Petite histoire d'un G8...

— Ça dépend j'imagine de quel point de vue tu te places, ma chérie. Eux te diront que les terroristes sont partout, armés de dangereuses pancartes, de slogans et de détermination, et que le seul moyen de les contenir, c'est de répondre à leur colère par la violence. Moi je crois plutôt que ce sont des citoyens comme toi et moi, qui n'en peuvent plus de faire rire d'eux par des dirigeants qui prennent l'argent des "nécessaires mesures d'austérité", qu'ils accumulent en coupant des postes dans la fonction publique ou dans les budgets d'éducation et de services sociaux, pour dépenser dans l'organisation d'une rencontre visant à inventer de nouvelles histoires à raconter aux gens.

— Oh, mais moi j'aime bien les histoires!

— Alors, je vais t'en raconter une. Tu verras, elle sera tout aussi originale que celles qui mettent en scène la future taxe sur les transactions financières ou le rétablissement de l'équilibre entre les pays du Nord et du Sud et je n'aurai même pas besoin pour cela d'ouvrir mon porte-monnaie!

Près d'un lac

Il était une fois, huit personnages colorés qui se rencontrent pour discuter autour d'un joli lac artificiel. Cette année, l'un d'eux a proposé d'aborder le sujet du sida. Ils discutent entre eux.

— Oh là là, mais t'es dépassé, mon vieux! C'est un thème qui a fait son temps et il nous faut trouver quelque chose de nouveau à donner à manger aux journalistes. Tiens, pourquoi pas les changements climatiques?

— Penses-y! On vient d'en faire un sommet qui n'a mené à strictement rien. Non seulement on ne pourra plus bercer les gens pour les endormir avec ça, mais on en a marre nous aussi d'en papoter. Non, moi je crois qu'on devrait se centrer sur les stratégies pour la santé maternelle. Personne ne peut rester insensible à ça.

— Bonne idée! Il y a justement une dame que je viens de croiser ici, qui est directrice générale de l'organisation nationale des infirmières au Malawi et qui a travaillé 32 ans en tant que sage-femme et défenderesse des intérêts et droits des femmes de ce pays. Elle pourrait nous aider à établir des priorités... Elle parlait justement tout à l'heure du fléau des naissances d'enfants de mères séropositives qui sont eux-mêmes porteurs du VIH.

— Je croyais qu'on s'était mis d'accord: le sida est une cause désuète. Et on ne va certainement pas s'encombrer d'écouter les citoyens. Vous le savez bien, on leur donne un pouce et ils en veulent vingt! Et d'une manière ou d'une autre, leur appui est inconditionnel. La preuve: ils nous ont élus, et parfois même réélus, puis ils prennent la peine de se déplacer aujourd'hui pour nous soutenir.

Subitement, un caillou vient fracasser la fenêtre et termine sa course au pied d'un des dirigeants qui, décontenancé, regarde son garde du corps s'élancer pour le protéger. Avec le courant d'air vient du dehors le cri plus clair de la foule amassée près de la clôture d'or: "Pas de nouvelles fausses promesses! Commencez par tenir vos engagements! De l'argent, il y en a, vous vous baignez les pieds dedans!"

— Qui sont ces hurluberlus qui défient notre autorité? Qu'on les enferme sur-le-champ! clament-ils en choeur.

— En fait, messieurs, madame, ce ne sont pas que des marginaux, mais presque toute la population qui décrie votre manque de transparence, de crédibilité, d'intégrité et d'humilité...

Bons rêves

— Maman, je ne l'aime pas ton histoire, elle me fait peur.

— Désolée, ma chérie, j'aurais dû y mettre un peu de fantaisie. Les histoires qui collent trop à la réalité ne sont pas les meilleures pour s'endormir. Alors, voilà: nos huit amis, s'éveillant sur la véritable raison de leur présence ici à Huntsville, soit représenter la volonté des personnes les ayant portés au pouvoir, décident de sortir de leur opulent vaisseau pour aller à la rencontre de leurs concitoyens.

L'échange dure des jours et des jours et on entend même parfois des éclats de rire parvenir jusqu'ici. Au terme de cette rencontre jamais vraiment consensuelle mais toujours respectueuse, à laquelle se sont joints les dirigeants de tous les pays et les policiers débarrassés de leurs armes, ressortent des gens prêts à travailler ensemble, solidaires pour le bien commun. Fais de beaux rêves, ma chérie.»

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Julie Chalifour - Montréal

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