Jugement sur la prostitution - Une avancée sur une route encore longue

Il ressort du discours des derniers jours sur la prostitution un mépris et une condescendance, une fois de plus, à l’égard des travailleuses du sexe.<br />
Photo: Agence Reuters Edgard Garrido Il ressort du discours des derniers jours sur la prostitution un mépris et une condescendance, une fois de plus, à l’égard des travailleuses du sexe.

Contre toute attente, Terri-Jean Bedford, Valerie Scott et Amy Lebovitch ont gagné leur combat, notre combat. La victoire n'est que temporaire, mais il s'agit tout de même d'un pas historique vers la décriminalisation du travail du sexe au Canada. Après avoir examiné plus de 25 000 pages de preuves amassées sur une période de deux ans et demi, la juge Susan Himel a récemment conclu, en Cour supérieure de l'Ontario, que les trois articles de loi contestés allaient à l'encontre de la section 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, section qui reconnaît que «chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; il ne peut être porté atteinte à ce droit qu'en conformité avec les principes de justice fondamentale».

Depuis ce jugement aussi inattendu qu'exaltant, spécialistes et intellectuels se sont prononcés publiquement sur les impacts d'une telle décision. Ce qui me frappe d'abord chez plusieurs intervenants, c'est l'incapacité d'accepter le simple fait que la cause entendue ne portait pas sur l'aspect moral de la prostitution, mais bien sur la mise en péril de la sécurité des travailleuses du sexe.

Dans ce contexte, la juge Himel a parfaitement rempli son mandat, qui était d'évaluer si une meilleure organisation des conditions de travail pouvait diminuer, non pas éliminer, les risques de violence faite à ces femmes. Pour elle, il ne fait donc aucun doute que c'est bel et bien le cas. La majorité des gens comprenant les enjeux seront d'accord avec elle, à moins de faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. D'ailleurs, à ce sujet, soulignons que Mme Himel fut troublée par le manque d'objectivité de certains experts abolitionnistes qui, lors du procès, n'ont pas hésité à déformer les faits afin d'appuyer leur croisade personnelle.

Préjugés


Ce qui est ressorti également du discours des derniers jours est le mépris et la condescendance dont on fait preuve, une fois de plus, à l'égard des travailleuses du sexe. Envers quel autre groupe social se permet-on, sans aucune gêne, d'afficher ouvertement autant de préjugés? C'est exaspérant de constater à quel point on n'accorde aucune crédibilité à l'opinion des femmes qui se disent à l'aise dans l'industrie du sexe.

Le phénomène est si flagrant que même lorsqu'on est habituellement considérée par ses pairs comme une personne lucide dotée d'un esprit critique, on est soudainement perçue comme une victime de la domination masculine ou une fabulatrice si on ose parler en termes positifs de son expérience de travailleuse du sexe. Pour trop de gens, le travail du sexe est systématiquement synonyme d'avilissement, et qu'importe si des femmes directement concernées affirment le contraire! On ne prend pas la peine de les écouter, on préfère les discréditer d'emblée et leur refuser la liberté de penser différemment.

Au fil de mes rencontres en tant qu'escorte indépendante, la plupart des hommes que j'ai croisés ont fait preuve d'un respect exemplaire à mon égard. Oui, je parle de ces mêmes hommes que les abolitionnistes se plaisent à dépeindre injustement comme des monstres. À l'inverse, lorsque j'ai senti ma dignité humaine compromise en raison de mon choix de métier, ce fut la plupart du temps par une de ces personnes bien-pensantes qui prétend avoir à coeur l'épanouissement des travailleuses du sexe, mais qui pourtant piétine leur droit le plus fondamental de disposer de leur corps et d'exprimer leur sexualité comme bon leur semble. L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on.

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2 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 8 octobre 2010 09 h 53

    Cientèle cible

    Il vaut mieux avoir un client poli et comblé qu'un client qui rote et qui est frustré. C'est toute la différence entre 'La Queue de Cheval' et 'La Belle Province'. Ou encore mieux vaut une main de fer dans un gant de velours qu'une batte de baseball. Tout serait donc dans la manière... et du prix, j'imagine!

  • Céline Delorme - Abonnée 8 octobre 2010 21 h 13

    Et votre fille?

    Mme Valmont a certainement droit au respect de sa personne, comme tout être humain. Cependant, après avoir travaillé de nombreuses années en aide aux femmes en difficulté, j'ai connu plusieurs femmes qui vivaient de la prostitution. Je n'en ai jamais vu qui déclaraient fièrement: ma petite fille sera prostituée comme sa mère! Au contraire tous leurs efforts visaient à ce que leur fille se sortent du milieu.
    Non ce n'est pas un métier comme les autres.