Démocratie - Haro sur le cynisme

«La démocratie est le système politique le plus difficile à obtenir, mais le plus facile à perdre», disait Winston Churchill. À l'ère du cynisme contagieux, de la désaffectation d'une génération de jeunes à l'égard du monde politique et de la démobilisation citoyenne, bien malavisé serait celui qui tiendrait en effet la démocratie pour acquise.

La démocratie, comme son nom l'indique, suppose que le peuple détient le pouvoir sur ses décisions. La valeur de ce système repose donc sur la volonté des citoyens de participer à l'activité démocratique.

À l'extrême, une démocratie dans laquelle un seul citoyen participerait ne se distinguerait pas beaucoup de la pire des dictatures. En revanche, nous croyons que lorsque tous les citoyens participent au système démocratique, celui-ci est alors susceptible d'offrir le meilleur de lui-même. C'est là seulement que la voix populaire peut se faire entendre avec le plus de clarté et s'imposer avec le plus de fermeté.

Le cynisme comme phénomène de masse rend notre démocratie malade en ce qu'il devient un obstacle naturel à l'engagement politique et la participation citoyenne. Nous croyons que personne ne gagne à se désengager politiquement; personne ne gagne à ne pas s'informer en vue de faire un choix responsable et bien fondé aux élections. Personne n'y gagne, mais pour s'en excuser toutefois, quoi de mieux qu'un bon «de toute façon, les politiciens sont tous des menteurs», ou encore un «any way, ça sert à rien». Autant de «bonnes» excuses qui, aujourd'hui, semblent généralement acceptées.

Le cynisme, on le sait, semble particulièrement virulent chez les jeunes. Si on veut préserver la santé de notre démocratie, maintenant et dans le futur, il faut s'attaquer à ce problème.

Un chantier urgent

Notre démocratie est malade de cynisme, mais tous les acteurs du monde politique font partie du remède. La première des responsabilités incombe aux représentants élus, gardiens du respect des institutions démocratiques.

L'image ternie des politiciens auprès de la population doit être redorée et, pour ce faire, des comportements plus respectueux doivent être adoptés. Il n'est pas normal qu'un CPE soit plus discipliné que l'Assemblée nationale. Outre la période de questions, une réforme des institutions démocratiques pourrait également contribuer à rapprocher le citoyen de l'élu.

D'autre part, trop de citoyens se désengagent de la politique. Cet abandon démocratique n'est pas justifiable. Le citoyen est le coeur et la finalité du système démocratique; c'est lui que la démocratie doit servir. Or, moins on s'intéresse à la politique, moins la politique s'intéresse à nous; le cynisme et le désengagement appellent le cynisme et le désengagement.

Ce choix du désengagement, il revient en fait à se tirer dans le pied. Seul le citoyen peut ultimement nous sortir de ce cercle vicieux.

Pour ce faire, il faut changer les fondements et traditions de l'implication citoyenne. Ceci doit passer, entre autres, par un enseignement plus précoce du fonctionnement de notre démocratie auprès des jeunes, par des consultations directes plus fréquentes auprès des citoyens et par un changement total de régime de financement des partis politiques.

Le rôle des médias

Enfin, toutes ces réformes ne porteront tous leurs fruits que si la crise affectant les médias, véritables courroies de transmission entre le politique et le citoyen, est abordée. Les nouvelles technologies de l'information, les nouveaux médias et les médias qui diffusent 24 heures sur 24 sont autant de facteurs qui contribuent à la dérive vers le sensationnalisme. C'est bien connu: la nouvelle négative fait «vendre plus de copie» que la nouvelle positive. Comment croire que ces faits n'influencent pas le travail des politiciens et, surtout, la perception du public face à ces derniers?

Cette réflexion, cet urgent chantier démocratique doit démarrer au plus tôt, et c'est précisément ce qu'entendent faire les jeunes libéraux à l'occasion de leur Congrès annuel, les 13, 14 et 15 août prochains.

Ce sont surtout nous-mêmes, les jeunes, que nous devons sauver du cynisme, pour la santé présente et future de la démocratie. Or, pour engager cette génération de jeunes, c'est d'abord la démocratie que nous devons renouveler. Ce renouvellement devra, cette fois, être pensé par les jeunes et pour les jeunes. Et il faudrait, cette fois encore, que la place leur soit faite dans ce débat primordial... et qu'on les écoute

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Julien Gagnon - Président de la Commission-Jeunesse du PLQ
9 commentaires
  • Claude Rompré - Inscrit 9 août 2010 09 h 53

    L'espoir n'est pas dans l'aile jeunesse

    Pour ceux qui serait vaguement touché par ce texte du président de l'aile jeunesse du PLQ, je vous invite à regarder cette vidéo du discours de clôture du conseil général de 2009.
    http://www.youtube.com/watch?v=iQWJaZbQh8Y
    Remarquez qu'après avoir promis d'exposer la vision de la jeunesse pendant 6 minutes et d'avoir prononcé le mot "rêve" un nombre incalculable de fois, M.Gagnon ne dit rien du tout. Une future langue de bois, charismatique certes, mais ce n'est pas seulement de charisme que la nation a besoin.

    Un grand problème de la politique moderne n'est pas seulement le désengagement politique généralisé de la jeunesse, mais particulièrement celle d'une frange idéaliste et proactive qui a grossit les rangs des partis traditionnels au moment de la révolution tranquille. Une personne véritablement désintéressée ne peut plus survivre de nos jours dans les partis politiques et les "ailes jeunesses" qui sont un repaire d'arrivistes et d'apparatchiks qui n'inspirent pas la confiance des gens de mon âge. Si vous trouvez la politique malsaine aujourd'hui, craignez demain.

    Cependant cette jeunesse proactive et idéaliste n'a pas disparue, loin de là. Elle s'active et supporte des centaines d'initiatives sociales que ce soit dans les syndicats étudiants, dans des groupes de défenses ou des organismes écologistes. Une grande partie s'est aussi réfugiée au sein de Québec Solidaire. Si c'est de l'espoir que l'on cherche, c'est de ce côté qu'il faut regarder.

  • Gabriel Danis - Abonné 9 août 2010 09 h 57

    Un début de solution

    M. Gagnon,

    Comme vous avez la chance d'être le président de la Commission-Jeunesse du PLQ, je vous invite formellement à convaincre votre formation d'instaurer une véritable commission d'enquête sur la construction et le financement des partis politiques. Je vous rappelle que la tenue d'une telle commission est désirée par une écrasante majorité de la population et la grande majorité d'organisations concernés (partis politiques, Barreau, Fraternité de polices, syndicats, etc).

    Il faut avoir un certain culot, étant militant pour une formation politique qui forme l'un des gouvernements les plus corrompus du Québec moderne, pour déplorer le cynisme citoyen envers la politique. Devant l'obstination du gouvernement Charest à ne pas mettre sur pied une commission d'enquête sur certains mécanismes importants de notre démocratie, comment peut-on se surprendre d'un tel cynisme chez nos concitoyens ?

    Non vraiment, faut le faire !

    Gabriel Danis
    Montréal

  • Jean de Cuir - Abonné 9 août 2010 11 h 56

    Réforme?

    La démocratie, c’ est tout un problème! Il ne suffit pas de participer au vote périodique. Si c’est le peuple, c’ est-à-dire les membres de la société en tant que personne souveraine qui est le fondment et la source de tout pouvoir, peut-on croire en l’existence de partis qui déjà et d’ emblée filtrent la volonté de tous par leur idéologie? Les politiciens actuels ne sont pas là pour promouvoir le bien commun, mais bien leur vision du bien commun tel que préciser par le parti, en somme des instances non élus. Alors, qu’ on ne vienne pas donner de leçons sur la démocratie. S’ il y a désaffectation, c’est bien à cause de la façon dont les politiciens se conduisent. Ce n’ est pas «seul le citoyen peut ultimement nous sortir de ce cercle vicieux», masi bien ceux et celles qui ont reçu l’ énorme responsabilité de représenter le citoyen : le représentant revêt alors une autre identité, celle déléguée par les électeurs et électrices. Réformes, oui; à commencer par les élus, svp.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 9 août 2010 12 h 33

    cynisme, conséquence d'une démocratie faible ou fausse 1/3

    Même si je suis loin d'être un fan de Jean Charest et des "libéraux" (sauf de libéraux comme Rousseau sur le contrat social, Montesquieu sur la séparation des pouvoirs et Thomas Paine sur la monarchie), je me surprends à être en accord avec certains de vos constats, et même certaines de vos proposition.

    Sauf celle que les jeunes sont des citoyens démobilisés et désengagés politiquement ; beaucoup sommes engagés en politique et agissons, non pas dans le cadre d'une politique partisane qui ne vise qu'à élire notre gang bleue ou rouge au seul jour de démocratie qu'on a chaque 4 ans, mais pour concrètement améliorer nos vies les 1460 autres jours du cycle électoral.

    Et celle que le cynisme nait du désengagement ; je crois plutôt que le cynisme nait chez des gens qui se questionnent et s'engagent dans une recherche de démocratie et qui ne la trouvent pas dans nos actuelles institutions.

    "La démocratie [...] suppose que le peuple détient le pouvoir sur ses décisions. La valeur de ce système repose donc sur la volonté des citoyens de participer à l'activité démocratique." J.Gagnon

    Selon Rousseau (un libéral), dans le contrat social, une société civilisée se dote d'un contrat social, une constitution, dans laquelle toutes les parties conviennent d'institutions.

    Comment ne pas être cynique quand, depuis 1763, et pour analyser les choses qui se sont passées de notre vivant, depuis 1982, nous vivons dans une société qui n'a pas signé une constitution à laquelle elle est assujettie, et ce malgré des tentatives de rapprochement (lac meech) et d'émancipation (1995 ; émancipation considérée comme volée par option canada pour plusieurs).

    Le critère qui définit une démocratie au 21e siècle c'est la ratification d'une constitution par sa population ; c'est bon pour la France qui l'a fait pour l'UE, l'Irak et le Vénézuela aussi l'ont fait ; mais pas pour nous...

  • Michel Simard - Inscrit 9 août 2010 12 h 48

    La cause du cynisme

    M. Julien, par sa missive téléguidée par Jean Charest, ne fait qu'ajouter au cynisme ambiant. La cause du cynisme actuel est la présence d'une gent politique complètement déocnnectée de la populaiton et qui régit le gouvernement en petis comités obscurs, qui adoptent des comportements toitalement anti-démocratiques.

    Jean Charest est le grand responsable du cynisme de la poipulation envers le politique : déclencher des élections hâtives, sans raison valable, en plein hiver, sur fond de mensonge quant à la conjoncture économique et aux pertes de la Caisse de dépôt, multiplication d'ffaires douteuses et refus obstiné (cela cache-t-il quelque chose ?) de faire la lumière sur ces agissements par la mise en place d'une commeission d'enquête publique, conflit d'intérêt du premier ministre par l'enciassement d'un salaier provenant de groupes particuliers d'intérêt, gestion nébuleuse des fonds publics. Qu'une aile jeunesse ne fasse que répéter comme un perroquet les slogans des bonzes de party, ce n'est rien pour favoriser la fin du cynisme ambiant.

    Par ailleurs, les médias n'one, en aucun cas, le rôle de courroie de transmission entre l'État et le Peuple. C,est au gouvernement de metrre en place les instruments pour informer les citoyens. À cet égard, le gouvernement en ligne est un vraie farce d'information. Le rôle des médais est d'informer objectivement les citoyens et de mettre les choses en perspective, que cela plaise ou non au gouvernement.

    Les médias ne sont pas resposanbles de la démobilisation actuelle; sans eux, le PLQ se serait cru autorisé à toutes les cachotteries. Le Peupls est plut¸ot en attente que les médias débusquent toutes les cachotteries.

    M. Gagnon a tout à fait raison : la démobilisation des citoyens affaiblit la démocratie. Force est de constater que les libéraux-conservateurs du PLQ ont contribué fortement à affaiblir notre démocratie, du jamais vu depuis Duplessis et Taschereau.