Pseudo-pandémie d'A(H1N1) - Alarmisme et gaspillage de fonds publics

Il y a eu le 11 septembre 2001. Comme un écho à cette date fatidique, le 11 juin 2009, la peur prenait un nouveau visage: celui du virus A(H1N1). Il y a eu un an hier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) élevait au niveau maximum son état d'alerte à ce qu'elle considérait comme une pandémie mondiale.

Plusieurs scientifiques, surtout en Europe, ont sévèrement critiqué cet alarmisme: l'ancien patron de la Croix-Rouge française, Marc Gentilini, a parlé d'une «pandémie de l'indécence». Plus récemment, la gestion de ce dossier par l'OMS a été durement critiquée dans un éditorial publié dans le British Medical Journal et dans un rapport déposé le 4 juin dernier à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. En présentant ce rapport, le député britannique Paul Flynn a affirmé que «cette pandémie n'a jamais vraiment existé».

Nous sommes d'accord avec cette affirmation et nous croyons qu'il est important de faire l'autopsie de cette pseudo-pandémie.

Une pandémie de la peur

Au Québec, on a eu droit à une pandémie de la peur, surtout après le décès d'un jeune Ontarien porteur du virus. En l'absence d'autopsie chez le jeune garçon en question, il était irresponsable de laisser entendre que c'était l'A(H1N1) qui avait causé ce décès.

Inquiets, de nombreux parents et enfants ont envahi les urgences des hôpitaux: la situation était telle que, quelques jours plus tard, les urgentologues de Sainte-Justine et du Children's Hospital publiaient un communiqué conjoint dans lequel ils déploraient ce qu'ils ont appelé «la psychose du H1N1» en spécifiant que «les gens doivent comprendre que c'est un microbe relativement bénin» (Le Devoir, 30 octobre 2009).

Relativement bénin, en effet: avant même le début de la campagne de vaccination, des centaines de milliers de Québécois ont été en contact avec le virus A(H1N1) 2009 et ont développé naturellement des anticorps qui les ont protégés et qui les protégeront contre ce virus s'il est encore présent à l'automne 2010, ici ou ailleurs dans le monde. La campagne massive de vaccination, à laquelle ont participé plus de quatre millions de Québécois, est arrivée trop tard, a coûté cher et n'était pas justifiée scientifiquement.

«Dispersion» n'égale pas «pandémie»

Si on ne se fie qu'à la dispersion géographique des virus pour définir une pandémie mondiale, on peut dire qu'il y a annuellement plusieurs pandémies de divers types d'influenza. Cependant, «virus» n'est pas équivalent à «maladie», et dispersion du virus n'égale pas «pandémie». Entre le virus et la maladie, il y a la capacité du système immunitaire des gens à composer avec le virus: dans le cas de l'A(H1N1), les données dont on disposait, à la fin de l'été 2009, permettaient d'affirmer que la très grande majorité des gens n'avaient rien à craindre de ce virus.

En mai 2009, cependant, l'OMS avait adopté un nouveau système de catégorisation des pandémies basé sur le critère de dispersion géographique et mettant de côté le critère de virulence (maladies graves, décès). C'est sur cette base que, le 11 juin 2009, l'OMS déclenchait une alerte planétaire en annonçant qu'on était en situation de «pandémie mondiale» d'A(H1N1): ce que l'OMS n'a pas dit, toutefois, c'est que, si elle avait appliqué sa nouvelle grille de catégorisation aux années antérieures, elle aurait dû déclarer une pandémie d'A(H1N1) ou d'A(H3N2) chaque année!

Il aurait été plus logique et fidèle à la tradition médicale de conserver dans la définition une référence à un nombre inhabituellement élevé de personnes très malades ou décédées. Selon ce critère, on n'avait pas affaire à une pandémie en 2009, mais bien à une épidémie comparable à l'épidémie de grippe saisonnière, et ce, même si le virus s'est répandu plus rapidement.

Un virus relativement bénin

Armées de plans de pandémies conçus pour des virus beaucoup plus dangereux et confondant «principe de précaution» et «précipitation», les autorités de santé publique ont commandé aux compagnies pharmaceutiques des centaines de millions de doses de vaccins.

Dans la plupart des pays, seule une minorité parmi les populations visées a choisi de se faire vacciner: aux États-Unis, c'est 25 % de la population; en France et dans le reste de l'Europe, c'est 10 % ou moins. À peu près partout, y compris au Québec, le vaccin est arrivé trop tard,

en même temps ou après la «deuxième vague» de la pseudo-pandémie. Ce fut un énorme gaspillage de fonds publics.

Facile de critiquer après coup, disent certains. «On ne savait pas avant», ajouteront-ils. C'est faux. En août 2009, on disposait de chiffres démontrant clairement que l'épidémie d'A(H1N1) 2009, en Australie, était d'une sévérité comparable à la grippe saisonnière. Durant notre été, c'était l'hiver là-bas, la saison de la grippe; l'épidémie d'A(H1N1) 2009 n'y avait pas pris une ampleur catastrophique, et ce, soulignons-le, malgré l'absence de vaccins contre la nouvelle forme de H1N1. À la fin de l'été 2009, «on savait» donc que c'était une fausse alerte.

Ce n'était pas une pandémie, mais une épidémie de grippe susceptible d'affecter certaines catégories de gens qu'on aurait pu cibler et sensibiliser à des mesures d'hygiène, en attendant qu'un vaccin soit prêt. On aurait pu prendre au Québec la décision de ne faire qu'une campagne de vaccination pour les personnes à risque et éviter un coûteux détournement de ressources financières et humaines: la vaccination de masse a privé le système de santé québécois d'une partie de son personnel qui a été affectée à la vaccination au détriment de soins jugés moins urgents. Les coûts associés à ce détournement seront-ils jamais évalués? [...]

La bactérie Clostridium difficile

Au printemps et à l'automne 2009, la grande majorité des Québécois infectés par le virus A(H1N1) ne s'en sont pas rendu compte ou, s'ils ont eu la grippe, ils sont passés à travers sans complications. Chez moins de la moitié de 1 % des personnes infectées, une hospitalisation temporaire a été requise: il y a eu 2483 cas hospitalisés au Québec entre le 30 août 2009 et le 9 février 2010. Parmi ceux-ci, 360 ont nécessité des soins intensifs et 82 sont décédés. L'âge moyen des décès était de 60 ans. On a identifié des conditions sous-jacentes (cardiopathie, maladie pulmonaire, etc.) chez 80 des personnes décédées: au final, du 30 août au 9 février, il y a eu au Québec deux cas de décès imputés à l'A(H1N1) sans identification d'une condition sous-jacente.

Pendant la même période, il y a eu quatre fois plus de décès, dans les hôpitaux québécois, des suites d'une infection par la bactérie C. difficile. En 2008-2009, en effet, le chiffre officiel est de 457 décès imputables à cette bactérie. Les médias en parlaient-ils chaque jour? Non. Pourtant, avec des taux d'environ 60 décès par million de personnes, cela correspond à quatre fois le taux de décès imputés à l'A(H1N1) en 2009. Si les autorités de santé publique du Québec avaient fait mention de tous les décès qui se sont produits dans les hôpitaux à l'automne 2009, cela aurait pu être instructif. Sur une base hebdomadaire, on aurait eu droit à des chiffres comme ceux-ci: «Cette semaine, on rapporte dans les hôpitaux 300 décès attribués au cancer, six décès attribués à la bactérie C. difficile et deux décès attribués au virus A(H1N1) 2009.» Vu comme ça — c'est-à-dire sous l'angle de la réalité —, l'A(H1N1) fait moins peur.

Les autorités de santé publique nous informaient-elles, en 2008 ou 2007, de tous les décès qui se produisaient au Québec chez des gens infectés par les virus de la grippe saisonnière? Bien sûr que non, car on ne faisait pas systématiquement des prélèvements et on ne tenait pas des statistiques aussi précises qu'avec l'A(H1N1) 2009.

Médiatisation indécente

Selon la firme Influence Communications, le poids médias de cette grippe fut en 2009 de 6,7 % au Québec, de 2,4 % au Canada et de 1,4 % dans l'ensemble de 159 pays. Presque 7 % des nouvelles, pendant un an, c'est énorme et sans précédent dans le domaine de la santé!

On a eu droit à une médiatisation indécente de la mort de toute personne infectée par l'A(H1N1) 2009, comme s'il s'agissait du seul agent infectieux en circulation au Québec. On a assisté à une psychose collective qui a été alimentée par la Direction de la santé publique, qui tenait à la réussite de sa mégacampagne de vaccination. Les médias, pour la plupart, ont agi comme des amplificateurs d'une perception du risque totalement déformée: c'était comme si la mort venait d'être inventée!

L'influence de l'industrie pharmaceutique

Espérons qu'à l'avenir les autorités sauront garder leur calme et leur objectivité scientifique lorsqu'une nouvelle forme d'influenza se pointera le bout des antigènes: avant de signer de juteux contrats avec les fabricants de vaccins, les autorités devraient se montrer plus critiques envers le discours de certains scientifiques dont les recherches sont financées par l'industrie. Lorsque l'analyse de la situation est biaisée, l'invocation du principe de précaution est irrecevable. On ne peut pas justifier n'importe quoi, à n'importe quel prix, en invoquant l'idée de prudence.

Si on en juge par le rapport déposé récemment au Conseil de l'Europe, il est clair qu'au sein de l'OMS, certains conseillers étaient en situation de conflit d'intérêts. Nous ne pensons pas que les autorités sanitaires québécoises et canadiennes soient vaccinées contre ce genre d'influence. Il s'agit là d'un phénomène qui a pris, ces dernières années, une réelle ampleur... pandémique!

***

Richard Gendron - Anthropologue spécialisé en santé/environnement
Pierre Biron - Médecin retraité et ancien professeur de pharmacologie à l'Université de Montréal
Marc Zaffran - Médecin et chercheur invité au Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal
 
10 commentaires
  • - Abonné 12 juin 2010 09 h 31

    Bravo ! Enfin !

    J'aurais cru impensable qu'on puisse berné la planète entière de cette façon. J'ai colligé tout au cours de cette « crise » nombre d'inepties autour de cette pseudo pandémie : http://jyp.byethost22.com/h1n1.php

    Et le jour où il y aura véritablement pandémie...

    Et vous connaissiez cet accord entre l'OMS et l'AIEA (Agence Internationale pour l'Energie Atomique dont l'objectif est de promouvoir l'usage de l'énergie nucléaire), signé le 28 mai 1959, qui exige que «chaque fois que l'une des parties se propose d'entreprendre un programme ou une activité dans un domaine qui présente ou peut présenter un intérêt majeur pour l'autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d'un commun accord».

    L'OMS, un organisme crédible ?

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 12 juin 2010 09 h 44

    Peut-on compter sur nos gouvernements pour bien nous informer?

    Je suis très sceptique sur la capacité des gouvernements à publier des post-mortem de qualité sur leurs propres actions reliées à la grippe H1N1, notamment sur les effets de prévention et les coûts de la campagne de vaccination. Dans le cas de la performance de l’OMS, on commence à avoir une meilleure idée grâce aux pressions politiques exercées par certains pays d’Europe. Ici au Canada, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux sont peu enclins à la transparence ainsi qu’à produire et publier des analyses de qualité.

    Un bon exemple de cette absence de transparence est le rapport du Dr. Arlene King, Médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, publié la semaine dernière. Voir http://www.health.gov.on.ca/fr/public/publications Ce document est beaucoup trop politique et beaucoup trop plein de congratulations gratuites.

    Une des aspects de cette période qui est très important et qui a été négligé dans le rapport de l’hygiéniste en chef de l’Ontario est l’efficacité des programmes de prévention dont, tout particulièrement, le programme national de vaccination. Est-ce que le vaccin a été efficace pour réduire le taux de décès et d’hospitalisation? Est-ce qu’en ayant obtenu un taux de vaccination supérieur, on aurait pu réduire en Ontario et dans le reste du Canada, les effets de la grippe H1N1? Les données canadiennes ne permettent pas voir de plus faibles taux de décès dans les provinces qui ont des taux de vaccination significativement plus élevés. Ainsi, l’Ontario a un des plus petit taux de décès avec un des plus petit taux de vaccination. Par contre le Québec et les provinces de l’Atlantique ont, à la fois, de des taux de décès et de vaccination relativement élevés.

    Il est intéressant de souligner que, selon un des tableaux présentés dans le rapport de l’hygiéniste en chef de l’Ontario, que le sommet de la deuxième vague de la grippe H1N1 a été, en Ontario, entre le 25 octobre et le 7 novembre 2009. Comme la campagne de vaccination n’a commencé que le 26 octobre 2009 et comme celle-ci a durée au moins deux mois, il n’est donc pas surprenant que le vaccin ait eu un effet très limité au niveau de la prévention contre le virus de cette seconde vague. Le vaccin serait arrivé trop tard pour avoir un effet important. Ce point a été ignoré dans le rapport de l’hygiéniste en chef de l’Ontario.

    Un des effets néfastes de cet épisode est que de nombreux Canadiens ont perdu un certain niveau de confiance dans les autorités gouvernementales en charge des programmes d’immunisation. Ce n’est pas en lançant des hourras que cette perte de confiance se résorbera.

    Voir également : Faire un bon bilan de la campagne de vaccination, http://www.asdeq.org/activites/comite-politiques-p

  • novis - Inscrit 12 juin 2010 10 h 45

    espérons?

    Merci pour cet article. Mais peut-on espérer mieux comme réponse que: "espérons qu'à l'avenir on garde son calme"?

    Si effectivement des bandits ont pu imposer à des pays entiers de grosses dépenses en vaccins inutiles, n'y a-t-il pas lieu de passer à l'action, d'enquêter (comme l'avait promis l'OMS), de poursuivre, d'investiguer s'il y a eu collusion avec nos gouvernements, ou avec nos médecins, voire avec notre système médiatique?

    Quand je pense aux propos du Dr. Fernand Turcotte concernant les perscriptions faussement préventives (et massives) de médicaments pour les maladies du coeur, quand je regarde la situation à travers la lorgnette des propos de Alain Deneault dans "Offshore", il me semble que la situation mérite qu'on y regarde de très près. On a peut-être affaire au grand frère de notre scandale de la construction.

  • Jacques Morissette - Inscrit 12 juin 2010 18 h 44

    Les pharmaceutiques n'ont pas que notre bonne santé dans leur mire.

    IL y a beaucoup de recherches qui sont subventionnées par les compagnies pharmaceutiques. Ces recherches aboutissent tout dépendant des conclusions de celles-ci. Il y a même certains médicaments dont on mesure plus les effets négatifs sur la santé que les effets positifs. Quand il n'y a pas trop d'effets négatifs, on le met sur le marché avec la complicité pour ou moins tacite des gouvernements.

  • Guillot Sophie - Inscrite 13 juin 2010 06 h 12

    BRAVO AU DEVOIR, journal libre et indépendant d'information !

    http://www.ledevoir.com/2009/08/06/261824.html

    A(H1N1): des «antivaccination» crient au complot sur Internet
    (publié le 6 août 2009 )

    Cet article change agréablement du ton de l'été passé au Devoir... et on ne peut pas dire ON NE SAVAIT PAS ...

    SI ON SAVAIT ET PAS QU'UN PEU ! Les "anti vaccinations" avaient largement lancé l'alerte l'été passé... pas pour rien semble t il .

    Sophie GUILLOT. FRANCE