Enfin, une bouffée d'air pour le mont Orford!

On ne l'attendait plus. Personne ne croyait qu'il existe encore des gestionnaires de centres de ski dans le secteur privé qui placent le commerce du ski au centre de leurs affaires au lieu de la construction de condos. Voilà une belle occasion de revaloriser l'image de la région Magog-Orford.

Il est encore trop tôt pour célébrer la relance de la station de ski du mont Orford. Québec se donne jusqu'au mois de septembre pour évaluer la soumission et signer un bail à condition que l'entente respecte les conditions de l'appel d'offres.

Par contre, on peut saisir une occasion unique de réviser les idées préconçues que la région entretient sur ce dossier. Les forces vives de Magog-Orford se sont divisées sur la question du développement immobilier à l'intérieur du parc national du Mont-Orford.

Passionné de ski

Robert Sudermann est un entrepreneur qui se dit prêt à s'engager pour une période de cinq ans et à déposer une garantie de 4 millions de dollars pour respecter les conditions de l'appel d'offres. Il se distingue en se disant à l'aise avec l'idée de travailler dans le cadre administratif d'un parc. Il ne fait pas dans le plus vert que vert. C'est un passionné du ski qui a déjà gagné le championnat canadien des maîtres.

C'est tout le contraire d'un entrepreneur comme André L'Espérance, qui voyait son profit dans le développement immobilier. «On ne mélange pas les affaires et le plaisir», aurait-il répondu à une personne qui lui demandait s'il était

heureux d'oeuvrer sur cette belle montagne. Comme gestionnaire de Ski Mont-Orford, il aura tout fait pour ancrer l'idée que la survie de la station de ski n'était possible qu'en la subordonnant au développement immobilier.

Sudermann n'est pas un idéologue. Il ne sort pas un lapin de son chapeau du genre Osmose Orford. Il est respecté dans le milieu et a démontré son savoir-faire dans trois stations de ski, dont deux sont situées à l'intérieur de parcs fédéraux. Camp Fortune se trouve à l'intérieur du parc de la Gatineau, le parc de conservation de la capitale canadienne. Le Mt. Norquay est situé à l'intérieur du parc national de Banff, un site du patrimoine mondial de l'Unesco. Difficile de trouver de meilleures références.

Bouffée d'air

À Banff, on ne fait pas la promotion de condos de type «ski in/ski out», on fait la promotion de la conservation du milieu naturel et de l'absence de condos dans le paysage naturel. Les responsables du marketing ont même enregistré le slogan «Canada's Protected Playground™».

«Expérimenter le vrai c'est être dans un endroit bien particulier où les montagnes prévalent sur les condos à un million de dollars. C'est un endroit où l'on accueille le vrai monde comme des stars et où les stars sont accueillies comme le vrai monde!»

C'est l'occasion pour la région de sortir de l'ornière dans laquelle elle s'est enfermée depuis la création du parc en 1938. Les installations touristiques traditionnelles perdent de leur valeur avec le temps tandis que les parcs nationaux ne peuvent qu'en gagner tout en ajoutant de la valeur à l'ensemble de la région.

Les élites économiques de la région et les élus se sont enfermés dans une vision de solution par le développement immobilier à l'intérieur du modèle dominant de développement récréotouristique. Ils n'ont pas entendu le message de la clientèle de la région, qui a dû se mobiliser et manifester pour livrer son message. C'est la différence qui fait la valeur de Magog-Orford et qui donne de la valeur à l'ensemble de la région des Cantons-de-l'Est.

Différence

L'occasion de prendre le virage est trop belle pour la laisser passer. Sudermann et la région se donnent comme priorité de changer les perceptions négatives à l'égard de Magog-Orford. Le gouvernement a compris. Le seul soumissionnaire a à la fois l'expérience et la volonté de travailler dans un environnement de parc national.

N'est-ce pas le meilleur moment pour la Chambre de commerce et d'industrie de Magog-Orford, Tourisme Cantons-de-l'Est, la MRC de Memphrémagog, le CLD de Memphrémagog, les municipalités d'Eastman, de Magog et du canton d'Orford de s'adresser à leur clientèle de villégiature et de tourisme avec le message qu'elle veut entendre? «Nous avons compris. Notre région est différente et c'est cette différence qui vous attire dans la région Magog-Orford. Dorénavant, nous valorisons cette différence.»

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Hubert Simard - Éditeur de Mont Orford, la saga