Réplique à Louis Hamelin - Nos reportages n'accréditent pas votre thèse

Dans Le Devoir du 29 septembre 2010, vous avez quitté votre rôle habituel de critique littéraire pour migrer à la section Idées, où vous avez commenté les reportages sur la Crise d'octobre diffusés la semaine dernière à l'émission Tout le monde en parlait. C'est à titre de journaliste et auteur de ces reportages que je souhaite intervenir pour me dissocier de l'interprétation que vous faites des révélations qui s'y trouvaient.

Vous prétendez que ces reportages auraient confirmé que l'escouade antiterroriste connaissait «tous les felquistes» et qu'elle aurait continué à les surveiller même après les enlèvements. Vous laissez entendre que cela accréditerait la thèse conspirationniste à la base de votre plus récent roman (La Constellation du lynx) voulant que la Crise d'octobre ait été téléguidée par des forces occultes, policières et politiques. Plus spécifiquement, par un douteux procédé d'amalgame, vous suggérez que mes reportages appuieraient votre théorie selon laquelle des policiers de la section antiterroriste auraient occupé la maison voisine de celle où était détenu Pierre Laporte jusqu'à sa mort, mais n'auraient rien fait pour lui sauver la vie.

Qui et où

Ni dans les deux heures d'émission que nous avons consacrées à la Crise d'octobre la semaine dernière, ni dans les reportages diffusés au cours de la semaine dans les bulletins d'information, nous n'avons affirmé ou laissé entendre que la police savait où se trouvaient les ravisseurs de Pierre Laporte. Nous avons fait état des propos du responsable du renseignement de l'escouade antiterroriste, le lieutenant Julien Giguère, selon qui les policiers avaient rapidement identifié les auteurs des enlèvements.

Dans les 24 heures suivant le kidnapping de l'attaché commercial britannique James Richard Cross, la section antiterroriste savait effectivement qu'elle avait affaire au groupe de Jacques Lanctôt et de Marc Carbonneau. On a même trouvé une empreinte digitale de ce dernier sur le manifeste qui accompagnait le premier communiqué de la cellule Libération et que lira quelques jours plus tard Gaétan Montreuil sur les ondes de Radio-Canada. Dans les heures suivant l'enlèvement du ministre Pierre Laporte, la section antiterroriste savait aussi qu'il s'agissait du groupe de Paul Rose grâce à la plaque d'immatriculation de la voiture des ravisseurs.

Beaucoup d'imagination

Donc, la police savait QUI elle recherchait, mais jusqu'à preuve du contraire, elle ignorait OÙ les ravisseurs se cachaient. C'est ici où nos métiers respectifs divergent. Selon votre roman, une forme, avez-vous dit, qui vous libère du fardeau de la preuve, la police campait dans la maison voisine de la rue Armstrong à Saint-Hubert et n'aurait pas levé le petit doigt pour libérer Pierre Laporte. Mon instinct journalistique me dit que tant qu'à savoir où se trouvait le ministre et de ne pas avoir l'intention de lui sauver la vie, la police aurait mieux fait d'éviter le quartier.

Mais bon, je spécule, et ce n'est pas mon métier. De la même manière que n'étant pas critique littéraire, j'éviterai de me prononcer sur votre roman, sinon pour dire qu'il faut vraiment un grand effort d'imagination pour trouver dans mes reportages la confirmation de la thèse que vous y défendez sous le couvert commode de la fiction et des noms travestis.

13 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 30 septembre 2010 06 h 47

    J'ai choisi mon historien

    Moi, sur ces question, j’ai choisi mon historien

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/09/15/about-f

    C’est une simple question d’intégrité élémentaire.
    Paul Laurendeau

  • France Marcotte - Inscrite 30 septembre 2010 07 h 26

    Quand le lieutenant Giguère a disparu

    Mais ce n'est pas de l'imagination, monsieur Gendron, d'avoir moi-même constaté que le lieutenant Julien Giguère, dont le témoignage et les commentaires occupaient une place importante de votre premier reportage, a soudainement brillé par son absence à partir de la moitié de votre deuxième reportage où la mort de Pierre Laporte était expliquée. Cela m'a frappée et je me suis demandée pourquoi alors qu'il aurait été si utile de l'entendre. J'en ai conclu que cela démontrait les limites que Radio-Canada s'était (vu?) imposées dans la couverture de cette reconstitution de l'histoire. Il en manque toujours un bout avec Radio-Canada (tiens! un beau slogan...).

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 30 septembre 2010 08 h 38

    M. Gendron

    D'abord félicitation pour votre scoop sur la mort de Pierre Laporte.
    Maintenant, pourriez-vous être plus précis?
    Est-ce que Laporte a été étouffé à l'intérieur ou à l'extérieur de la maison?
    Est-ce qu'il était toujours vivant lorsqu'il a été déposé dans le coffre?
    Pourquoi 6 heures d'attente avant l'ouverture du coffre (je sais à cause de la dynamite)?

  • MJ - Inscrite 30 septembre 2010 10 h 59

    "Tout le monde en parlait" - La Crise d'Octobre 1970 (1)

    “Tout le monde en parlait”, une excellente série télévisée pour nous remémorer notre histoire. Sans adhérer à toutes les théories du complot étalées ça et là après ces événements, quelques-unes farfelues, d’autres moins, Il demeure que les acteurs de la scène politique, incluant les forces policières, n’ont pas agi, au cours de cette Crise, selon une éthique et une transparence très nettes et ont fait preuve d’amateurisme.

    D’ailleurs Marc Lalonde, ex-ministre fédéral de la Justice de l’époque sous le gouvernement Trudeau, quand on l’informe après-coup dans ce reportage, que la police savait dès le départ qui étaient les auteurs des enlèvements de James R. Cross et de Pierre Laporte, se montre sceptique et réplique que, ne pas en avoir informé le Procureur général du Québec aurait été criminel de la part de la police...

    De l’aveu même du responsable des renseignements de l’escouade antiterroriste de l’époque, le lieutenant Julien Giguère, si j’ai bien compris, il aurait biffé lui-même de la liste des personnes recherchées, environ une trentaine de noms. Bizarre! Car cela aurait peut-être pu éviter cette Crise et la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre. Il régnait à l’époque un climat de suspicion et de paranoïa, entretenu par l’adoption de cette loi d’exception, anti-démocratique.

  • MJ - Inscrite 30 septembre 2010 11 h 01

    "Tout le monde en parlait" - La Crise d'Octobre 1970 (2)

    On apprend aussi que l’ex-felquiste, Jacques Lanctôt, dans un communiqué (qui semble avoir été perdu lors de son envoi?) avait fait savoir qu’il tendait le drapeau blanc pour que finisse cette Crise qui avait pris une ampleur démesurée avec l’arrestation arbitraire et massive de centaines de personnes dont la chanteuse, Pauline Julien...

    Pourquoi ce prof de l’UQAM, Robert Comeau, n’a-t-il jamais été molesté à l’époque alors que la police savait qu’il était une tête dirigeante du FLQ?

    Pas de théorie du complot, pas d’ingérence du pouvoir politique fédéral dans les affaires du Québec et pourquoi pas infiltration d’agents de renseignements dans le FLQ de l’époque?

    Et que dire, quelques années plus tard, en 1976 lors de l’accession au pouvoir du Parti Québécois de René Lévesque, de l’influence prépondérante de Claude Morin, ministre des Affaires intergouvernementales, “père de l’étapisme” en matière d’accession à la souveraineté, dont on a découvert par la suite qu’il était un agent double au service du fédéralisme canadien...