Idées - Histoire - Il n'y a pas de reproches à faire à Éric Bédard

Dans son texte publié dans Le Devoir du 2 août dernier et qui traitait des deux approches (affirmative et «autonomiste») qui marquent le discours péquiste actuel, le professeur d'histoire Robert Comeau saisit l'occasion pour sermonner l'historien souverainiste Éric Bédard. Il lui reproche, dans son dernier livre (Les Réformistes, Boréal 2009), de contribuer à la défense de la thèse autonomiste.

Il lui reproche aussi, erreur suprême, d'avoir complètement négligé, voire rejeté la pensée de son mentor: le grand théoricien du mouvement indépendantiste, le professeur Maurice Séguin. Enfin, il saisit aussi le moment pour faire la leçon à la jeunesse péquiste et les aviser qu'en dehors de la doctrine du maître, le combat pour l'indépendance du Québec demeurera incompréhensible.

Or, en lisant l'excellent ouvrage de Bédard sur ce chapitre de notre histoire politique qui avait bien besoin d'être revisité, il m'est apparu que même si l'historien ne fait pas explicitement référence à la pensée de Séguin, celle-ci est loin d'être laissée de côté. Au contraire, il la conteste sérieusement.

En effet, il m'apparaît que son étude vise avant tout à relever des erreurs historiques commises par la génération d'historiens qui s'en sont inspirés. C'est dans cet esprit qu'il écrit dans son introduction: «Les néonationalistes québécois, inspirés par l'école de Montréal [approche à laquelle appartient Maurice Séguin], ne se reconnaissaient guère dans l'action de LaFontaine et des réformistes. En acceptant l'union des deux Canada, n'avaient-ils pas cautionné la conquête britannique de 1760?» Certains iront même jusqu'à les qualifier plus tard de «collaborateurs».

Tout pour les Patriotes

Bédard ajoute ensuite que sous cette perspective «séguéniste», seule l'action des révolutionnaires patriotes de 1837 allait finalement être reconnue comme représentative des volontés populaires, donc fondatrice du mouvement indépendantiste.

Or, Éric Bédard a choisi de consacrer son ouvrage à l'étude de l'action politique des réformistes pour démontrer que la réalité était en fait beaucoup plus complexe. Il arrive à démontrer rigoureusement que si on sait tenir compte de la conjoncture de crise profonde qui a marqué cette époque de notre histoire, tant par leurs idées que par leurs pratiques, les réformistes ont mieux servi la cause nationale que leurs compatriotes dont on a fait des héros.

Il fallait donc à Éric Bédard, cet historien de la nouvelle génération, une grande dose de courage et d'indépendance, mais aussi une forte capacité de recherche et de synthèse pour réaliser cet ouvrage qui est allé plus loin dans les sources pour nous éclairer sur cette période très complexe de notre passé politique. C'est pour cela qu'il est très étonnant de lire que M. Comeau lui reproche en somme de faire son métier!

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Claude Poulin, Québec

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