je souhaite que ses enseignements guident le chemin de plusieurs générations à venir. Merci Billy!

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Ghislain Picard - Chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
1 commentaire
  • Erwan Basque - Inscrit 17 octobre 2010 15 h 36

    Un homme et son pays.

    Bonjour,
    Monsieur Billy Diamond était dans son pays et il a le droit de S'exprimer comme bon lui semble. En tant que Premières Nations, le territoire d'ici leur appartient en propre excepté pour certains esprits de nationalistes dont l'ouverture d'esprit est inversement proportionnelle au territoire qu'ils habitent. Et par après, on s'indigne comme de jeunes vierges offensées de passer pour des intolérants. Merci, Monsieur Billy Diamond et fermez les yeux sur certains nationalistes qui ne savent même pas ce qu'ils font et où qu'ils vont, ne méritant même pas l'Article UN du programme péquiste. Et tant mieux s'il est relégué aux calendes grecques à tout jamais car cela protège le Québec de l'intolérance......Bien à vous, Erwan Basque.