Église et orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus - Des choix difficiles à faire

L’orgue est menacé par la mise en vente de l’église en juillet prochain.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’orgue est menacé par la mise en vente de l’église en juillet prochain.

Depuis quelques jours, le patrimoine religieux est au cœur de l'actualité. C'est pourquoi je souhaite apporter un éclairage supplémentaire sur le rôle du ministère à ce sujet.

D'abord, précisons une chose: croire que nous sommes indifférents ou négligents quant à la protection du patrimoine culturel québécois est une erreur. En Amérique du Nord, le Québec est un chef de file en cette matière. À l'heure actuelle, ce sont plus de 10 000 biens immobiliers — dont certains très imposants — qui sont protégés par le gouvernement. Et j'ose dire que nos programmes d'aide comptent parmi les plus généreux à l'échelle du continent.

J'ajoute que le patrimoine religieux fait l'objet d'une attention toute particulière de notre part. Depuis 1995, le ministère a investi plus de 220 millions de dollars dans la restauration et le recyclage de nombreux biens religieux. Parmi ceux-ci, on compte 1000 lieux de culte, presbytères, ensembles institutionnels et cimetières. Il faut savoir que le patrimoine religieux du Québec est littéralement immense. Il est impossible de tout protéger. Nous devons faire des choix en fonction de la valeur historique des biens religieux et de la capacité de payer des contribuables.

En ce qui concerne la problématique soulevée par l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, je souligne qu'elle ne présente pas les caractéristiques qui en font un bien culturel d'intérêt national. Sa seule conservation nécessiterait des investissements de plusieurs millions de dollars. Il y a deux ans, sa fermeture au culte a été annoncée par la Fabrique. Quant à son orgue, personne ne remet en cause sa valeur. Il importe néanmoins de rappeler que le Québec possède actuellement un corpus de plus de 60 orgues protégés par la loi.

Mon rôle est de protéger les biens exceptionnels au bénéfice de l'ensemble de la société, et je m'y applique avec tout le discernement et toute l'attention dont ils sont dignes. Leur sauvegarde repose aussi sur une responsabilité partagée par les diocèses, les paroisses, les autorités régionales, les municipalités et la population. Mon ministère est d'ailleurs prêt à accompagner ces partenaires lorsqu'on désire changer la vocation des églises ou des édifices religieux. C'est ainsi que plus d'une quinzaine d'ententes ont été conclues entre le ministère et des diocèses afin d'aider ceux-ci dans leurs démarches.

Dans les faits, il nous arrive parfois de devoir faire des choix difficiles, mais nous sommes à tout moment guidés par des critères rigoureux et par un désir ardent et constant: transmettre ce précieux héritage aux futures générations.

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Christine St-Pierre, Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
4 commentaires
  • Airelle - Inscrit 21 mai 2010 09 h 01

    Opinions

    Je croyais, tout bêtement, que les opinions, lettres, étaient la tribune des lecteurs qui ne disposent pas d'autre lieu pour se faire entendre. Comment se fait-il que tant de ministres et de personnalités publiques se servent des tribunes en plus de toutes les autres tribunes médiatiques dont ils jouissent déjà?

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 21 mai 2010 09 h 11

    J'en appelle aux musiciens

    Madame la Ministre ne semble pas faire la différence entre les 60 autres orgues et cet orgue exceptionnel. C’est comme si quelqu’un disait: "j’ai déjà suffisamment d’armoires à glace comme ça, pourquoi je garderais une armoire pointe à diamant quand je peux faire une bonne affaire?"

    Je le répète, imaginons le concerto no 3 pour orgue de Camille Saint-Säens, dirigé par Kent Nagano, avec un tel orgue! ce serait pure merveille…

  • Francine Nguyen-Savaria - Inscrit 21 mai 2010 20 h 33

    Avis d'une jeune organiste

    En lisant le commentaire de Monsieur Guimont, « J'en appelle aux musiciens », je me suis sentie interpellée. Je vous fais donc parvenir par cette tribune - une tribune du web parmi tant d'autres - mon humble avis d'organiste.

    Les organistes québécois reconnus sont pour ainsi dire tous issus de l'école néo-classique. Cette école privilégie les sonorités de l'orgue classique, une esthétique du XVIIIe siècle. Lorsqu'on leur demande quels sont les instruments à protéger à Montréal, nombre d'entre eux penseront sans doute à des instruments classiques (tels celui du Grand Séminaire de Montréal), baroques (église de l'Immaculée-Conception) ou néo-classiques. Peut-être n'aurait-t-on pas pensé à l'instrument de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus s'il n'était pas menacé. Comment un instrument si imposant, si puissant, si aimé (les élèves de l'Université McGill et du Conservatoire de musique de Montréal y prenaient leurs leçons) des institutions et des concertistes aurait-il pu être menacé?

    L'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus est un instrument extraordinaire, l'un des plus beaux exemples de l'orgue symphonique. Symphonique, dis-je. En effet, cet orgue veut imiter la puissance et la diversité des timbres d'un orchestre. Nul besoin d'être connaisseur pour se rendre compte qu'il y réussit très bien. De nombreux organistes, d'école néo-classique ou non, sont de mon avis. Un jeune organiste québécois, probablement le premier à avoir joué en un concert l'intégrale de l'œuvre pour orgue du compositeur Maurice Duruflé, a choisi l'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus pour cette première. Régis Rousseau y a enregistré un disque en compagnie du ténor Marc Hervieux. Il y aura sans l'ombre d'un doute des voix d'organistes beaucoup plus connus que moi pour s'élever !

    L'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus ne se contente pas d'être d'esthétique symphonique, il est de taille impressionnante. Je me rappelle ma première leçon d'orgue sur cet instrument. J'avais bien vérifié que le maître n'y soit pas avant de tirer tous les jeux et plaquer un accord. J'en avais sursauté... et pourtant, je m'attendais à de la puissance. Ce n'est pas peu dire.

    Je suis consciente du peu d'importance que le diocèse de Montréal accorde à cet instrument (et probablement à nombre d'instruments). Il est vrai que pour accompagner certains chants, un petit orgue de rien suffit. Cependant, cet orgue, parce qu'il est d'esthétique symphonique, incarne l'harmonie du monde: les timbres les plus puissants se marient aux plus doux pour créer un équilibre parfait... tant qu'il y a encore un orgue.

    Si cet orgue devait partir pour Toronto malgré les protestations, j'aurai la très mince consolation de penser qu'il sera mieux traité, entretenu et apprécié tous les dimanches dans une cathédrale ontarienne qu'il ne l'aura été à Montréal durant les 10 dernières années.

  • Pierre Jeanbart - Inscrit 11 octobre 2010 10 h 08

    DEPLACER LES ORGUES

    SI ON DOIT DÉPLACER LES ORGUES ( CECI SEMBLE OCCASIONNER DES
    COÛTS) POURQUOI NE PAS LES INSTALLER DANS LA NOUVELLE SALLE DE CONCERT DE L'OSM. SELON LA MAQUETTE IL Y EN AURAIT UN .
    UN AUTRE PRESTIGE À CETTE NOUVELLE SALLE.
    PIERRE JEANBART