Idées - Abolition du Conseil de la science et de la technologie du Québec - Une politique de l'ignorance?

Depuis qu’il est devenu ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty a fait une priorité de la création d’une commission canadienne des valeurs mobilières.
Photo: Agence Reuters Blair Gable Depuis qu’il est devenu ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty a fait une priorité de la création d’une commission canadienne des valeurs mobilières.

Assemblée nationale étudie actuellement, pour adoption avant la fin de la session, le 10 juin prochain, le projet de loi 104 qui prévoit l'abolition du Conseil de la science et de la technologie du Québec (CST). Cette décision est irresponsable: elle prétend faire des économies faciles sur le dos de la société du savoir et de notre avenir collectif.

La principale fonction du CST est de conseiller le ministre responsable de la recherche et du développement (présentement, le ministre du Développement économique de l'Innovation et de l'Exportation) «sur toute question relative à l'ensemble du développement scientifique et technologique du Québec. À cette fin, le Conseil doit périodiquement faire rapport au ministre sur l'état et les besoins de la recherche et de la technologie». Il s'agit d'une nécessité reconnue par la vaste majorité des pays occidentaux, qui se sont eux-mêmes dotés de structures équivalentes.

Indépendance

Du point de vue démocratique, un des traits essentiels du CST réside dans l'obligation que lui fait la loi de rendre publics ses avis. Le CST joue ainsi un rôle d'éducation inestimable et oblige, ce faisant, le gouvernement à s'expliquer sur ses orientations. La grande force du CST, c'est son indépendance. Comme ses avis sont publics, le Conseil est garant de rapports continus entre la science et la société. L'avantage qu'en tire le gouvernement, c'est celui d'un accès direct aux grandes orientations de la science et de la technologie contemporaines et à une connaissance fine de l'état de notre potentiel.

On justifie l'abolition du Conseil par la nécessité de faire des économies. Or, sachant que les employés du CST, déjà payés par l'État, seront intégrés dans la fonction publique québécoise, on peut évaluer que ces économies ne dépasseraient pas les 500 000 $ par année. 500 000 $... Voilà donc ce que le gouvernement voudrait épargner, avec en prime un droit à l'ignorance. En fait, le gouvernement veut économiser... sur le dos du savoir!

On suggère, dans certaines officines gouvernementales, que le Conseil serait remplacé par un comité maison, qui, périodiquement, conseillerait le ministre en matière scientifique. On comprend immédiatement les limites de cet expédient. On fait ce qu'on veut des discrets conseils d'alcôve alors que le devoir imposé au Conseil d'émettre des avis publics leur confère une garantie de sérieux et de transparence.

Coûts en hausse

Privé d'avis de haut niveau dont il a par ailleurs besoin, le ministre comprendra rapidement la nécessité de se faire conseiller par des experts externes. Les coûts des contrats d'expertise viendront ainsi augmenter bientôt les dépenses de l'État, car les firmes d'experts ne travaillent pas bénévolement, contrairement aux centaines de personnes qui ont servi en tant que membres du CST ou dans ses dizaines de comités spécialisés depuis plus de 30 ans.

On peut légitimement se demander quel intérêt le Québec peut trouver à se départir d'une instance jugée nécessaire dans la plupart des pays avancés à travers le monde. L'ignorance volontaire de l'État, ce serait l'aveuglement de tous. Refusons l'abolition du Conseil de la science et de la technologie. Refusons de nous appauvrir, car le savoir est la nouvelle richesse des nations.

***

Ont signé ce texte: Pierre Noreau (président de l'Acfas), Camille Limoges (ancien président de l'Acfas et ancien président du CST), Robert Dalpé (professeur au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie) et Pierre Doray (directeur du CIRST et professeur à l'UQAM).

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7 commentaires
  • Minona Léveillé - Inscrite 7 juin 2010 10 h 08

    Pour quelques dollars

    Abolir le Conseil de la science et de la technologie du Québec pour éconimiser 500 000$ c'est comme renoncer à acheter un extincteur et un détecteur de fumée pour économiser quelques dollars.

    Tout comme un incendie, le prix de l'ignorance est toujours plus élevé qu'on pense. Pour le peuple bien sûr car pour le Parti Conservateur, dont plusieurs membres sont créationistes, l'ignorance scientifique est un bienfait puisqu'elle rend plus réceptif aux discours cherchant à exliquer les choses par le surnaturel plutôt que la connaissance.

    La science ne dispraîtra heureusement pas à la suite de cette décision mais cette dernière est une illusration de plus du mépris que le PC entretient envers la science et le Québec. Ne renonçons jamais à réfléchir.

  • Bernard Terreault - Abonné 7 juin 2010 10 h 10

    Pas étonnant

    Ce que les gouvernements pourris (de Bush à Haper à Charest) ne veulent surtout pas ce sont des avis indépendants. Ils préfèrent donner des contrats lucratifs à des "consultants" qui leurs disent exactement ce qu'ils voulaient entendre.

  • Daniel Faucher - Abonné 7 juin 2010 10 h 22

    Déprimant...

    Depuis des mois, l'actualité nous apprend que beaucoup d'argent coule à gauche et à droite parce que le gouvernement s'est départi, dans les grandes villes comme dans les ministères, de sa propre expertise pour développer les cahiers des charges, contrôler les appels d'offres et avoir un oeil sur la réalisation des contrats - en voirie, en informatique, etc. Les résultats sont souvent médiocres et en dehors des objectifs visés même si on a payé très cher. Les auteurs de l'opinion ci-haut nous informent que le gouvernement du Québec s'apprète à utiliser la sous-traitance pour répondre à ses besoins d'orientation «sur toute question relative à l'ensemble du développement scientifique et technologique du Québec». Après tout ce que les citoyens québécois ont vu depuis 15 à 18 mois, comment peuvent-ils penser un instant que la société sera mieux servie par une coupure des fonds à un organisme qui a, jusqu'ici, fait un travail sérieux. Déprimant, vraiment déprimant!

  • Caroline Bergeron - Inscrit 7 juin 2010 10 h 29

    Une promesse non tenue

    N'oublions pas que le gouvernement Charest avait promis de consacrer 3% (non atteint) de son budget à la R

  • André Lacombe-Gosselin - Abonné 7 juin 2010 11 h 16

    Le début et la suite éventuelle...

    Après le CST, ce sera le CSÉ (Conseil supérieur de l'Éducation), le CLF ou l'OLFQ (Conseil de la Langue Française / Office de la Langue Française) et quoi d'autre ... des économies de bouts de chandelles, rien d'autre que des subventions déguisées aux "tits-zamis" libéraux et de la poudre aux yeux des citoyens acheminés subtilement vers la "Grande Noirceur" si chére $$ (sic) aux conservateurs et aux libéraux à courte vue du Québec.