Environnement - Cessons de faire l'autruche!

Formons-nous les générations d'humains qui seront tenues responsables de la fin de l'humanité? Une chose est certaine, quand nos enfants nous demanderont pourquoi nous n'avons rien fait pour changer l'ordre des choses, quand ils nous accuseront d'être demeurés stoïques devant l'urgence, d'avoir égoïstement choisi le confort du statu quo, nous ne pourrons jouer la carte de l'ignorance.

Nous savons depuis déjà plusieurs années que lorsque la température globale de la planète aura augmenté de plus de deux degrés, des phénomènes en boucle se déclencheront rendant le réchauffement climatique à la fois irréversible et exponentiel. Effectivement, déjà dans l'Arctique, le pergélisol a commencé à dégeler, laissant s'échapper des quantités inimaginables de méthane, un gaz dont le pouvoir réchauffant est 22 fois plus puissant que celui du dioxyde de carbone.

L'absorption de CO2 par les océans est en train de modifier considérablement leur chimie en les acidifiant. À mesure que l'acidité augmente, l'eau de mer contient moins de carbonate de calcium. Or cette molécule est essentielle à la formation du phytoplancton qui couvre les fonds marins et qui, en fixant le CO2 par photosynthèse, se trouve à être justement le puits de carbone des océans. Une mer plus acide et moins saline pourrait menacer la vie du phytoplancton et réduire radicalement la capacité d'absorption des océans, laissant s'échapper encore davantage de CO2 dans l'atmosphère.

Trêve d'explications scientifique. Nous savons que la maison brûle, mais restons béatement assis devant notre télé!

Même la voiture électrique

Depuis les années 1970, le mode de vie des 20 % les plus riches de l'humanité (dont nous faisons partie) a dépassé la capacité de support de la planète. Nous polluons et consommons à une telle vitesse et avec une telle intensité que la planète n'arrive plus à se régénérer.

Mais ce que nous ne comprenons pas, c'est que la Terre n'est pas un élément exogène; elle nous transcende par l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, les aliments que nous consommons. La production des vêtements, des aliments, des matériaux, des objets et des appareils que nous achetons requiert énormément d'énergie et d'eau. À titre d'exemple, lorsqu'une automobile sort de la chaîne de montage, sa fabrication aura englouti 4293 litres d'essence et 300 000 litres d'eau... Ceux qui croyaient s'en tirer avec la voiture électrique font fausse route puisque l'auto en elle-même, avant de rouler, est polluante.

L'eau utilisée à partir de l'extraction des matières premières jusqu'à la production des objets de consommation est rejetée dans l'environnement avec son lot de produits chimiques et toxiques qui entrent ensuite dans la chaîne alimentaire. Des molécules chimiques à effet hormonal, comme les phtalates que l'on retrouve dans les plastiques souples (des emballages aux jouets, en passant par les biberons et les crèmes hydratantes) et les bisphénols A qui ont provoqué la diminution spectaculaire de la production de spermatozoïdes chez les hommes.

Quant à l'agriculture industrielle que l'on soutient à grands coups de subventions, elle requiert vingt fois plus d'énergie qu'elle n'en produit. Les pesticides et engrais chimiques qui ont non seulement contaminé les sols et l'eau contribuent à nous intoxiquer. On estime que d'ici peu, une personne sur deux sera atteinte du cancer et une personne sur quatre en mourra. Nous le savons, mais continuons à financer ce type de production alimentaire inefficace, contaminante et intoxicante.

On sait ce qu'il faut faire

Afin de freiner cette hécatombe, il faudrait de toute urgence opérer un virage radical tant sur les plans individuel que collectif dont nous connaissons tous les grandes lignes. Taxer encore plus lourdement l'essence et l'achat de véhicules motorisés, installer des postes de péage sur les routes, empêcher l'accès des automobiles aux villes et, à long terme, reboiser ces routes et autoroutes pour ne laisser place qu'au train tout en réinvestissant les sommes faramineuses servant actuellement à leur entretien au financement du transport collectif.

Rendre les rues cyclables, skiables et piétonnes ou mettre en place de toute urgence les infrastructures nécessaires pour favoriser le transport actif. Rendre les réseaux de transport collectif et public efficaces et en réduire les coûts... Mettre en place une politique énergétique rationnelle, basée sur les économies d'énergie et les énergies renouvelables comme la géothermie, le solaire ou l'énergie marée motrice. Mettre en place une politique agricole qui favorise l'agriculture biologique et qui décourage, voire interdit l'agriculture industrielle.

Du point du vue individuel, soutenir de toute urgence les partis qui mettront en place de telles politiques, se mobiliser socialement et politiquement, réduire ses besoins à l'essentiel, refuser de se laisser berner au jeu de la mode et des publicitaires et d'encourager l'exploitation effrénée de l'environnement et d'une main-d'oeuvre bon marché. Opter pour l'usagé ou le partage, manger nu, local, naturel et le plus possible végétarien, se déplacer à vélo, à pied, en ski de fond ou en transport en commun, s'engager dans son milieu de vie...

Comment se fait-il que nos gouvernements, tant à l'échelle municipale, que provinciale et fédérale, n'aient non seulement pas amorcé ce virage au cours de la dernière décennie, mais persistent à privilégier l'automobile dans l'urbanisme des villes, à soutenir des projets énergétiques comme l'exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent ou l'extraction d'uranium à Sept-Îles, à nier les engagements du Canada pris à Kyoto, etc.

À l'heure actuelle, une minorité de gens tentent d'opérer ce virage dans leur quotidien tout en sensibilisant leur entourage. Une minorité de gens se mobilisent et militent contre les projets de loi irresponsables qui nous propulsent encore plus avant dans le cul-de-sac de la société thermo-industrielle. Mais c'est loin d'être suffisant... Nous avons TOUS le devoir et la responsabilité, envers la population internationale et les générations futures qui paient et paieront pour notre égocentrisme, de cesser de faire l'autruche et de passer à l'action!

14 commentaires
  • Bernard R - Inscrit 4 août 2010 07 h 55

    Que faire avec nos gouvernements?

    Je suis en total accord avec votre article, et c'est justement ça, que la conscience collective ne fonctionne pas on dirait que les gens se foutent complètement de cette pollution grandissante, il n'y a qu'a voir le genre de véhicule qu'ils achètent...
    Et cela a l'échelle planétaire, mais revenons a notre simple maison, notre chez soit, on nous fait acheter des bacs de recyclage, des bacs de compost, acheter des autos moins polluantes, on sépare gentiment nos vidanges, nos bouteilles de vitre, nos cannettes, etc... on gère même la vitesse sur les routes pour supposément réduire les effets de réchauffement.
    NON!... regardez ce que font nos gouvernements ici même au Québec, on essaye de nous endormir avec des projets d'indépendance énergétique, sans étude, rien du tout, on a juste à regarder comment l'industrie pétrolière traite les citoyens actuellement avec les puits de gaz de schistes qu'il construire avec l'assentiment de notre beau gouvernement en promettant des emplois à la pelle, c'est drôle, rien pour contrer la pollution, au contraire on presse les citoyens a accepter quelque chose d'évident et pas d'allure.
    Mais si c'est pas dans leur cour, pourquoi s'inquiéter, n'est-ce pas? Non! le citoyen n'est pas prêt encore on n'a pas encore assez payé de notre poche, actuellement ils sont plus inquiet du temps d'attente dans un hôpital ou une clinique et/ou trouver une plus belle auto que leurs voisins...
    La conscience collective n'est pas encore prête il faut pas se le cacher, et les gouvernements le savent bien, regardez le gouvernement Arper en a rien à foutre du réchauffement de la planète ou autres balivernes concernant la pollution, l'Alberta pollue de plus en plus et ils le font avec la TOTALE bénédiction du gouvernement et tout ça pour quoi?
    L'argent juste les $$$$$.
    Bon fini ma montée de lait ce matin.
    http://mobilisationgazdeschiste.blogspot.com/

  • France Marcotte - Abonnée 4 août 2010 08 h 26

    Présente!

    "Il faut empêcher l'accès des automobiles aux villes et, à long terme, reboiser ces routes et autoroutes pour ne laisser place qu'au train tout en réinvestissant les sommes faramineuses servant actuellement à leur entretien au financement du transport collectif."
    J'adore cette mesure et j'en entends déjà une gang hurler! Où c'est qu'on va mettre nos VUS (ces grosses chaises roulantes motorisées pour attardés)! En tout cas moi je suis prête. Pas compliqué, je n'ai jamais commencé à surconsommer, trop occupée à lire le journal, par exemple, ou à cultiver mon potager.

  • Stephanie L. - Inscrite 4 août 2010 08 h 35

    Acidification des océans

    Merci beaucoup à l'auteure de cette lettre de nous parler de l'acidification des océans, un sujet encore largement méconnu! Même les climatosceptiques devraient donc s'inquiéter de l'augmentation des émissions de CO2 car, réchauffement ou pas, ce phénomène est une menace peut-être encore plus grande pour les océans que la marée noire, pourtant tellement dévastatrice!

    Les politiciens parlent de plus en plus d'environnement, ce qui a pu nous donner l'impression qu'ils prennent enfin le sujet au sérieux. Malheureusement leurs préoccupations environnementales ne sont souvent en fait que de la poudre aux yeux visant un but électoraliste.

  • alen - Inscrit 4 août 2010 08 h 51

    Quand on n'aura plus les ressources...

    Je me demande ce que vous direz, madame, quand on aura éliminé les emplois des fabricants d'automobile, des transports routiers, de la pétrochimie, ...

    que le gouvernement n'aura plus les ressouces pour payer les 100 000 $ de votre salaire de prof universitaire,

    qu'il devra vous renvoyer chez vous, et que vous devrez marcher pour aller à votre chalet en montagne, ou pour fiare du ski les fins de semaines?

    Et que direz vous à nos enfants quand on aura du fermer l'Université du Québec pour les mêmes raisons et qu'on les aura condamnés à l'ignorance?

  • France Marcotte - Abonnée 4 août 2010 09 h 43

    La clef du message: il y a urgence

    Dans des situations d'urgence, on applique des mesures d'urgence. Le problème: plusieurs ne croient pas qu'il y a urgence. C'est vrai que l'urgence, c'est pas très confortable.