La morale sexuelle catholique

Les propos du cardinal Ouellet me désolent profondément. Il y a plus de cinquante ans que, personnellement, je n'adhère plus à cette conception particulière du monde. Mais ce qui me scandalise surtout, c'est de constater que l'Église s'enlise dans ses contradictions et gâche la qualité de vie religieuse de ses fidèles en les entraînant dans son fondamentalisme.

Notre société contemporaine et démocratique se donne comme valeurs de base la tolérance, la liberté d'expression et l'égalité entre les femmes et les hommes. En outre, elle reconnaît la diversité des pratiques sexuelles, y compris l'homosexualité et le mariage entre personnes du même sexe. On ne peut pas dire, en toute bonne foi, que l'Église catholique est un modèle de démocratie, qu'elle favorise l'égalité entre les femmes et les hommes, la tolérance et la liberté d'expression.

La conception catholique fondamentaliste de la sexualité veut qu'elle vise dans son essence même la reproduction, à l'intérieur du cadre marital, augmentant ainsi à l'infini le nombre des serviteurs et des servantes de Dieu. Ainsi seraient contre nature la masturbation, la contraception comprenant le condom, les relations sexuelles hors mariage, la fellation, l'amour libre, la séparation ou le divorce, l'homosexualité, l'avortement, etc.

Morale sexuelle catholique

Le concile oecuménique Vatican II commencé en 1962 avec le pape Jean XXIII allait vers une modernisation de la morale sexuelle catholique, notamment en se questionnant positivement sur les différentes et les nouvelles méthodes contraceptives. Mais en 1965, le pontife Paul VI met fin à cet espoir. Depuis, avec des chefs comme Jean-Paul II et Benoît XVI, l'Église s'éloigne de ses fidèles en ce qui concerne la morale sexuelle.

Bien des catholiques se donnent du plaisir en se masturbant, vivent une relation conjugale et ont des enfants sans être mariés, ou bien font l'amour en utilisant une méthode contraceptive, ont parfois eu recours à l'avortement, ou ont mis fin à un mariage malheureux pour retrouver la joie de vivre.

Quels cardinaux canadiens ou québécois osent reconnaître officiellement cette réalité? Quels archevêques cherchent ouvertement à intégrer au catholicisme des valeurs fondamentales, démocratiques et contemporaines comme l'égalité entre les sexes et des orientations érotiques? Quels évêques pensent tout haut que l'Église devrait cesser de diaboliser la sexualité pour enfin l'apprivoiser comme une dimension normale de notre humanité? Quels prêtres catholiques réclament l'accès à la vie conjugale et familiale comme un droit compatible avec le désir d'embrasser la profession cléricale? Quels mâles dans cette hiérarchie exigent que leur communauté de foi se fonde aussi sur l'égalité entre les femmes et les hommes?

Culpabilité


La sexualité peut prendre diverses significations. En fait, on pourrait plutôt penser que la sexualité est neutre au départ: ni bonne ni mauvaise en soi. C'est nous, en l'exerçant, qui lui donnons un sens. En imposant de croire que la sexualité doit servir essentiellement à la reproduction, l'Église dépossède ses fidèles d'un pouvoir intime et inaliénable: attribuer à leurs activités sexuelles un sens personnel, significativement en lien avec leur vécu du moment ou leur mode de vie.

Malheureusement, la morale sexuelle catholique traditionnelle (y en a-t-il une autre?) met davantage l'accent sur la culpabilité que sur la responsabilité. Est-ce parce que la responsabilité de la qualité de sa vie se conjugue avec la liberté de décider de ses actes? Les propos du cardinal Ouellet renvoient à une morale sexuelle en forte contradiction avec les valeurs fondamentales de la société québécoise ou canadienne contemporaine.

Heureusement, l'État reconnaît davantage que l'Église que nous sommes des personnes responsables de la signification et de la qualité à donner à nos conduites sexuelles, avec et dans le respect et la tolérance de la liberté des autres. C'est pour cette raison que je tiens à la laïcité et au pluralisme de notre société et que je refuse le fondamentalisme, peu importe la religion dont il provient.

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Michel Lemay - Sexologue et doctorant en philosophie à l'Université de Sherbrooke
8 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 19 mai 2010 07 h 05

    Ouf, la morale...

    Quand on pense que cette engeance mentale s'autoproclame exclusive détentrice de la "morale". L’immoralité religieuse, assez, c’est assez…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/01/16/un-cri-

    Entrons dans le siècle, une bonne fois…
    Paul Laurendeau

  • T. Julien - Inscrit 19 mai 2010 08 h 18

    Immorals les moralistes...

    Venant d'un représentant de l'Église Catholique, il est plutôt abérant d'entendre de telles condamnation concernant l'avortement et les femmes.

    Ce sont pourtant ces gens là (prêtres etc.) qui ont pendant des années jusqu'à aujourd'hui, protégés tous les pédophiles à l'intérieur de leur secte et ce, au détriment des enfants victimes de ces 'moralistes'.

    Ils n'ont absolument aucune leçon à donner à quique ce soit ces "immorals moralistes" extrémistes...

  • Jacques Légaré - Inscrit 19 mai 2010 08 h 46

    La perversion sexuelle chrétienne

    Les propos de Michel Lemay sont tout à fait corrects. Ils cernent parfaitement le déphasage catholique par rapport à la modernité. Mais il y a plus encore.

    En fait, la morale catholique est, en elle-même, une perversion. Je dis bien une perversion. Au sens strict de ce mot, il s'agit d'un mal qui s'affiche comme un bien, comme par exemple un parent qui violente un enfant pour le corriger, pour son bien... C'est l'inversion de la valeur qui crée la perversion.

    En fait, la morale catholique est sadique-contrôlante. Se contrôler à tel point qu'on mutile soi-même une part de son humanité, dans ce cas-ci sa sexualité. Tertullien le bon chrétien poussa cette perversion chrétienne en se châtrant, et tous les autres religions en devenant chaste avec la misère sexuelle qu'on leur connaît.

    C'est le sexologue et médecin John Money (1939-2006) qui dans son volume de fin de carrière «Lovemaps» (Petite bibliothèque Payot) qui fit le tour des 47 paraphilies (goûts et préférences) que notre imaginaire nous propose et qui se fixent dans notre comportement, et quelques fois d'une façon tragique.

    John Money reprochait justement aux religions, outre leur propre pathologie sexuelle, de bloquer les fonds à la recherche sexologique dans les universités américaines. Ces recherches nous auraient grandement aider à traiter les paraphilies douloureuses et socialement condamnables.

    Voilà pourquoi le gouvernement du Québec, en maintenant la partie «Culture religieuse» dans le cours d'Éthique participe, sans trop sans rendre compte, au maintien dans le coeur des jeunes québécois dans la pathologie sexuelle des religions qui afflige encore tant de croyants, voire des non croyants éduqués dans ces écoles, aux prises avec les perversions chrétiennes en matière de sexualité.

    Souvenons-nous que la Vierge et le Christs sont asexués. Ce sont en fait des personnages littéraires pervers. Il est temps qu'on se réveille et qu'on se le dise

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique, né 1948,
    Professeur (retraité) d'Histoire, d'Économique et de Philosophie
    Http://oeuvres-de-jacques-legare.iquebec.com/

  • Nestor Turcotte - Inscrit 19 mai 2010 09 h 01

    Lectures...

    Pour compléter vos lectures:

    Guy Durand est un théologien et juriste québécois, spécialisé en éthique, né en 1933[1]. Il est également professeur émérite de l'Université de Montréal. Après des études en droit et en sciences religieuses au Québec, Guy Durand a poursuivi sa formation à Lyon (doctorat en théologie) puis à Münster (langue et théologie) et à Paris (éthique médicale). Le professeur Durand a travaillé dans plusieurs postes à l'Université de Montréal : d'abord à l'Institut supérieur de sciences religieuses puis à la Faculté de théologie et de sciences des religions.

    Je vous suggère de lire trois ses ouvrages:

    Sexualité et foi : synthèse de théologie morale, éditions Fides, coll. « Héritage et projet » no 19, Montréal, 1977, 426 p.

    Quel avenir ? : Les enjeux de la manipulation de l'homme (avec la collaboration de Viateur Boulanger), éditions Leméac, coll. « Quelle ? », Montréal, 1978, 257 p.

    Introduction générale à la bioéthique : histoire, concepts et outils, éditions Fides, Saint-Laurent (Montréal), et éditiosn du Cerf, Paris, 1999, 565 p.

    Aussi, venant de France, de François de Muizon, père de quatre enfants.
    François de Muizon, agrégé de philosophie, maître en théologie, enseigne l'éthique à l'Institut catholique de Lyon et la philosophie en classe préparatoire au lycée des Chartreux. Son très beau livre HOMME ET FEMME L'ALTÉRITÉ FONDATRICE est un chef-d'oeuvre.

    Et ce lien, en terminant, où Martin Blais (professeur émérite de philosophie de l'Université Laval) parle de Thomas d'Aquin, le plaisir et la sexualité.

    http://ethicpedia.org/IMG/pdf/Thomas_d_Aquin_le_pl

    Bonne lecture.

  • Gilbert Troutet - Abonné 19 mai 2010 09 h 31

    Des pontifes d'un autre âge

    Même si j'ai été élevé dans la foi catholique, il y a longtemps que je n'écoute plus ces pontifes d'un autre âge, qui prêchent la morale et la vertu, mais se comportent comme des goujats quand il s'agit d'assumer leurs reponsabilités (dans les cas de pédophilie notamment). On ne peut pas être en même temps contre l'avortement et contre la contraception. Enseigner la sexualité aux jeunes et pratiquer une contraception intelligente sont à mon avis des attitudes plus responsables et plus humaines que de cacher le sexe sous des soutanes. Il faut cesser de prêter l'oreille à ces prélats qui n'ont à mes yeux aucune légitimité. Par quel «mystère» accèdent-ils à ces fonctions de pouvoir? Comme les rois de jadis, ils sont là, disent-ils, par la volonté de Dieu. Le leur évidemment.