Cessons d'avoir peur et agissons!

Notre avenir économique est en péril si nous ne soutenons pas davantage nos universités et nos écoles d'enseignement supérieur. Il est temps d'agir.

Nous le savons, nos universités s'affaiblissent. Elles peinent à attirer de nouveaux professeurs de calibre mondial, à maintenir leurs infrastructures et à acquérir des équipements de pointe. Elles s'échinent à financer les efforts de recherche, qui sont essentiels au développement des connaissances et à l'enseignement.

Or, si nos universités ne parviennent plus à être concurrentielles, comment pouvons-nous espérer que nos travailleurs de demain, nos entreprises et notre économie le soient?

Regardons les faits

Nous avons fait un choix collectif sage et ambitieux: celui de migrer vers une économie du savoir et de soutenir le développement des segments à haute valeur ajoutée dans les secteurs dits traditionnels.

Une décision judicieuse devant l'émergence de nouveaux concurrents dotés d'une structure de coûts faibles et alors que nous devons affronter un défi démographique au Québec.

Ce choix nous impose cependant d'améliorer notre productivité collective et de réussir dans des créneaux à haute valeur ajoutée. Pour y arriver, nous devons impérativement renforcer nos universités.

À cet égard, il est temps d'appeler un chat un chat: la solution au financement des universités ne passe pas par des impôts additionnels aux particuliers ou entreprises. Elle ne passe pas non plus par un accroissement du financement public alors que l'État québécois investit proportionnellement plus qu'ailleurs et que nous entrons dans une phase nécessaire de resserrement des finances publiques.

La solution passe par une valorisation du diplôme universitaire et par un déplafonnement bien orchestré des droits de scolarité.

Le Québec est de loin la province canadienne où les droits de scolarité sont les plus bas et où les universités sont les moins bien financées. Paradoxalement, ou plutôt conséquemment, nous avons un taux de diplomation universitaire nettement inférieur à ce que l'on retrouve ailleurs. À Montréal, ce taux de diplomation atteint 26,5 %, ce qui est nettement en deçà du 40 % de plusieurs autres grandes villes d'Amérique du Nord, où les droits de scolarité sont pourtant bien plus élevés.

La solution repose sur trois éléments

D'abord, préservons le modèle québécois selon lequel l'État assure la majorité du financement des universités, mais acceptons une hausse raisonnable des droits de scolarité pour l'ensemble des programmes. Fixer les droits de scolarité à la moyenne canadienne générerait, à lui seul, des recettes d'environ 500 millions de dollars, soit l'essentiel du déficit structurel de notre réseau universitaire.

Ensuite, sachant que les diplômés ont un taux d'emploi et une rémunération plus élevés que le reste de la population, considérons un diplôme universitaire comme un investissement plutôt qu'une dépense. Et puisque certains programmes mènent à des carrières plus lucratives, cela devrait logiquement se refléter dans les droits de scolarité exigés.

Enfin, l'université est un puissant levier de mobilité sociale et elle doit le demeurer. La contrepartie de cette hausse des droits est bien entendu une garantie du maintien de l'accessibilité. Il existe des moyens éprouvés pour que ce déplafonnement ne menace nullement l'accessibilité à la formation universitaire. Utilisons-les!

Le gouvernement du Québec prévoit la tenue d'une rencontre des partenaires en éducation cet automne. Le gouvernement et les partenaires de l'éducation doivent profiter de la fenêtre offerte par le contexte budgétaire pour procéder à de réelles réformes. Si nous sommes sérieux dans nos efforts pour rendre notre économie compétitive, un réseau universitaire performant est une condition sine qua non.

8 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 29 septembre 2010 02 h 23

    Assez court comme argumentation...

    Puisque l'accès à une éducation universitaire est si bonne pour la société (un investissement comme vous dites!), pourquoi pas la gratuité, hein!
    Pensez-y une seconde! La mobilité sociale... le non-endettement des étudiants...
    Ah! Je vous vois venir avec vos gros sabots : pis les entreprises qui ont besoin de bolles pour qu'on fasse des profits. Pensez donc : un étudiant avec 25,000 $ de dettes, c'est du tout cuit pour une entreprise. C'est bon pour la rétention.
    Et puis, l'argument-massue : on va pouvoir inviter de meilleurs professeurs. Encore là : de meilleurs bolles, pour plus de profit.
    Si, au moins, vous vous placiez du point de vue de l'étudiant, de tous les étudiants et pas seulement des plus nantis, votre petit discours mériterait qu'on s'y attarde. Pour l'instant, tout cela n'est que pure foutaise.

  • Cochise Brunet-Trait - Inscrit 29 septembre 2010 09 h 08

    D'autres modèles

    Pourquoi devrait-on faire comme le reste du Canada?

    Pourquoi ne pas faire comme la Suède ou la Norvege? Si l'éducation est un investissement, pourquoi ne pas hausser le financement. Ce n'est pas vrai que nous sommes pauvres.

    Vous dîtes: "Cessons d'avoir peur et agissons". D'accord, réglons le désiquilibre fiscal. Le fédéral est prêt à dépenser 9 milliards pour des F-35. Cet argent vient de la poche des travailleurs, y compris ceux du Québec. Il faut que l'argent des travailleurs soit au service de la population.

  • Gabriel Danis - Abonné 29 septembre 2010 10 h 17

    Le modèle québécois fait des petits

    Plusieurs provinces gèlent leurs frais de scolarité depuis quelques années. cette année, la Nouvelle-Écosse a même baissé ses frais pour une deuxième année consécutive.

    Par conséquent, il est de moins moins exact d'affimer «Le Québec est de loin la province canadienne où les droits de scolarité sont les plus bas» puisque l'écart s'est rétréci beaucoup avec certaines provinces. L'auteur ne semble pas être au fait des derniers développements à ce sujet et répète le même discours « déclinologue » que nous servent les Lucides depuis trop longtemps...

  • Bernard Terreault - Abonné 29 septembre 2010 11 h 02

    Toujours mi-figue mi-raisin

    Ce n'est pas seulement dans le domaine de l'éducation supérieure que le Québec se distingue par son hésitation continuelle entre deux modèles, le modèle Nord-Américain et le modèle Européen. Ce qui fait que des deux bords, on est mécontent!

  • Mathieu Chabot - Inscrit 29 septembre 2010 11 h 07

    Pourquoi la compétition? Pourquoi parler de peur?

    Pourquoi plus d'argent? Qu'est-ce qui se passe avec l'argent déjà investi, avec les contrats de performance entre les universités et l'État, avec les professeurs, entre eux et avec leur direction de département, de faculté et d'université?

    Qu'est-ce qu'un professeur de renommée? Est-ce qu'on articule le concept de renommé autour d'un lien affectif, d'idées partagées ou voire opposées?

    Qu'est-ce qui se passe avec les étudiant(e)s? Des statistiques sont mises en évidence au premier degré. Des chiffres peuvent dire n'importe quoi.

    M. Leblanc dit manifestement ce que le pouvoir exécutif au gouvernement actuel va tenter, une hausse des tarifs. M. Leblanc aura une place de choix le moment venu de défendre cette idée, et ce, en épurant son discours des conséquences néfastes sur le lien social. Les directions d'université seront du même avis en mettant des gants de velours. C'est la solution facile d'un point de vue qui s'est détaché de sa base. On ne parle pas de richesse en fonction du savoir, de sa quantité comme de sa qualité, mais en fonction de l'argent, du profit réalisé, d'une main-d'œuvre désespérée à se trouver un travail.

    Augmenter les tarifs serait comme augmenter les mises au poker, des joueurs vont quitter la table. Ces mêmes joueurs qu'on désire voir prendre ''notre place'' un jour, et ce, de plus en plus rapidement vu une population vieillissante. De plus, certaines expériences de leadership nous apprennent que la force d'un groupe est équivalente à son maillon le plus faible.

    L'invitation paternaliste ''Cessons d'avoir peur et agissons!'' est une demi-vérité, un mensonge.

    J'espère que les acteurs sociaux contribuant à la construction de la problématique entourant le financement de nos institutions académiques et l'accessibilité à l'éducation universitaire sauront nous éclairer en faisant part de la totalité des faits.