GIEC - S'ouvrir ou disparaître

Depuis près d'un an, la controverse sur le réchauffement climatique s'est amplifiée. Cette contestation s'attache aux aspects les plus techniques du problème et à la réalité même du changement climatique, mais également au mode de fonctionnement de l'organisation internationale d'études sur le climat, le GIEC, également connu sous son sigle américain IPCC (International Panel on Climate Change).

Les partisans du climato-scepticisme, ceux qui dénoncent la réalité du dérèglement du climat, concentrent souvent leurs attaques sur le mode de fonctionnement de cette organisation comme point d'appui d'une dénonciation plus globale sur la crédibilité de la menace climatique. Les critiques proviennent de régions du monde très diverses et commencent à faire sentir leurs effets sur une opinion publique qui se met à douter des politiques d'entreprises ou des choix d'actions gouvernementaux. Doutes d'autant plus prononcés que l'affaire dite du «Climategate» qui, sur la base d'échanges de courriers électroniques entre experts, suggérait que des scientifiques du climat les plus influents du GIEC s'étaient rendus coupables de graves dérives déontologiques, a contribué à la montée des critiques sur cette institution.

Un rapport indépendant conduit par Sir Muir Russel et publié en juillet a conclu à l'absence de tout résultat sciemment tronqué. Malgré ces conclusions, la publication n'a en rien réduit la force de la suspicion qui pèse sur cette organisation, jetant ainsi les bases d'une crise de légitimité profonde au coeur d'une institution souvent perçue comme opaque. [...]

Citadelle assiégée

Nous savons qu'en situation de crise, le premier réflexe des organisations, quels que soient leur taille ou leur statut, est de vouloir se protéger en se refermant. Parfois pour prendre un peu de recul et agir, souvent pour dénier la réalité et fuir certaines responsabilités. Le GIEC n'y fait malheureusement pas exception.

Alors qu'il lui est demandé davantage de transparence dans ses prises de décisions, davantage d'ouverture sur les interlocuteurs externes, nous assistons plutôt à une absence totale de compréhension du jeu des acteurs et de leurs attentes. Aucune empathie, aucune reconnaissance des erreurs commises, aucun engagement envers l'avenir en dehors de la sempiternelle création de commissions.

Pire encore, le GIEC semble plonger dans le syndrome de la citadelle assiégée. Ainsi l'envoi par le président du GIEC, Rajendra Pachauri, le 5 juillet dernier, d'une lettre adressée aux 831 experts responsables de la préparation du cinquième rapport devant être publié en 2013 et 2014, leur demandant de «se tenir à distance des médias», démontre une incompréhension majeure des enjeux dans lesquels le GIEC évolue.

Penser en outre qu'il existe un complot des pétroliers américains, de pseudoscientifiques en mal de notoriété et une déformation systématique des médias peut, certes, reposer sur quelques éléments, mais éloigne dangereusement d'une réponse adaptée.

L'attitude reste

En matière de crise, la perception de l'attitude d'une organisation l'emporte souvent sur la réalité de l'événement et de ses conséquences. Notre souvenir de Tchernobyl, du sang contaminé, de la vache folle ou de l'Exxon Valdez se situe davantage dans la vision d'une fermeture de l'organisation, sa volonté de minimisation constante, plutôt que dans les conséquences réelles de ce qui s'est passé. La vision du directeur général de BP lors d'une régate de luxe a détruit tous les efforts de l'entreprise d'apparaître concernée par l'événement.

La gestion de crise est inséparable de la communication de crise, et cette dernière n'est pas un choix stratégique, c'est une nécessité de survie. Renforcer les procédures ne saurait améliorer notablement la situation du GIEC si celui-ci ne mesure pas la nécessité d'un changement d'attitude et d'une plus grande ouverture.

Si le GIEC ne communique pas, personne ne pourra le faire à sa place, ni les entreprises suspectes a priori d'écoblanchiment, ni les politiques qui déplaceront le débat, ni les ONG environnementales. Pourtant parées de toutes les vertus de la légitimité, celles-ci risqueraient d'amplifier un effet boomerang par une perception de collusion militante avec les résultats du GIEC. [...]

En excluant l'hypothèse d'une décision d'un président souhaitant conserver l'intégralité du pouvoir et de la prise de parole pour ses propres objectifs, on assisterait à une erreur majeure aux conséquences potentiellement graves. Le débat climatique risque de disparaître, non pas en raison d'avancées scientifiques ou d'une meilleure argumentation, mais par l'implosion d'une structure incapable d'ouverture.

***

Thierry Libaert - Maître de conférences à Sciences-Po Paris, auteur de La Communication de crise (Dunod, 2005)

***

Christophe Roux-Dufort - Professeur de management à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, auteur de Gérer et décider en situation de crise (Dunod, 2003)
9 commentaires
  • Archambault Francois - Inscrit 27 juillet 2010 06 h 18

    "Management" ou gestion?

    Un peu de français s'il-vous-plaît!

  • Michel Rebelo - Inscrit 27 juillet 2010 07 h 22

    Wow !

    Bonjour,

    Vous écrivez "Un rapport indépendant conduit par Sir Muir Russel et publié en juille"

    Un rapport indépendant commandé et payé par l'université elle même impliquée ! Wow ! On se croirait dans le domaine du burlesque !

    C'est à cause de ce genre d'histoire que cette organisation (GIEC) menée "dans les faits" par des écologistes ayant des intérêts dans les énergies renouvelables devrait être éventuellement dissoute

  • Maco - Abonné 27 juillet 2010 08 h 37

    Gestion et communication ...

    «Ceux qui dénoncent la réalité». Incroyable formule!

    «Sur la crédibilité de la menace climatique». Extraordinaire!

    Deux constatations. La première est que la preuve est faite sans l'ombre d'un doute (un doute nous étreint). La seconde c'est qu'il n'y a point de salut sans leurs préceptes.

    Ils sont les envoyés de Mère-Nature.

  • France Marcotte - Abonnée 27 juillet 2010 09 h 10

    Les chercheurs cherchent

    Le GIEC est l'organisation internationale d'études sur le climat et regroupe donc des scientifiques récoltant et analysant des données sur le climat. On lui reproche ici la piètre qualité de sa communication avec les interlocuteurs extérieurs à son organisation. Mais son mandat comprenait-il au départ ce volet? Les climato-sceptiques, eux, ne font pas de recherche scientifique et se spécialisent au contraire dans la contestations des travaux faits par les chercheurs. Ils ne font que ça, de la communication. Est-ce vraiment le rôle de ceux qui font un travail scientifique urgent et essentiel de répondre aussi à ceux qui se complaisent à les distraire de leur mission?

  • Michelle Bergeron - Inscrit 28 juillet 2010 04 h 56

    Aucune transparence pour ce comité.


    Les chercheurs dans les labos on ne les entends tout simplement pas même qu'ils n'ont aucune chance d'échanger et de questionner. Plusieurs sont sortis des rangs de peine et de misère parce qu'ils sont tout simplement saboter.
    Après avoir consulter la liste des gens de cet organisation on retrouve des personnes dont la participation est assez récente à mon grand étonnement parce que il y a près de 15 ans que l’on discutait dans les ministères des ressources naturelles de plusieurs pays avec les industries forestière et autres la façon de faire que l’On retrouve aujourd’hui à l’exception que les noms de plusieurs multinationales ne sont plus à l’affiche dans les sites que j’ai revisitées récemment. Si on ne veut rendre de compte à personne ils disparaîtront.
    La modération et une vision globale manque, on demande de changer les façon de vivre sans pour autant avoir la sagesse de discuter, de modérer afin d’éviter des catastrophes plus grandes pour des raisons d’improvisation. Chose certaine la biomasse est une énergie sale et porte à conséquence sur nos santés et nos vies. Le cycle du CO2 avec celui absorbé par les arbres pour ma part j’ai jamais vue un arbre « m’enboucaner, » me lancer des métaux lourds, des HAP, des dioxines et furanes, COV et des particules fines 10 et 2.5 etc. qui s’infiltre dans ma maison et mes poumons dans le gras animal et les œufs et sur les légumes de jardin. Si cette énergie était propre nul besoin de cheminée pour cracher ses polluants et sa suie!