Libre opinion - Mon fils, le cancre

J'aime mon fils plus que tout au monde. Il est ce que j'ai de plus précieux. Cependant, je dois m'avouer que mon fils est un cancre. Il n'aime pas aller à l'école. En fait, il aime y aller, mais pas pour accumuler des connaissances et faire des efforts. Non! Il y va comme on va au pub: pour rencontrer ses amis autour d'une bonne bière... la bière étant remplacée dans ce contexte par un pichet de jus de canneberges.

Cela étant dit, j'ai vu mon fils traverser le primaire sans se faire trop de soucis. Il faut dire qu'avec un père absent, il n'y a personne à la maison pour lui casser la tête au sujet des mauvaises notes. Remarquez, c'est mieux ainsi. Je préfère être philosophe plutôt que de lui rabâcher toujours le même discours du matin au soir. Ses notes plus que médiocres ne me font plus peur. Tout ce que je lui demande est de terminer son primaire.

Je ne lui demande pas non plus de jouer à la prima donna et de rafler tous les prix. Ah! J'oubliais que j'étais au Québec... Il n'y a pas de prix pour récompenser les bons élèves... Ni d'échecs cuisants pour les paresseux. Tout le monde pareil pour, probablement, ne pas faire de chicanes autour du clocher. C'est peut-être pour ça que mon gars est tellement cool par rapport à l'école. Il sait que même s'il ne fait pas trop d'efforts, il va passer. Personne — à part moi, bien entendu — pour lui dire que la vie est injuste parfois et que, quand vient le temps des coups durs, il n'y aura pas toujours un matelas posé par terre pour amortir le coup.

C'est toujours moi qui lui ai poussé dans le dos pour qu'il fasse ses devoirs. Je suis sévère, j'en conviens, mais je sais également que je ne dois pas l'écoeurer à outrance. Un coup qu'il décide qu'il ne veut plus rien savoir de l'école!

Pourtant, malgré tout, j'exige des efforts. J'exige de l'attention. J'aurais fait une bonne maîtresse d'école, mais peut-être un tantinet trop exigeante au goût du jour pour nos chers chérubins. Moi, dans mon temps, j'étais première de classe. Des efforts, j'en faisais à longueur de journée. Que ce soit en mathématiques, en français ou en physique, j'arrivais en avant de tout le monde. Au secondaire, je remportais des prix. Pas autant que les petits Vietnamiens, mais tout de même, je faisais partie de la haute!

J'ai du mal avec le fait que mon gars ne se préoccupe pas plus qu'il ne faut de l'école. J'aimerais le secouer de temps à autre, mais j'ai peur que l'on me dénonce à la DPJ. Alors, je reste cool et je le vois lentement mais sûrement s'enfoncer dans la médiocrité. Un garçon de 11 ans qui parle bien, mais qui écrit comme ses pieds! Un garçon qui n'ouvre jamais un roman. Un garçon qui passe son temps avachi devant sa console de jeux vidéo et son ordinateur. Un désastre sur toute la ligne!

Comme tout le monde, je lis les journaux et j'écoute les nouvelles à la télé. Je suis au courant des statistiques alarmantes concernant les garçons et la réussite scolaire. 40 % au Québec n'obtiendraient pas le diplôme d'études secondaires! C'est aberrant quand on sait la difficulté de se trouver un travail intéressant et bien payé sans diplôme.

À force d'écouter les spécialistes de la question se lancer des bêtises, on ne sait plus qui croire. Ceux qui prétendent que c'est la faute aux maudites bonnes femmes syndiquées qui régentent tout le système d'éducation de bord en bord, ou bien ceux qui disent qu'il n'y a pas de péril en la demeure et que beaucoup de garçons réussissent malgré tout à se tirer d'affaire et à devenir des hommes épanouis. Selon eux, les femmes qui enseignent tant au primaire qu'au secondaire ne sont pas responsables des échecs répétés des garçons.

Ben non! Tout le système d'éducation est pensé en fonction des filles. Les filles sont les grandes gagnantes de la maternelle à l'université. Qui obtient les meilleures notes? Les filles! Qui est discipliné, travaillant, docile? Les filles! Qui obtient le plus haut taux de diplomation universitaire? Les filles! Encore et toujours!

Les garçons, eux, gagnent en fin de compte du chômage, des problèmes de toxicomanie, de la dépression, des maladies mentales et pour couronner le tout, un plus haut taux de suicide!

J'entends déjà certains dire: pauvres petits pits! Sauvagement dominés par les femmes à tous les niveaux, ils ont jeté l'éponge devant la vie avant même d'avoir atteint l'âge de la raison. Pas résilients pour deux sous, ils se suicident en gang comme les baleines pour ne pas affronter les rigueurs de la vie moderne.

Je ne sais plus quoi en penser. Faut-il aider nos garçons en adaptant l'école à leurs besoins ou bien faut-il les laisser affronter la vie par eux-mêmes, quitte à les voir foncer tout droit dans un mur et observer comment ils vont réagir après le choc?

Au fond, me dis-je, ils auront toujours l'occasion de devenir éboueurs si jamais ils ne veulent plus rien, mais vraiment plus rien, savoir de l'école. Il faut bien quelqu'un pour ramasser les poubelles...

La vie est sans pitié!
15 commentaires
  • Nicole Lamarre - Inscrit 22 juillet 2010 08 h 24

    Il ne faut pas laisser tomber

    Mme Diaz, vous n'êtes pas la seule dans cette situation.Il ne faut pas abandonner, votre fils est trop jeune. Mais je vous conseille une chose:
    Arrêtez de tous lui donner.
    Une mère

  • France Marcotte - Inscrite 22 juillet 2010 09 h 10

    De quoi ont besoin les enfants?

    Vous accusez l'école québécoise d'être responsable de bien des maux madame et ainsi, indirectement, le Québec de cultiver des valeurs bien discutables. Vous parlez franchement et il me semble que votre situation familiale ne soit des plus facile pour vous et propice à l'éducation d'un fils. Les enfants arrivent à l'école aussi avec ce que leur milieu familial a fait d'eux. Comme adulte, il y a certainement mille façons de vivre sa vie mais on dirait bien que les enfants ont tous besoin de la même chose pour s'épanouir en bas âge: des parents unis et d'autres enfants avec eux. J'espère me tromper car c'est là ce qu'on peut de moins en moins leur garantir.

  • J.M. Rodrigue - Inscrit 22 juillet 2010 09 h 14

    Prêcher par l’exemple…


    J’écoutais, d’une oreille distraite il faut le dire, il y a quelques semaines à Radio-Can., l’émission «l’autre midi à la table d’à coté» où une comédienne et un humoriste «discouraient» sur leur enfance et leur adolescence. Pour des raisons différentes, tous les deux exécraient l’école. Il n’y avait pas de mots pour dire combien ils ont détesté l’expérience. Un des participants ajoutait même gentiment, «je sais tellement aujourd’hui que je n’ai pas de savoir», sans savoir justement qu’il paraphrasait Socrate.

    Je me demandais alors quel message cela pouvait bien laisser dans l’esprit des jeunes le fait d’apprendre que des vedettes, bien connus du milieu artistique, arrivent à réussir sans ou sans trop d’éducation. Pourquoi apprendre et s’évertuer à l’apprentissage de la connaissance quand on peut «réussir» sa vie comme chauffeur d’autobus (incluant les heures supplémentaires) à 100 000$ par année?

    Moi aussi je me suis «butée» à mes jeunes qui n’étaient pas trop enthousiastes à poursuivre des études post secondaires. Il a fallu, comme seul parent présent, que je fasse des pieds et des mains pour réveiller l’enthousiasme, les persuader qu’eux aussi étaient capables de réussir et que l’avenir, leur avenir, passait par l’éducation, qu’importait ce que leur réservait la vie.

    Se réveiller le matin pour aller travailler et aimer son travail parce qu’on l’a choisi et qu’on s’est préparé en conséquence, reste un grand plaisir de la vie et pour toute la vie. Bon courage...
    Jeanne-Mance Rodrigue

  • Gilbert Talbot - Abonné 22 juillet 2010 09 h 23

    Certaines filles aussi sont cancres.

    Je lisais votre lettre et je pensais à ma fille, qui elle aussi a eu énormément de difficulté à l'école. Ne vous en faîtes pas madame, le système étant ce qu'il est je vous prédis que les filles bientôt vont rattrapper les garçons dans la cancritude.

  • Frederick Plamondon - Inscrit 22 juillet 2010 09 h 38

    @Mme Marcotte

    Si je comprends bien, vous soutenez qu'une famille monoparentale n'est pas un lieu propice à l'éducation des enfants et, incidemment que l'auteure de cette lettre n'a pas su inculquer de "bonnes valeurs" (contrairement aux "valeurs bien discutables") à son fils. En conséquence de quoi il n'est pas équipé pour réussir à l'école. Est-ce que je comprends bien?

    Si oui, votre raisonnement me semble étrange. J'ai reçu une excellente éducation, je suis un lecteur assidu, j'ai de bonnes manières et j'ai le souci de moi, ma culture générale se porte très bien et je cultive toujours ma "culture professionnelle" même si cela ne m'est pas nécessaire. Pourtant, j'ai grandit au sein d'une famille monoparentale et j'ai été enfant unique pendant très longtemps. Par ailleurs, nous déménagions souvent alors j'ai très souvent été déraciné des milieux auxquels je commençais à peine à m'identifier.

    J'ai toujours pensé que tout ses éléments me donnaient l'avantage de pouvoir m'adapter très rapidement à presque toutes les situations. Cela a aussi contribué à une "souplesse" sociale, m'a habitué au dialogue, à la tolérance, à l'Autre, etc.
    Et là, vous semblez dire que je me serais trompé? Malheur à moi! Mes parents auraient donc dû rester ensembles dans une une union malheureuse et faire une famille nombreuse, non? N'aurais-je pas été dans une meilleure situation "pédagogique"?

    J'ironise un peu là, mais je crois qu'il ne faut pas charrier avec la famille... Ce n'est pas parce qu'une famille est unie que l'éducation des enfants sera bonne. Au contraire. De mon point de vue de "fils presque unique d'une famille monoparentale", c'est justement la notion de "famille" qui me semble très problématique et, à dire vrai, assez souvent malsaine. Le nombre de ménage malheureux est hallucinant. Enfin, c'est un autre débat.