Les relations transfrontalières nord-américaines - Quand la violence au Mexique menace l'économie canadienne

Des agents frontaliers patrouillent à la frontière de l’Arizona et du Mexique. Le Sénat a approuvé en 2006 la construction d’un mur de plus de 600 kilomètres de long entre les États-Unis et le Mexique, surtout pour freiner l’immigration illégale. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Ralston Des agents frontaliers patrouillent à la frontière de l’Arizona et du Mexique. Le Sénat a approuvé en 2006 la construction d’un mur de plus de 600 kilomètres de long entre les États-Unis et le Mexique, surtout pour freiner l’immigration illégale.

Deuxième d'une série de trois textes portant sur divers thèmes débattus cette semaine dans le cadre de l'Université d'été sur l'intégration et les relations transfrontalières nord-américaines de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

La situation de la frontière mexicano-américaine a toujours été complexe, et cela, en raison des millions d'immigrants illégaux qui la traversent chaque année pour échapper à la réalité économique et sociale de leur pays d'origine. C'est pour cette raison que, à la différence de la frontière séparant les États-Unis et le Canada, la région frontalière mexicano-américaine a toujours été l'objet d'une surveillance serrée de la part du gouvernement étatsunien, notamment par la voie de la Border Patrol.

Mais, bien que le Sénat ait approuvé en 2006 la construction d'un mur de plus de 600 kilomètres au long de la frontière sud, il est important de souligner que la préoccupation principale de Washington demeurait l'immigration illégale et non d'autres menaces à la sécurité.

Toutefois, la plupart des villes frontalières mexicaines ont été témoin d'une augmentation significative de la violence, conséquence de la «guerre contre le crime organisé» que le président mexicain Felipe Calderón a déclarée lors de son arrivée au pouvoir en décembre 2006. Le bilan des affrontements entre les forces armées et les cartels de la drogue au Mexique est de 28 000 morts en trois ans et demi, et bien que les troupes mexicaines se trouvent déjà au nord du pays pour garantir la sécurité de la population, le gouvernement semble avoir perdu la maîtrise de ce qui se passe dans cette région.

Devant cette situation, l'administration Obama a de nouveau exprimé sa préoccupation et a annoncé la semaine passée la mobilisation de la Garde nationale à la frontière avec le Mexique.

Le message est clair: les États-Unis prendront toutes les mesures nécessaires pour assurer que la violence et l'instabilité chez le voisin ne traversent pas la ligne de démarcation. Et malheureusement, ceci est sans doute un grand pas en arrière en ce qui concerne la coopération sécuritaire en Amérique du Nord.

Attitude ambiguë

Les Canadiens sont, en principe, favorables à une intégration plus poussée avec le Mexique, en qui certains veulent voir un allié pour rééquilibrer les relations parfois trop inégales avec Washington — un calcul pour le moins discutable compte tenu de l'immense disparité de puissance entre les États-Unis et ses deux partenaires. Le Mexique suscite également la sympathie dans l'opinion publique, que ce soit pour des raisons culturelles ou de solidarité.

Pourtant, Ottawa conserve une attitude ambiguë en ce qui concerne Mexico. En effet, si l'approfondissement des relations trilatérales se traduit par une uniformisation des mesures de sécurité à travers l'Amérique du Nord, le Canada en sortira grand perdant. Puisque la nature de la dynamique de la relation entre le Canada et les États-Unis peut être déterminée en partie par les rapports entre ces derniers et le Mexique, ce qui se passe à la frontière sud des États-Unis risque d'avoir un effet négatif sur celle du nord.

Le risque pour le Canada est que Washington décide, par principe, de traiter ses deux frontières de la même manière. Ceci pourrait signifier la mise en place de mesures passives (murs, détecteurs) ou actives (comme des patrouilles plus fréquentes ou des contrôles plus étroits) à la frontière canadienne, avec des effets potentiellement catastrophiques sur la fluidité du trafic entre les deux pays. Et comme les États-Unis sont le point de chute de 75 % des exportations canadiennes, tout ralentissement à la frontière peut avoir des conséquences économiques très sérieuses.

Menace de «mexicanisation»


Jusqu'à présent, la frontière canadienne a échappé à ce phénomène de «mexicanisation», mais il s'en est fallu de peu. Il y a un peu plus d'un an, Janet Napolitano, la secrétaire au Homeland Security, c'est-à-dire l'agence responsable de la protection des frontières, déclarait qu'il fallait ménager les susceptibilités des États du sud des États-Unis en appliquant les mêmes mesures aux deux frontières.

Par bonheur pour le Canada, Washington semble avoir renoncé à ce projet, mais la dégradation presque constante observable année après année à la frontière du Mexique risque toujours de relancer le débat aux États-Unis.

En ce sens, les Canadiens ont un intérêt à garder un oeil sur ce qui se passe à la frontière séparant les États-Unis et le Mexique, bien qu'il ne soit pas certainement pas judicieux de tenter de s'en mêler. Mais ce dossier illustre l'une des conséquences de l'intégration, à savoir la nécessité d'anticiper et de réagir à des événements lointains dont l'effet peut se faire ressentir dans des sphères d'activité apparemment lointaines.




1 commentaire
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 18 août 2010 07 h 35

    «relations parfois trop inégales avec Washington »???6

    Vous n'avez pas travaillé trop fort? Le Canada a un immense surplus commercial avec les Américains, jusqu'à 50 milliards pendant les bonnes années.
    A l'inverse, le Canada a un déficit commercial avec les Mexicains, un déficit de plus en plus important.
    Bref, vous avez tout faux.