Idées - Le cynisme peut aussi être une réaction intelligente

Qu’est-ce qu’un manque de participation, un désengagement ou un cynisme généralisé dans la population si ce n’est un message lancé à la classe politique?
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Qu’est-ce qu’un manque de participation, un désengagement ou un cynisme généralisé dans la population si ce n’est un message lancé à la classe politique?

Monsieur Gagnon, à la lecture de votre texte «Haro sur le cynisme» publié dans Le Devoir de lundi, je n'ai pu m'empêcher d'accrocher sur quelques petits détails de votre exposé qui me dérangent.

Je dois d'abord vous dire qu'en exprimant une crainte en lien avec le cynisme grandissant dans la population et le désengagement politique au Québec, vous citez une problématique importante sur laquelle se sont déjà exprimés plusieurs autres observateurs. Vos préoccupations sont fondées.

S'il est vrai qu'un système démocratique sans engagement citoyen perd en soi tout son sens, une société qui voit apparaître ce genre de problématique à l'horizon serait mal avisée de ne pas en tenir compte si elle désire perpétuer ses institutions. Je vous l'accorde, Monsieur Gagnon, il faut y faire quelque chose.

À qui la faute?

Votre billet affirme que le cynisme gagne du terrain dans la population. La jeunesse, surtout, se détourne de la politique. Le tout étant contagieux, vous peignez, à l'intérieur de votre texte, le portrait critique d'une société démocratique en perte de vitesse. Le cynisme deviendrait maintenant l'ennemi à abattre.

Il faut faire attention de ne pas utiliser des propos populistes et des généralités. Il ne faut pas mélanger les causes et les effets, Monsieur Gagnon. Si le cynisme accompagne souvent les manquements démocratiques, il n'en est pas l'origine. Le cynisme est la conséquence d'une problématique plus complexe. S'y attaquer ne pourrait donner que très peu de résultats. Inverser les causes et les effets, c'est faire porter la faute sur une population qui réussit très bien à se culpabiliser sans aide.

Il est facile de lancer le désaveu sur une masse anonyme. Trouver des solutions constructives requiert, par ailleurs, beaucoup plus d'énergie. Tenter de modifier l'attitude de près de 7 millions de Québécois me semble être la moins efficace de toutes les solutions.

Le cynisme politique est, je vous l'accorde, une problématique réelle, mais il constitue aussi une réaction intelligente d'une population qui a trop bien compris ce système. Qu'est-ce qu'un manque de participation, un désengagement ou un cynisme généralisé dans la population si ce n'est un message lancé à la classe politique? Votre texte vise, mais rate. La «voix populaire» comme vous le dites, ne peut se faire entendre que si elle est écoutée.

Éducation politique


Cette question n'est pas soulevée pour la première fois au Québec, mais la conclusion reste toujours la même: «La population se désintéresse de plus en plus de la politique et la démocratie s'en trouve affaiblie. Pire encore, c'est notre jeunesse qui s'isole et ne s'exprime plus sur la place publique.»

Ce verdict pourra plaire à tout le monde puisque la population, l'accusée, possède cette capacité phénoménale de se taper elle-même sur les doigts à coups de sondages et de tribunes téléphoniques. La solution proposée au problème? Lancer une campagne pour conscientiser les Québécois à l'importance du vote et mieux éduquer la jeunesse à la politique québécoise.

Encore faut-il faire attention avec cette histoire d'éducation. Il ne faudrait pas que la démarche soit contre-productive. Il faut faire gaffe avec les jeunes. Lorsqu'on leur explique le système uninominal à un tour, il ne faut pas trop s'attarder sur le fait que leur vote change en importance selon la région d'où ils proviennent. Après tout, c'est décourageant. Ceux qui votent pour Québec solidaire en Beauce le savent très bien. On les compte, et on les jette.

Il y a bien évidemment cette contribution financière offerte aux partis selon le nombre de votes reçus, mais le but réel du vote est une représentation, non?

Il faut aussi peser nos mots quand on aborde le nombre de députés à l'Assemblée nationale. Avec 125 élus, la population entend souvent parler les 20 ou 30 mêmes. C'est qu'il faut rester flou avec des concepts comme la «ligne de parti». C'est décourageant pour un citoyen d'apprendre, après qu'il a eu la chance de voter dans la bonne circonscription, que son député joue le rôle d'une marionnette.

Il faut bien sûr parler du travail fait en comité parlementaire. Là, les députés sont libres de leurs opinions... à l'intérieur de balises bien établies. Ils font aussi un énorme travail au sein de leur communauté, où ils sont actifs et aidants. Un peu comme les ONG d'ailleurs.

Finalement, il serait plus efficace de laisser tomber l'éducation politique et de lancer des campagnes de publicité pour faire comprendre que si nous n'allons pas voter, les services publics seront abolis. La peur fait raisonner mieux que tout, finalement.

Congrès

Je tiens à vous souhaiter la meilleure des chances lors de votre congrès annuel des jeunes libéraux. J'espère que vous ferez un bon travail de réflexion sur ce sujet qui me tient à coeur. Il faut croire, Monsieur Gagnon, que la population prendra la place qu'on lui laisse sur l'échiquier politique.

Je souhaite que la Commission-Jeunesse du PLQ puisse arriver à une réflexion profonde sur ce sujet. Je vous souhaite de trouver les moyens pour que les campagnes électorales débattent des idées et des projets plutôt que du passé et des scandales. Que votre commission trouve des solutions à la désinformation et à la mauvaise foi et qu'elle trouve des façons pour rendre les institutions politiques plus efficaces et plus à l'écoute.

La population en général et surtout votre parti attend des jeunes qu'ils innovent et réinventent la politique. Et si vos collègues trouvent la tâche trop difficile, vous pourrez toujours leur répéter cette citation de Winston Churchill qui a ouvert votre propre texte: «La démocratie est le système politique le plus difficile à obtenir, mais le plus facile à perdre.»

Et de grâce, Monsieur Gagnon, ne voyez pas la population comme un groupe de cyniques désenchantés. Nous avons la fâcheuse tendance à agir comme le reflet de vos perceptions.

***

Samuel Lapointe, Montréal
8 commentaires
  • Kim Cornelissen - Inscrite 13 août 2010 03 h 42

    La politique change surtout de lieu d'action

    Si je suis d'accord avec les propos de Samuel Lapointe sur le cynisme - qui est souvent signe de santé mentale et d'éthique -, il faut aussi se rendre à l'évidence: les jeunes, par exemple, mais beaucoup d'autres personnes également, sont rendus à une échelle politique beaucoup plus international, de par leurs gestes quotidiens mais également leur présence dans des manifestations (pensons au G-20 à Toronto!)... Le système politique actuel au Québec ressemble à un parti entre petits amis. De plus, comment ne pas être cynique quand on voit que des gens non élus se font promettre des postes importants ex: Jean-Marc Fournier mais aussi Yves Bolduc à l'époque - comme si leur élection était une formalité! Par ailleurs, le système politique municipal - qui pourrait être génial pour renforcer la démocratie - est profondément carencé par le vote par acclamation - par défaut, devrait-on dire - où plus de 60 % des mairesses et maires et plus de 70 % des conseillères et conseillers sont élus sans avoir défendu des programmes ou idées pour que les gens puissent choisir... On se demande après pourquoi les gens se désintéressent de la politique...!

  • Marc L - Abonné 13 août 2010 07 h 59

    La «voix populaire» ne peut se faire entendre que si elle est écoutée.

    Je suis d'accord avec vous, Monsieur Lapointe, il ne faut pas confondre les causes et les effets, si la population est cynique face à ses politiciens, il faut se demander pourquoi ?

    Concernant notre système de votation, il y aurait lieu de se demander dans quelle mesure la population peut s'exprimer si elle n'a à sa disposition pour le faire que le dépôt, disons tous les quatre ans, d'un bout de papier désignant son choix de député dans une urne. La rigidité de la ligne de parti et le peu d'importance accordée aux députés d'arrière-banc transforment véritablement ces derniers en marionnettes. À mon avis, au minimum, il faudrait accepter de remettre en cause le dogme de la ligne de parti, car comment peut-il y avoir des débats d'idées sérieux, si au départ les députés doivent se limiter au discours de leur parti.

    Dans un autre ordre d'idée, nous constatons la fâcheuse tendance qu'on les chefs de parti à mettre plus d'importance sur l'image que sur le fond. Relativement à des questions épineuses, nos politiciens ne s'expriment qu'en utilisant la « langue de bois ». Que dire de « l'image de transparence et d'honnêteté » que veulent se donner bien des politiciens ; on fait comme si l'éthique faisait partie de notre façon d'être, mais régulièrement, des éléments d'information rapportés par des journalistes démontrent que l'éthique de plusieurs repose sur le principe du « pas vu, pas pris ». À cet égard, nos gouvernements actuels battent des records, et on vient ensuite reprocher son cynisme à la population ! C'est pas sérieux. Je veux bien croire que le scandale se vend bien, mais les journalistes n'inventent pas tout, ils mettent le doigt sur bien des points véritablement sensibles.

    Non décidément, personne ne peut prétendre que notre système est parfait et il devient urgent de le modifier de façon à ce que la voix du peuple puisse se faire entendre un peu plus.

  • alen - Inscrit 13 août 2010 08 h 29

    Trop facile.

    C'est trop facile de s'en prendre aux citoyens. On devrait plutôt prendre le temps de les écouter et de comprendre leur message.

    En réalité, on entend peu de Péquiste dire ``mon parti est f.. mais tous les autres le sont aussi``. C'est généralement les fédéralistes déçus, qui ne veulent pas ramener le PQ au pouvoir, qui se réfugient dans cet état d'âme.

    Alors, Monsieur Gagnon, ce n'est peut être pas sur les citoyens que vous devez travailler, comme sur votre parti et vos leaders.

  • Ivan Jobin - Inscrit 13 août 2010 09 h 01

    Un mal qui répand la terreur.

    Une fable de Lafontaine s'applique rigoureusement au mal que subit la population du Québec à ce sujet «Les animaux malade de la peste». Et la peste n'est nul autre que le chef du parti au pouvoir présentement.
    «Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
    Je crois que le Ciel a permis
    Pour nos péchés cette infortune ;
    Que le plus coupable de nous
    Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
    Peut-être il obtiendra la guérison commune.»
    Alors à votre congrès il vous suffit de demander la démission du roi Jean C.
    Et tout le monde s'en portera mieux, car la cause de tous nos maux, selon ce que vous déciderez, nous rendra cynisme ou civil.

  • France Marcotte - Abonnée 13 août 2010 10 h 43

    Chaque quartier a sa place publique

    On prend goût à la politique comme à un téléroman. Une fois dans l'intrigue, on ne peut plus lâcher même quand il ne se passe pas grand'chose. En fait, il se passe toujours quelque chose, par rapport à hier ou au passé, proche ou lointain. Encore faut-il l'étincelle. Ma mère me disait qu'elle a pris goût à la politique en accompagnant son père, enfant, écouter des discours dans le parc municipal de sa ville natale. Des tribuns. Je me demande souvent que font les députés enfermés dans leur bureau. Il n'y a pas que le porte-à-porte en campagne électorale. Chaque quartier a une place publique. On pourrait, simplement, y ouvrir des tribunes où les citoyens pourraient donner la réplique aux discours des élus. On s'amuserait comme des fous. De nouvelles vocations de politiciens se créeraient. Pourquoi toujours s'enfermer pour tout?