Musée national des beaux-arts du Québec - Il faut sauver le monastère!

Il y a quelques jours, le facteur déposait dans nos boîtes un dépliant publicitaire produit par le Musée national des beaux-arts du Québec. Papier de qualité et photographies en couleurs, le grand luxe. Nous en ignorons le coût. Nous ne le saurons jamais, car c'est en «petit comité» calfeutré que ce dépliant, tout comme le projet d'agrandissement, a été décidé. La population, pourtant fort intéressée, n'a pas été appelée à débattre de l'agrandissement.

Les demandes de consultations publiques déposées auprès des diverses autorités ont été purement et simplement rejetées. Ce projet de 90 millions de dollars passera-t-il sans discussion publique au-dessus de la tête des contribuables, propriétaires des lieux? L'information sans réelle consultation est une farce. De plus, c'est un déni de démocratie.

Erreur


Nous croyons l'agrandissement nécessaire, mais nous croyons aussi que le projet proposé en lieu et place du monastère est une erreur. Le monastère est un bâtiment solide et intéressant. Il peut poursuivre sa route au profit des générations futures et il peut être recyclé pour des usages contemporains et contribuer ainsi à l'essor économique de la ville dans le respect des principes du développement durable.

Le projet actuel du Musée, en annonçant la destruction du monastère des Dominicains, en est tout le contraire. La sagesse aurait commandé que soit proposé un site plus respectueux des richesses historiques de la ville et que soit reconstruite la toiture originale si spectaculaire, sur le monastère, provoquant de ce fait une renaissance de l'esthétique de l'ensemble conventuel et, partant, de la Grande Allée.

En annonçant la démolition du monastère, les autorités donnent un fort mauvais signal. Alors que la mission du Musée est de sauvegarder les collections d'oeuvres et d'artefacts qui sont représentatives de la production des générations successives de Québécois, voilà qu'avec une arrogance béotienne il anéantit totalement un patrimoine religieux conventuel irremplaçable.

Gardien du patrimoine

Or, le Musée national des beaux-arts doit être le gardien de notre patrimoine culturel. Le projet d'agrandissement s'attaque à un ensemble architectural homogène, exemple rare et le plus achevé à Québec de style néo-gothique. Le presbytère, l'église et le monastère forment une unité spatiale bien définie ceinturant un jardin cloîtré, sur le modèle des ensembles monastiques du Moyen Âge.

En démolir une partie, c'est confirmer la perte de sens de l'ensemble, la perte d'un lieu de mémoire. Aujourd'hui, l'intérêt d'un édifice ou d'un site, qu'il soit glorieux ou modeste, s'apprécie autant, sinon davantage, à l'aune de l'importance symbolique et affective que lui accorde la communauté qui le revendique qu'à celle de la valeur savante que lui attribuent les spécialistes de l'art. C'est le cas du monastère des Dominicains.

Madame la Ministre de la Culture, vous êtes l'ultime responsable, aussi bien à l'Assemblée nationale que devant les Québécois, du Musée et du patrimoine. À ce titre, nous vous demandons une fois de plus que le projet d'agrandissement du Musée fasse l'objet d'une étude d'impact sur la sauvegarde de la valeur historique, culturelle, sociale et économique de l'ensemble monastique autant que sur l'esprit de la Grande Allée et que des audiences publiques soient tenues avant que ne soit commis l'irréparable. C'est une demande citoyenne.

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Ont signé ce texte: Marcel Junius, Marcel Masse, Michel Bonnette, Jean Cimon, Jacques Lemieux, André Marceau, Claude Paulette.

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