Contre l'abolition du Conseil de la famille et de l'enfance

Le Conseil de la famille et de l’enfance est un petit organisme doté d’un budget modeste, dont le rôle consultatif au sein de l’appareil gouvernemental est néanmoins crucial. Il propose au gouvernement et à la société québécoise une mise en perspective de la réalité des familles.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le Conseil de la famille et de l’enfance est un petit organisme doté d’un budget modeste, dont le rôle consultatif au sein de l’appareil gouvernemental est néanmoins crucial. Il propose au gouvernement et à la société québécoise une mise en perspective de la réalité des familles.

Dans son dernier budget, le gouvernement libéral du Québec a aboli plusieurs de ses organismes consultatifs sans que les médias y portent une attention particulière et sans que les responsables politiques ne mentionnent la portée majeure de certaines de ces abolitions, comme s'il s'agissait uniquement de coupes dans des dépenses accessoires. Pourtant, ces organismes consultatifs incarnent l'une des facettes les plus importantes de ce que l'État québécois a permis d'apporter à la vie démocratique en se donnant les moyens de rapprocher l'appareil gouvernemental d'un espace citoyen de réflexion et de délibération.

Le gouvernement a notamment décidé d'abolir le Conseil de la famille et de l'enfance (CFE), au moment même où il nous annonçait, entre autres mesures, que tous les contribuables allaient maintenant devoir payer l'accès aux consultations médicales et aux soins de santé, peu importe leur niveau de revenu et leurs charges familiales. Autrement dit, il fait disparaître l'instance gouvernementale qui aurait justement eu la responsabilité et le devoir d'étudier l'impact de sa «révolution» budgétaire, laquelle va à l'encontre des principes les plus élémentaires de justice et d'équité dans la répartition des charges qu'impose le fonctionnement d'un système de santé universel.

Perte importante

Nous sommes opposés à la décision d'abolir le CFE. Loin de constituer une mesure raisonnable dans l'effort de réduction des dépenses de l'État, cette compression représente une perte importante pour la société québécoise. L'existence et la raison d'être du CFE sont liées très étroitement à l'histoire sociale et politique du Québec des vingt dernières années, notamment au projet d'élaboration d'une véritable politique familiale au Québec qui a commencé à germer au cours des années 1960, mais qui n'a pas encore trouvé son véritable aboutissement.

Rappelons que le ministère du Bien-être social et de la Famille avait créé, en 1964, le Conseil supérieur de la famille qui a été présidé par le sociologue Philippe Garigue. Ce conseil a défendu fermement, mais avec peu de moyens, la nécessité d'élaborer une politique familiale au Québec. Il a encouragé les mouvements familiaux à assumer des fonctions d'intervention auprès de l'État.

Le Conseil des affaires sociales et de la famille (CASF) lui a succédé en 1970, avec des moyens accrus et le mandat de réfléchir, notamment, à la participation des citoyens aux réformes et services gouvernementaux. Le CASF a repris l'objectif d'une politique familiale. Après plusieurs années de consultation interministérielle et de mobilisation des organismes concernés, un énoncé d'orientation sur la politique familiale a été déposé par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, en 1988. Le Conseil de la famille (CF) est alors créé, en même temps qu'un Secrétariat à la famille. Il deviendra le Conseil de la famille et de l'enfance (CFE) en 1997, lors de la création du ministère de la Famille et de l'Enfance.

Politique familiale

Des avancées très importantes ont été faites au Québec pour soutenir les familles. Toutefois, convenons qu'une véritable politique familiale ne se résume pas à une politique de services de garde et de congés parentaux. Il y a donc encore beaucoup de travail à faire pour doter le Québec d'une politique familiale consistante. Le travail continu de concertation, de consultation et de recherche que cela implique se trouve contredit par l'abolition du CFE. Tous les partis politiques du Québec ont soutenu à tour de rôle la mise en place d'une politique familiale et c'est un ministre libéral qui en fut le premier responsable. Auraient-ils perdu la mémoire?

Le CFE est un petit organisme doté d'un budget modeste, dont le rôle consultatif au sein de l'appareil gouvernemental est néanmoins crucial. Il propose au gouvernement et à la société québécoise une mise en perspective de la réalité des familles en allant chercher l'éclairage que peuvent apporter ses membres, lesquels sont issus de divers secteurs. Il est un interlocuteur attentif de tous les groupes et intervenants qui se préoccupent de la famille et de l'enfance, auprès desquels il a eu une fonction de rassembleur.

Il contribue grandement à l'orientation des actions ministérielles concernant les familles, tout en prenant du recul par rapport à l'ordre du jour gouvernemental et en portant un regard critique et constructif sur les lois, les politiques et les programmes gouvernementaux en la matière. Il fait donc entendre à divers moments un son de cloche différent de celui que le gouvernement apporte, ce qui est non seulement utile, mais souhaitable. Ses nombreux rapports, avis, mémoires, qu'on peut consulter facilement sur son site Internet et dont plusieurs ont été diffusés dans des publications destinées à un large public, témoignent de la grande pertinence de ses activités.

Collaboration


Parce qu'il constitue une importante courroie de transmission entre les organismes du secteur famille et l'appareil de l'État, entre la recherche et les politiques, le CFE a joué un rôle important dans la mobilisation des connaissances sur la famille. À cet égard, sa contribution spécifique sera irremplaçable. Notre équipe de recherche en partenariat Familles en mouvance et dynamiques intergénérationnelles est née, en 1993, d'une collaboration avec le CFE.

Cette longue collaboration en partenariat multidisciplinaire et multisectoriel nous permet de témoigner de la rigueur et de la compétence qui sous-tendent l'action du CFE, mais aussi de la richesse des échanges que stimulent ses productions (sur la fiscalité des familles, sur la paternité, par exemple). La société du savoir a besoin de ce type de collaborations.

Avec l'abolition du CFE et de plusieurs autres organismes consultatifs, le gouvernement libéral ferme des canaux importants de communication avec les membres de la société civile qu'il réduit aux rôles de contribuables ou de consommateurs ou, dans le cas des associations et autres organismes, qu'il traite comme autant de lobbys qui doivent négocier ses faveurs.

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Ont signé ce texte: Françoise-Romaine Ouellette, responsable scientifique Familles en mouvance et dynamiques intergénérationnelles, Hélène Belleau, Michelle Comeau, Renée B. Dandurand, Benoît Laplante, Denise Lemieux, Myriam Simard (Centre urbanisation culture société de l'INRS); Marianne Kempeneers, Solène Lardoux, Alain Roy (Université de Montréal); Carmen Lavallée (Université de Sherbrooke); Nathalie St-Amour (Université du Québec en Outaouais); Alex Battaglini, chercheur; Sylvie Lévesque (Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec); Louisane Côté (Fédération québécoise des organismes communautaires - Famille); Sylvie Dumouchel (Confédération des organismes familiaux du Québec); Nancy Harvey (Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal).
1 commentaire
  • UglyToesPete - Inscrit 28 avril 2010 20 h 04

    Ouain, je suis invisible.

    Bonjour a tous,

    Mon nom est Pierre Parent. J'ai écrit un commentaire plus tôt, mais il n'as jamais apparu.

    Hummm, la démocracie quoi, et le droit du jour de dire, ou non, un môt au l'autre.

    Aujourd'hui, mes môts étaits interdits.

    Aloir, voila mon môt pour les CFE.

    Pierre Parent