Pour une refonte du cours

L’école secondaire privée Loyola<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’école secondaire privée Loyola

Le jugement qu'a rendu récemment la Cour supérieure du Québec dans la cause opposant l'école montréalaise Loyola à la ministre de l'Éducation, à propos du cours Éthique et culture religieuse (ECR), a pour effet de permettre aux parents qui en assument les coûts d'envoyer leur enfant dans une école privée où l'enseignement religieux sera dispensé en conformité avec leurs convictions, dans le respect de la liberté de conscience et de religion protégée par les chartes québécoise et canadienne.

Pour éviter le détestable et honteux système à deux vitesses, le gouvernement québécois doit tout faire pour que l'école publique offre le même bénéfice à tous les parents et les enfants du Québec. En procédant ainsi, le gouvernement se rallierait à la volonté populaire que les sondages ont à plus d'une reprise fait connaître en affirmant que plus des deux tiers des Québécois (69 %) sont favorables au fait que les parents bénéficient d'un tel choix.

La décision du tribunal vient rendre encore plus pertinent le souhait exprimé antérieurement par le PQ et l'ADQ, soit «suspendre le programme [Éthique et culture religieuse] et le repenser de fond en comble». Cet impératif s'impose encore plus à la suite de la brillante analyse que Joëlle Quérin, chercheuse à l'Institut de recherche sur le Québec, a faite illustrant les nombreuses et graves carences de ce programme.

Illusion

Dans son jugement éclairé et fouillé, l'honorable Gérard Dugré a mentionné qu'il existe des avenues prometteuses autres que celle retenue par le cours ECR. Il mentionne entre autres celle exposée dans le rapport d'expert que nous avons déposé dans le cadre de cette cause. En voici un aperçu, à titre de simple illustration de la place qu'il y a pour la réflexion sur un projet de refonte du programme ECR. Il faut donc faire les choses autrement en tirant le plus grand profit possible de ce que ce programme contient de récupérable et de la valeur de nos acquis du passé, dépréciés indûment par ce programme.

Dans le contexte de la diversité culturelle, ethnique et religieuse du Québec contemporain, il est illusoire de croire que l'on peut respecter les diverses croyances et incroyances par une formule unique et uniforme comme l'est l'ECR. Il ne convient pas par exemple d'imposer aux enfants de personnes athées ou agnostiques un cours de vraie culture religieuse, pas plus qu'aux membres de groupes religieux qui ne désirent pas que l'école prenne en main la substance de la formation religieuse de leurs enfants. Par ailleurs, on admet généralement que l'école québécoise, comme toutes celles à travers le monde, a un rôle subsidiaire à jouer dans la formation religieuse du jeune citoyen.

En conséquence, le programme québécois d'enseignement religieux ne peut être approprié que s'il fait preuve de souplesse. Entre autres possibilités, cela pourrait s'apparenter au programme des mathématiques où l'on songe à soumettre trois volets au choix des élèves selon que leur orientation est en sciences humaines ou en art, en recherche ou en médecine, ou encore dans les secteurs techniques.

Choix

Ainsi, un programme d'enseignement religieux souple et respectueux des droits pourrait offrir, là où le nombre le justifie et sauf contraintes administratives excessives, le choix entre les trois possibilités suivantes:

-Un cours de culture religieuse confessionnelle comprenant un volet sur les grandes religions, ainsi qu'un volet éthique. Ce choix serait accessible aux personnes de confession chrétienne, musulmane, juives et autres reconnues au Québec. Ce choix pourrait tirer profit de formules connues d'enseignement confessionnel assorties d'ajouts sur les grandes religions inspirés par exemple du programme ECR;

-Un cours au contenu substantiellement éthique, comportant un léger volet sur les confessions religieuses reconnues au Québec avec une véritable prédominance sur les traditionnelles, comme on l'a espéré du cours ECR. Ce choix serait susceptible de respecter davantage les personnes athées ou agnostiques. Ce programme correspondrait en partie à l'enseignement moral que l'on a déjà mis en place par le passé pour satisfaire le droit des personnes athées ou serait en partie inspiré du volet éthique du programme ECR;

-Un cours de culture religieuse multiculturelle incluant une nette prédominance sur les traditions religieuses du Québec ainsi qu'un volet éthique. Une version améliorée du programme ECR pourrait convenir. Ce choix pourrait être à retenir dans le cas où les deux choix précédents ne pourraient être possibles faute de pouvoir remplir les conditions liées au nombre d'élèves et aux ressources humaines et administratives.

Accommodement déraisonnable

Ce programme d'enseignement religieux à choix multiples comporte de plus d'autres nombreux avantages. Il évite la détestable politique du mur à mur pour favoriser plutôt une politique équitable s'ajustant aux diverses régions du Québec ainsi qu'à la diversité montréalaise. Le gouvernement éviterait de plus de mécontenter tout le monde en refusant d'opter pour un accommodement déraisonnable qui consiste à enlever aux Québécois de souche un droit qu'ils avaient acquis pour soumettre les Néo-Québécois à ce qui ne leur convient pas non plus.

Par un programme de ce genre, le gouvernement éviterait, tant en ce qui concerne les droits que les contenus des programmes, la politique de la terre brûlée qui, en éducation, porte toujours à tout recommencer à zéro. Ce programme est de plus susceptible de favoriser le dialogue entre les diverses confessions religieuses par son respect des identités particulières et son ouverture à celles des autres. Enfin, autre avantage et non le moindre, le gouvernement favoriserait la paix sociale en rendant inutile la guéguerre devant les tribunaux.

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Gérard Lévesque - Philosophe et témoin expert dans la cause opposant le collège Loyola au ministère de l'Éducation
19 commentaires
  • Fr. Delplanque - Inscrit 2 juillet 2010 03 h 01

    Le bon sens, mais qui veut entendre ?

    Voilà le bon sens et la souplesse.Il ne fait donc aucun doute que Mme Marois et Mme Courchesne y resteront sourdes.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 2 juillet 2010 06 h 54

    Éthique, morale et droit

    Lorsqu'il est question de l'enseignement de valeurs morales (au sens large) , pourquoi les enseignants se priviraient-ils de l'enseignement de nos principales lois québécoises et fédérales? Elles sont farcies d'enjeux moraux

  • Michele - Inscrite 2 juillet 2010 09 h 34

    Erreur de lecture

    M.Lévesque, entre 1995 et 2008, un processus décisionnel démocratique a pris cours dans un cadre formel, donnant lieu à de nombreux débats au Québec. Des décisions difficiles ont été prises à la lumière des sondages, de l'état du droit, des idéaux de la société québécoise et des avancements dans le domaine du savoir.

    Les sondages effectués dans le cadre du Rapport Proulx ont montré que les parents étaient divisés quant à la place de la religion à l'école toutefois le personnnel enseignant ( près de 95%) ne voulait plus enseigner le cours de religion confessionnel et 97% des directeurs d'école ne voulaient plus du programme d'option. Ici, je tiens à le souligner, on ne peut forcer un enseignant à enseigner un cours confessionnel contre sa volonté. Conséquemment, ce que vous proposez a été rejeté pour de bonnes raisons.

    Dans un autre ordre d'idées, votre lecture du programme s'appuie sur une philosophie classique alors que ce dernier fait appel à une philosophie sociale. Les implications théoriques de ce virage sont énormes. De surcroît, le cadre de référence de Joëlle Guérin
    est d'ordre politique alors que le programme est d'ordre social. Ces deux élements à mon avis remettent en question les fondements de votre argumentaire.

    Le gouvernement québécois a fait appel de ce jugement, votre réaction est à mon avis prématurée.

  • Jean Laberge - Inscrit 2 juillet 2010 10 h 23

    L'antilibéral

    Dans une conception de la société libérale comme la nôtre, les propositions qui sont avancées ici permettent de respecter le droit de tous à la liberté de croyance et de religion, ce que ne fait pas ECR. La réplique précédente de l'ex-président de la commission Proulx montre à quel point ECR constitue une solution pragmatique libérale qui n'enlève en rien son carcan infernal. C'est bien là le paradoxe de la pensée libérale que Rawls formulait ainsi: la liberté doit être limitée au nom de la liberté. Tout le problème vient de ce que la liberté est tenue comme valeur première et sacro-sainte. Et si la liberté était secondaire par rapport à l'excellence?

  • Patrice Gosselin - Inscrit 2 juillet 2010 10 h 47

    Argumentaire tendancieux

    @Michelle: Même si 97% des policiers et 95% des chefs de police souhaitaient que l'on délaisse le caractère public de leurs interventions en cour, est-ce que cela justifierait de faire ce changement? Prendre ce type d'argument revient à dire que la population et ses intérêts manifestés n'ont pas d'importance ou très peu. Ce n'est pas parce que l'enseignement d'une matière est inconfortable qu'on doive y mettre fin...