Turcot: leadership demandé

La table est mise pour un long débat entre le ministère des Transports du Québec, tenant d'une solution classique et économique, et la Ville de Montréal, qui met en avant des questions d'urbanisme, de transport en commun et de qualité de vie. Un débat dont les enjeux touchent tout le Québec et qui risque de s'enliser faute de véritable leadership, alors que le temps nous est compté...

Deux visions très différentes s'affrontent. Le ministère des Transports du Québec présente un projet axé sur la fluidité de la circulation et la facilité de réalisation. La Ville de Montréal contre-attaque avec un projet séduisant, mais peu crédible. Un affrontement stérile dont les citoyens et l'économie de Montréal et du Québec risquent de faire les frais.

Nous sommes à l'ère du développement durable. Cela signifie qu'un projet comme Turcot doit être examiné en fonction de paramètres économiques, sociaux et environnementaux. Un échangeur, même stratégique, ne peut être conçu en fonction de la seule efficacité autoroutière, à plus forte raison lorsqu'il est situé en pleine ville. Chacun de nous, et en premier lieu les ingénieurs, doit en prendre acte.

Préoccupations

Le gouvernement du Québec compte largement sur le transport en commun pour atteindre ses cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) de 20 % d'ici 2020. Dans le Grand Montréal, toutes les initiatives en ce sens ont remporté des succès qui ont dépassé les attentes et plusieurs autres investissements sont prévus. Il est donc normal de miser sur le transport en commun pour réduire l'utilisation de l'automobile dans l'axe est-ouest, désengorger le centre-ville et réduire les émissions de GES largement dues au transport routier.

Faut-il pour autant réduire la capacité de l'échangeur dans cet axe? Pas avant d'avoir constaté l'efficacité des mesures substitutives. Par ailleurs, les pertes économiques liées aux bouchons de circulation dans le Grand Montréal atteignaient 1,4 milliard de dollars en 2003. Améliorer la fluidité de la circulation est un objectif légitime, d'autant plus qu'il serait possible de restreindre l'accès aux automobiles par d'autres moyens.

Montréal veut limiter l'emprise de l'échangeur au sol pour récupérer et mettre en valeur des terrains à fort potentiel de développement. Ces terrains pourraient, en définitive, générer des investissements bien supérieurs au coût supplémentaire engendré. Montréal s'inquiète également de l'utilisation massive d'énormes talus sur la trame urbaine. Ces préoccupations sont très légitimes et doivent être, elles aussi, prises en compte dans la conception du nouvel ouvrage, même si elles en augmentent le coût direct.

Du leadership

Les enjeux soulevés par la reconstruction du complexe Turcot dépassent de beaucoup la problématique de l'échangeur autoroutier. Ils nécessitent une vision d'ensemble, une vision de développement durable qui touche l'organisation des transports et le développement socio-économique du Grand Montréal. L'intervention des plus hautes instances du gouvernement du Québec est nécessaire pour concilier de tels enjeux. Il s'agit, ne l'oublions pas, de la métropole du Québec et de la moitié de sa population!

Le leadership de Québec est d'autant plus important que le temps presse. L'ouvrage actuel est fortement dégradé et artificiellement maintenu en vie. Nous sommes convaincus que le ministère des Transports du Québec prend très au sérieux sa responsabilité d'assurer la sécurité des usagers et qu'il n'hésitera pas à fermer des sections de l'ouvrage en cas de doute. Mais combien de temps pourra-t-on maintenir la capacité intégrale de cet ouvrage hautement stratégique?

Nous exhortons le gouvernement, la Ville de Montréal et les groupes qui participent au débat actuel à tenir compte de cette réalité: les jours de l'ouvrage actuel sont comptés. Il faut en arriver rapidement à une solution et entreprendre les travaux de reconstruction au plus tôt. Pour ce faire, il faut s'entendre dès que possible sur un projet qui ralliera un maximum de partenaires. Un projet porteur d'avenir. C'est cela aussi, le développement durable.

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Maud Cohen - Présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec

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1 commentaire
  • Michelle Bergeron - Inscrit 2 juin 2010 02 h 01

    La sécurité doit être prioritaire

    Le 450 doit faire pression pour que Montréal ne soit plus le seul centre pour bien des organismes. Vivre en région nécessite une automobile et quand il est obligatoire de faire 60-100 kilomètres pour obtenir exemple des services de santé il faut décentraliser ce système. A lire les arguments pour réduire l'espace pour voiture en plus quand de 1990-2000 les camions ont doubler et depuis ils augmentent de 15% par année et des autobus tous très polluants. Les OSBL on n'a pas voter pour ça. S'il-vous-plait agissez et pensez que la fluidité réduit la pollution aide à améliorer la qualité de l'air et la santé des citoyens.