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Journée internationale des sages-femmes - Il est venu le temps... d'accoucher

Au cours des dernières semaines, il a été question dans les médias de notre région de l'avancement du dossier sage-femme dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le CSSS de Chicoutimi continue de n'offrir qu'une seule avenue: l'accouchement pratiqué par sage-femme à l'intérieur des murs de l'hôpital de Chicoutimi. Malheureusement, cette situation est courante un peu partout au Québec.

Des comités de citoyens aux quatre coins du Québec réclament des services de sages-femmes. Et aux quatre coins du Québec, on se bute à de la résistance. D'où provient-elle? Impossible de remonter formellement à la source; on peut seulement utiliser notre imagination. Comment prend-elle forme? Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme ailleurs au Québec, elle prend forme par des Agences régionales de la santé et des services sociaux qui disent collaborer mais qui, en réalité, ne déposent aucun projet concret, ne prennent aucun engagement formel.

Elle se manifeste également par des CSSS qui se disent ouverts à l'arrivée des sages-femmes, mais qui imposent des contraintes qui vont à l'encontre du Code des professions et de la loi sur la pratique sage-femme, pire encore, qui disent développer des services de sages-femmes alors que ces dernières ne sont même pas invitées à siéger au comité de travail, si comité il y a. Jamais on n'utiliserait pareille méthode si on parlait de pharmaciens ou de dentistes!

Économie potentielle

L'Agence de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean annonçait publiquement le 18 septembre 2008 qu'elle passait «de la théorie à la pratique avec un projet concret sur l'intégration des sages-femmes et les façons de concilier les intérêts de tous». Il y a de cela près de 20 mois déjà! Qu'a fait l'Agence depuis septembre 2008? Quels engagements ont été pris? La population du Saguenay-Lac-Saint-Jean attend encore, comme dans bien d'autres régions au Québec.

Le rapport final du Conseil d'évaluation des projets pilotes mentionnait une économie, en 1997, d'environ 1000 $ par accouchement pratiqué en maison de naissance, lorsque comparé à un accouchement pratiqué en centre hospitalier. Comment justifier ce sur-place alors que de telles économies sont réalisables à court terme? Comment justifier l'inaction des instances régionales alors que le gouvernement du Québec est à la recherche de nouveaux moyens de financer les services de santé?

Selon un sondage effectué pour le ministère de la Santé et des Services sociaux en 2005, 24 % des femmes désiraient accoucher à domicile ou en maison de naissances. La clientèle actuelle est d'environ 2 %. Donc, s'il y a un potentiel de 22 % des naissances sur environ 85 000 naissances annuellement au Québec, il s'agit d'une économie d'environ 18 millions de dollars annuellement! Les coûts de construction de maisons de naissances sont rapidement amortis! Collectivement, qu'attendons-nous?

Prouver les compétences

Apparemment, les sages-femmes doivent faire leurs preuves, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, probablement comme ailleurs au Québec. Pourquoi? Les 207 sages-femmes membres de l'OSFQ le font année après année dans le reste du territoire québécois. De plus, la Société d'obstétrique et de gynécologie du Canada, donc les experts médicaux en matière de grossesse et d'accouchement, reconnaît le droit des mères d'accoucher dans le lieu de leur choix. À ce sujet, on peut lire sur leur site Internet: «La SOGC reconnaît et souligne l'importance de donner aux femmes et à leur famille la possibilité de choisir le milieu dans lequel la naissance se déroulera» (juillet 2009).

En Colombie-Britannique, le Resource Manual approuvé par Collège des médecins et des chirurgiens en décembre 2009 indique que cet organisme autorise ses membres à pratiquer des accouchements à domicile! Au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on est encore craintif. Il faut encore que les sages-femmes prouvent leurs compétences, malgré le fait que la pratique d'accouchement à domicile ait été rendue légale il y a six ans et que l'Ordre des sages-femmes, qui veille à la sécurité des mères et des enfants à naître, existe depuis plus de dix ans.

En cette Journée internationale des sages-femmes, il serait temps que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec accouche enfin de mesures concrètes, prenne ses responsabilités et donne accès aux services de sages-femmes partout au Québec.

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Line Bélanger - Présidente du comité Maison des naissances 02
1 commentaire
  • Pierre Perreault - Abonné 5 mai 2010 06 h 19

    Quand c'est bon pour la santé

    merci pour cet article qui démontre à quel point ce n'est pas la lenteur dont il est question dans la situation actuelle mais bien la résistance à intégrer ce qui est bon pour notre santé collective: des sages-femmes et des maisons de naissance.