La cote R - Ne tirons pas sur les cégépiens

Avec des collègues en milieux collégial et universitaire, je conduis des travaux sur la réussite scolaire en milieu collégial depuis 2001. Parmi les irritants cités par les cégépiens dans le cadre de nos études figurait régulièrement une disposition portant sur la cote de rendement au collégial, appelée familièrement la cote R.

Un examen plus attentif de cette disposition nous a permis de constater que l'application de cette mesure dans sa forme actuelle est inéquitable et aléatoire pour les cégépiens, qu'elle sert mal la réussite scolaire en plus d'être fort préjudiciable à long terme pour certains étudiants dans leur parcours scolaire, notamment pour ceux et celles qui choisissent de se diriger à l'université. Je m'explique.

Une bêtise bureaucratique

La cote R est un mécanisme servant essentiellement à la sélection des étudiants du réseau collégial dans différents programmes universitaires. Elle est administrée par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). Elle est en quelque sorte «imposée» au réseau collégial pour des fins de sélection.

Le principal problème d'application de la cote R — et il est de taille — réside dans le fait qu'un étudiant n'ayant pas effectué l'ensemble des évaluations d'un cours, soit parce qu'il a abandonné le cours avant la date permise pour ne pas avoir un échec à son bulletin ou qu'il a été exclu d'un cours par son département en raison d'un nombre d'absences élevé, voit la note qu'il a cumulée dans le cours, au moment de son retrait, rapportée sur 100 %. Ainsi, un étudiant qui aurait cumulé 40 points sur 50 à la date de son abandon ou de son exclusion, verra inscrite à son bulletin, la note «40 %»: le 40 sur 50 est rapporté mécaniquement sur 100 %. De «très bon» qu'il était (40 sur 50 représente une note de 80 %), le même étudiant devient «cancre»!

Ainsi, la note de «40 %», qui n'aura rien à voir avec une évaluation des apprentissages de l'étudiant, demeurera toujours au bulletin, même si l'étudiant reprend le cours avec succès. Contrairement au Code criminel qui prévoit des dispositions permettant dans certains cas de faire disparaître un dossier criminel, la note de l'étudiant reste à vie.

Conséquences sur la réussite


L'application de cette cote est porteuse de conséquences sur l'ensemble du cheminement scolaire de l'étudiant. Cependant, ses conséquences sont peu visibles pour les cégépiens et pour les professeurs. C'est ce qui explique en partie le peu de sensibilisation et de mobilisation contre cette mesure préjudiciable pour la réussite scolaire des collégiens. C'est souvent quelques années plus tard qu'un étudiant en mesurera toutes les conséquences lorsque, par exemple, sa cote R sera insuffisante pour rentrer dans tel département ou telle faculté à l'université, ou encore, pour un changement de programme ou de collège.

Ainsi, dans certains programmes universitaires à fort contingentement, il en faut parfois peu, sur le plan de la cote R, pour faire la différence entre une admission et un refus; quelques décimales peuvent faire la différence. Or, un étudiant ayant, par exemple, abandonné deux cours (ou ayant totalisé un nombre trop élevé d'absences dans ces cours) pourra voir sa note varier suffisamment pour faire une différence.

Dès lors, les trajectoires scolaires deviennent plus complexes et les effets pervers et négatifs de la cote R s'additionnent au fil du temps. Quant au dénombrement des étudiants porteurs de conséquences tangibles (un des arguments pour le maintien de cette mesure), il sera toujours, par définition, difficile à estimer en raison de la diversité des parcours scolaires.

Juste et équitable

Depuis quelques années, la CREPUQ tente de remédier à ces inconvénients. Par exemple, lorsqu'il y a un changement de programme, on retiendra la meilleure cote R selon l'un ou l'autre programme (ou les autres). Également, les étudiants en première session verront leur cote compter pour une valeur moindre que les notes totalisées par la suite. Mais il s'agit d'«ajustements» appliqués sur une structure totalement inéquitable d'évaluation scolaire des étudiants. C'est la logique même de la mesure qu'il faut changer!

De fait, on est à mille lieues de l'un des principes fondamentaux des politiques d'évaluation «juste» et «équitable» des apprentissages dans les collèges. Sur le plan intellectuel, il est parfaitement indéfendable de rapporter une note sur 100 %, alors que la totalité des évaluations n'ont pas été effectuées. À ma connaissance, il s'agit d'un phénomène unique au réseau collégial. Tant au primaire qu'au secondaire ou à l'université, on ne rapporte pas une note partielle sur 100 %. À l'université, on indiquera, par exemple, la mention «abandon avec échec», sans inscrire une note scolaire sans réelle signification au bulletin de l'étudiant.

Pourquoi ne pas faire comme le réseau universitaire? Après tout, le cégep fait aussi partie de l'enseignement supérieur! Pourquoi ce qui est bon et juste pour l'un ne le serait-il pas pour l'autre? D'autant que, quantitativement, le bassin des autres notes est largement suffisant pour évaluer rigoureusement la valeur scolaire de l'étudiant à des fins d'admissibilité à l'université ou dans d'autres programmes collégiaux.

Actuellement, les promoteurs de cette mesure considèrent que celle-ci permet d'éviter que des étudiants abandonnent des cours avant leur terme, évitant ainsi une mauvaise note au bulletin. Pour contrer le problème, ils ont mis en place un remède qui est deux fois plus néfaste que le problème identifié. Car la cote R ne reflète pas le degré des apprentissages de l'étudiant; au contraire, elle défie tout principe d'évaluation objectif et équitable. C'est comme si on avait mis au monde un «monstre bureaucratique» qu'on tente périodiquement d'habiller pour le rendre plus convenable par des révisions successives. En réalité, dans sa forme actuelle, la cote R est bel et bien un obstacle à la réussite scolaire!
9 commentaires
  • Carl Brabant - Abonné 27 septembre 2010 03 h 21

    Une cote comportant une large part d'arbitraire

    Pour calculer la cote R, on fait intervenir une donnée appelée indice de force de groupe.

    L'étudiant n'a que très peu de prise sur cet élément (1/nombre total d'étudiants).

    En conséquence, ses résultats sont colorés et parfois torpillés par une intervention administrative devant laquelle il est totalement impuissant.

    Étant donné la plus grande difficulté des garçons de se plier à des règles et de se conformer, la cote R sanctionne lourdement tout écart de parcours académique. C'est peut-être leur faute mais, à ce petit jeu, les garçons finissent généralement perdants face aux filles.

    Les statistiques d'admission à l'université sont là pour le prouver.

    Carl Brabant
    Montréal

  • Claude Rompré - Inscrit 27 septembre 2010 08 h 17

    Ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain

    Les points soulevés par M.Roy sont tout-à-fait pertinents. Il faut cependant se rappeler que la cote R a été implantée comme mesure de justice et qu'elle est bien plus équitable que plusieurs systèmes de concours présents aux États-Unis et en Europe de l'Ouest.

    Dans le cas des USA, on évite de prendre les notes obtenues dans les High School pour administrer un test commun obligatoire pour entrer à l'Université. Comme les universités y sont de qualité fortement inégales, ce seul test détermine en partie la vie d'un étudiant. Si on est malade pendant le test, tant pis. Les riches peuvent aussi se payer des classes spéciales de préparation.

    La cote R en revanche permet d'évaluer un étudiant sur toute la période de son parcours collégial. C'est beaucoup plus représentatif. L'indice de force de groupe dont parle M.Brabant permet de ne pas discriminer les élèves qui choisissent un cheminement particulier (comme le DEC intégré) qui peut être sélectionné par les élèves étant globalement plus performant à l'école.

    Au final, je suis tout-à-fait d'accord avec les propos de M.Roy, il ne faut simplement surtout pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

  • dennic - Inscrit 27 septembre 2010 11 h 51

    Un système à repenser

    Les principales lacunes de la cote R sont liées au fait que l'on présume que le contenu de ce qui est enseigné dans tous les CEGEP et la qualité de cet enseignement sont uniformes. Dans la réalité on est loin du compte, surtout pour ce qui est de la qualité de l'enseignement (incluant le support donné aux étudiants).

    J'aimerais bien qu'une étude soit faite sur la provenance «collégiale» des étudiants admis dans les programmes contingentés des universités. Il y a de fortes raisons de croire que le fait de fréquenter un CEGEP privé augmente fortement les probabilités d'être admis dans ces programmes.

  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 27 septembre 2010 12 h 43

    Plus de transparence et d'infrmation

    Par expérience, je sais que plusieurs entreprennent leurs études collégiales sans même connaître l'existence de cette fameuse cote. On est loin des considérations sur le calcul particulièrement ésotérique de la dite cote!
    Ils en prennent souvent connaissance lorsque leur choix de carrière se précise, après une ou deux sessions complétées, réalisant avec désarroi qu'ils auraient peut-être dû faire plus d'effort à la première session, s'ils avaient su...
    Mais le problème est beaucoup plus profond. Les étudiants ne comprennent pas tous assez vite que les règles du jeu au collégial sont radicalement différences de celles qui prévalaient au secondaire. Un exemple d'incohérence parmi tant d'autres : au collégial, TOUS LES COURS COMPTENT! Certains s'étonnent donc à la fin de la 1ére session que les cours d'éducation physique et de philosophie soient comptabilisés dans la moyenne générale au même titre que tous les cours de formation spécifique alors qu'au secondaire la réussite d'un seul de ces cours (éducation physique ou ECR) était nécessaire pour l'obtention du DES. Oups!

    Marie-Michelle Poisson
    professeure de philosophie au cégep

  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 27 septembre 2010 13 h 20

    Un droit d'appel

    La cote R est sans appel.
    Alors que les professeurs sont tenus d'accorder des reprises en cas de maladies graves ( ex: jambe cassée), un-e étudiant-e ne pourra pas réclamer une réévaluation de sa cote qui tienne compte de son état de santé et des conséquences ponctuelles sur ses résultats scolaires. Il en va de même pour les étudiant-es qui subissent des épreuves personnelles sérieuses;
    Conflit familial, maladie d'un proche, deuil, rupture amoureuse ou échec sportif.
    Voici quelques exemples classiques souvent rencontrés pendant la carrière.
    1) Des parents attendent que l'étudiant-e ait l'âge légal de 18 ans pour divorcer, résultat: l'étudiant-e est dévasté-e.
    2) En raison de valeurs culturelles désormais irréconciliables quant au choix de carrière ou du conjoint de l'étudiant-e, des parents issus de l'immigration mettent l'étudiant-e à la porte en plein milieu de la session.
    3) L'étudiant-e, enfant unique doit accompagner sa mère mono-parentale atteinte de cancer à l'hôpital.
    4) L'athlète de haut niveau inscrit au programme sport étude comprend, suite à une compétition cruciale, qu'il doit abandonner définitivement tout espoir de performer dans son sport, on présume qu'il fera une dépression.
    Les étudiant-es aux prises avec de tels problémes ont souvent dû consulter le psychologue de l'institution et/ou l'aide pédagogique individuel ( API). Même si plusieurs intervenants de l'institution peuvent attester que les piètres résultats de l'étudiant ne sont que circonstantiels, aucun mécanisme ne permet d'en tenir compte dans le calcul de la cote. Il n'y a qu'au collégial que de telles épreuves peuvent compromettre définitivement une carrière future. Les mêmes épreuves au secondaire ou à l'université, une fois admis, ou même plus tard au moment d'exercer une profession ne remettent jamais aussi radicalement la possibilité de pouvoir avoir accès à une qualification dans un secteur fortement contingenté.