Arrestations au G20 - L’acceptation silencieuse des Québécois

Dans son article paru dans Le Devoir du samedi 3 juillet intitulé «La dérive», Alec Castonguay met en lumière des faits plus que troublants. Des arrestations massives, des cas d’intimidation, de fouilles excessives sont rapportés tant par l’auteur que par les manifestants emprisonnés revenus au Québec, relâchés faute de preuves et de raisons crédibles. Un organe de l’État civil, la force de police, a obtenu à huis clos des pouvoirs d’une importance démesurée pour l’événement dont elle assurait la sécurité, reconnu par tous comme une rencontre de transition.

Les services de sécurité ne l’ont que trop prouvé en détenant des manifestants de façon aléatoire, dans des conditions inhumaines et, comme le souligne M. Castonguay, contraires aux droits canadiens. Par ailleurs, il y a eu une évidente provocation de la part du corps policier, à savoir les quatre voitures que des agents ont garées au beau milieu de la foule et qu’ils ont laissées sans surveillance. Le G8 et le G20 de la semaine dernière ne sont pas sans rappeler la Crise d’octobre 70, lorsque le gouvernement fédéral a fait appel à la Loi des mesures de guerre et a provoqué l’escalade de la tension. Sauf que cette fois ci, il n’y a pas eu d’assassinat, mais tout de même deux fois plus d’arrestations.

Le Québec

La page est encore plus sombre pour les Québécois. La plupart des manifestants d’origine québécoise s’étant rendus à Toronto la semaine dernière ne se prononçaient pas sur le discours national. Ils étaient simplement venus exprimer leur opinion dans le cadre de manifestations qui visaient bien plus des enjeux d’ordre mondial et socio-économique que provincial. Or, les manifestants québécois ont été particulièrement malmenés par la police. D’abord, ils ont été arrêtés de façon ciblée, discriminatoire, en raison de leur province d’origine. Ensuite, en prison, certains se sont fait insulter et dire qu’ils n’avaient qu’à quitter le pays s’ils n’étaient pas contents, comme on le dirait à un citoyen de seconde zone. 

Et quelle est la réaction au pays? Selon un sondage Angus Reid, 71 % des répondants québécois trouvent justifiés les agissements des policiers envers les manifestants. Justifiées, les arrestations préventives contraires à la loi? Justifiées, les conditions de détention illégales dans lesquelles on a plongé une majorité d’innocents venus s’exprimer démocratiquement? La mission d’un corps policier n’est-elle pas d’abord et avant tout de faire respecter la loi? Dans une démocratie, la loi se doit d’être la même pour tous. Il est inacceptable de contourner ce fondement de notre société moderne.

Acceptation silencieuse


Toutefois, le plus effarant dans tout cela reste l’acceptation silencieuse des Québécois envers un autre manquement d’éthique et de responsabilité civile de la part du gouvernement fédéral. Certes, il y a un ralentissement politique au Québec, qui est sans aucun doute lié au manque de charisme et de crédibilité de notre gouvernement au pouvoir. Mais cela ne constitue en rien une excuse permettant d’expliquer le choix des Québécois, qui est d’entériner les débordements policiers.

Le Québec a de moins en moins sa place dans une fédération où notre province perd sans cesse de l’importance, où nos intérêts sont ignorés et où les Québécois sont devenus un sujet de moquerie récurrent. Notre gouvernement fédéral emprunte un chemin qui ne laisse guère présager d’amélioration et l’opposition est loin de pouvoir l’en détourner.

Il importe donc, à la lumière des événements récents, de repenser notre place à l’intérieur ou hors du Canada, et surtout de nous réveiller, de nous impliquer. Il est vrai que le climat politique actuel est décourageant, mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut laisser faire n’importe quoi à un gouvernement pseudodémocratique. Hâtons-nous donc de prouver que Joseph de Maistre avait tort lorsqu’il affirmait que «toute nation a le gouvernement qu’elle mérite».

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Arnaud Montreuil - Étudiant en histoire

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12 commentaires
  • André Loiseau - Inscrit 7 juillet 2010 02 h 57

    Le mérite

    Est-ce que toute nation mérite de se faire flouer par des arrivistes, des opportunistes et par ce ramassis de menteurs, de carriéristes qu'elle ira élire de bonne foi?

    Hier encore, Obama semblait passer l'éponges et taire les abus effrénés des juifs contre la Palestine à cause de quelque élection intérimaire qui s'en vient prochainement. Les lobbys, les grosses compagnies mènent le bal et dirigent l'opinion publique à travers les journaux à leur solde. Les hommes politiques sont les marionnettes de leurs ambitions et de leur partisannerie. Les nations votent-elles vraiment pour cela? On dirait que tout le monde achète tout le monde.
    C'est en ce sens que le silence des québécois est tonitruant.
    Les gouvernements devraient connaître les révolutions qu'ils méritent.

    Lors du G8 il n'y avait pas que la mise en scène d'un lac artificiel. Les données "démocratiques" incluant le droit de manifester (qui n'est qu'une vague dans un océan de faussetés) sont manipulées. Les promesses violées, sans conséquences légales, sont de la poudre aux yeux.
    Nous pouvons compter les vrais politiciens sur les doigte d'une seule main, la main gauche.

  • Marc Provencher - Inscrit 7 juillet 2010 06 h 52

    Bien sûr, mais...

    ...ce n'est pas un peu comme provoquer quelqu'un en duel puis se lamenter parce qu'il riposte ?

    Si le méchant "système" est "fascisss", ne devrait-on pas s'attendre, ne devrait-on pas trouver comme allant de soi le comportement musclé de sa police ? Au lieu de pousser tous ces "Ô ciel !" d'opérette ?

    Selon moi, c'est un avertissement. Comme l'écrivent Fruttero et Lucentini dans 'La Prédominance du crétin' : « Mièvrerie et sensiblerie sont toujours annonciatrices de malheurs et de désastres. »

  • Jaque Parisien - Inscrit 7 juillet 2010 07 h 09

    Dans une même veine

    Je suis tout à fait d'accord avec vous jeune homme. J'ai été estomaqué par deux fois : la première lors des arrestations massives et injustifiées; la deuxième par le peu de réaction des Québécois et des Canadiens, voire par l'appui de ces mesures excessives par une majorité. J'ai personnellement écrit une lettre à mes députés fédéral et provincial.

    Par ailleurs, je me trompe peut-être mais j'ai l'impression que nos concitoyens se sont contentés de regarder les images des quelques casseurs à l'œuvre mais ne se sont pas donnés la peine de lire les journaux ou d'écouter les témoignages des victimes de cet abus. Bref, si je me fie à l'indifférence affichée par la plupart d'entre eux, ça n'augure rien de bien encourageant. Je termine à mon tour en citant Tocqueville : «Cette même égalité qui rend l'individu indépendant de chacun de ses concitoyens en particulier le livre isolé et sans défense à l'action du plus grand nombre.» Ou l'inaction...

  • France Marcotte - Inscrite 7 juillet 2010 09 h 03

    Des regards vitreux

    "Il importe donc, à la lumière des événements récents, de repenser notre place à l’intérieur ou hors du Canada, et surtout de nous réveiller, de nous impliquer", dit l'auteur. Bien d'accord mais répétons que les Québécois ont appuyé les interventions de la police à 71%. Nous réveiller, nous impliquer, c'est aussi il me semble de comprendre puis de faire comprendre ce qui est en train de se passer, car on dirait bien que la répression s'exerce avant tout sur les esprits. Se parler, transmettre ce que l'on apprend, c'est une action efficace. Personnellement, ce que je trouve de plus effrayant et que je peux tenter d'atteindre, ce sont les regards vitreux de mes concitoyens.

  • André Loiseau - Inscrit 7 juillet 2010 10 h 47

    Le regard vitreux

    Mme Marcotte a bien raison.
    Le regard vitreux et indifférent des concitoyens est bien palpable. Rien ne peux troubler le confort de leurs certitudes. Il est souvent accablant de le constater à 71%.
    Ils ont aussi un talent fou pour la pirouette mentale et plein de prétextes pour sortir par la porte arrière, surtout lors des scrutins ou des manifs.

    Pour justifier leur inaction et leur quiétude, ils comparent notre situation aux pires endroits sur terre puis nous reproche de" niveler par le bas".
    Ils font grande confiance à des gouvernements qui leur mentent à répétitions et c'est parfait, vu que c'est pire chez le voisin.