Jour de la Terre - Cul-de-sac écologique et économique

Pour ce 40e anniversaire du Jour de la Terre, le temps est venu de faire un bilan de l'état de notre planète. Quarante ans plus tard, que pouvons-nous dire de son état, de ses humains et de ses écosystèmes?

La crise économique qui a secoué le monde au cours des deux dernières années a donné lieu à de nombreux débats. Après avoir connu un développement axé sur la production de biens et de services pour répondre aux besoins de base depuis le XIXe siècle, nous avons vu poindre dès les années 1950 la croissance basée sur la surconsommation, la finance et la spéculation. Mais ce système est brisé.

Nous n'avons qu'à penser à la faillite immobilière de Dubaï ou de Las Vegas. Plutôt que de profiter de la crise pour repenser nos façons de faire, les négationnistes du climat, financés par des pétrolières, en profitent et passent à l'attaque. Pendant ce temps, nous vivons, en 2010, l'hiver le plus chaud jamais enregistré (de même que la dernière décennie) et nous nous trouvons en pleine crise d'extinction massive des espèces.

«Greenwashing»

Selon le rapport Bruntland de 1987, le développement durable est «un développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs». Depuis, le terme «développement durable» a été perverti par bon nombre de bien-pensants, de gourous du marketing et de relationnistes. Combien en ont profité pour affirmer que développement durable n'est pas écologie et qui ont du coup fait l'apologie de la croissance «durable», ou de la croissance sans fin sur une planète finie, ce qui est d'une implacable absurdité? Le «greenwashing» s'est répandu comme une épidémie, à tel point que le consommateur moyen est porté à croire que chacun de ses achats est écoresponsable. [...]

Depuis toujours, la société civile tente tant bien que mal de contrebalancer le pouvoir des gouvernements. De là est née une constellation d'organisations volontaires et autonomes qui ont su créer ces courants alternatifs où tout est possible. C'est pourquoi, en ce 40e Jour de la Terre, nous trouvons inconcevable que le programme de Focus stratégique 2010, du monde des affaires, ne souffle mot de l'environnement alors qu'il a comme objectif de «construire ensemble les bases de notre avenir». [...]

Incohérence

En 1989, le Parlement canadien a adopté à l'unanimité une résolution dont l'objectif est de faire disparaître la pauvreté infantile au pays avant l'an 2000. Inutile de dire que cette pauvreté et les disparités n'ont cessé de croître depuis! De plus, ce gouvernement semble s'être résolument engagé à tout faire pour nuire aux efforts internationaux en matière de protection de l'environnement et de lutte contre les changements climatiques. Pourtant, le Canada a adopté et ratifié le protocole de Kyoto.

De son côté, le Québec nage en pleine incohérence. Alors qu'il parle de développement durable, il appuie ouvertement la croissance économique basée sur la surconsommation, l'exploitation de projets polluants de gaz, de pétrole, de mines et de nucléaire, sans oublier le gaspillage d'électricité et d'eau.

Pendant ce temps, nous colloquons. Et maintenant, de nombreuses personnalités viennent à Montréal afin de nous entretenir sur la pauvreté et les changements climatiques au Sommet du millénaire...

Beaux discours

Quarante ans plus tard, plus d'un milliard d'habitants ne mangent pas à leur faim. Les inégalités n'ont cessé de croître dans la très grande majorité des pays du monde et l'équilibre écosystémique de la planète est en train de basculer. [...]

Quarante ans après la naissance du Jour de la Terre, le Worldwatch Institute nous ramène, dans son État du monde 2010, aux conclusions déjà évoquées par le Club de Rome en 1968: «Sans un changement culturel radical qui mettra fin à la culture de surproduction et de surconsommation, toutes les politiques écologiques ne serviront à rien.» Nos leaders économiques et politiques mènent l'humanité tout droit vers un cul-de-sac écologique et économique. Et tous les beaux discours sur l'environnement et la lutte contre la pauvreté n'y changeront rien. Assez parlé. Agissons.

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Liste complète des signataires: André Bélisle, Michel Bélanger, Pascal Bertrand, Mamadou Bhoye Bah, Yves-François Blanchet, Josée Blanchette, Martin Boisjoly, Patrick Bonin, Jacques Boivin, Daniel Breton, Laurence Brière, Patrick Charland, Juliana Costa, Gérard Croteau, Catherine Cunningham, Françoise David, Maxime Dannel, Roxanne Désilets Bergeron, Christian DesAlliers, domlebo, Geneviève Dufresne, Nicole Dumais, Anne-Charlotte Elmerich, Jean Paul Ganem, Raphaëlle Groulx, Maud Fillion, Emile Forget, Fatima Hamza, Claude Martel, Julie Lafortune, Jacques Languirand, Brigitte Laliberté, Andrée LaRocque, Jasmin Leduc, Pierre Lussier, Scott Mckay, François Meloche, Suzann Méthot, Guy Michon, Jérôme Normand, Marilyse Paquin, Thierry Pardo, Stéphanie Perron, Réjean Parent, Luc Rabouin, Elyse Rémy, Michel Séguin, Franchezca Serrano, Marc Stamos, Jean Sylvestre, Gina Thésée, Jacques Tremblay, Étienne Van Steenberghe, Frida Villarreal et Laure Waridel.
6 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 22 avril 2010 09 h 38

    Bravo!

    Je souscris entièrement à cette déclaration. Pour ma part, je suis très déçu que la seule réponse des gouvernements occidentaux à la récente crise financière ait été : relançons l'économie. Autrement dit : reprenons la surproduction et la surconsommation comme nous l'avons toujours fait (ainsi en est-il de la production automobile), quitte à s'endetter comme le gouvernement américain : il faut compter maintenant en milliers de milliards de $ la taille de la dette des USA. Le gouvernement du Québec n'est pas en reste : allons-y pour l'électricité, même si nous avons déjà des surplus, et construisons des barrages sur les dernières rivières. Pour boire il faut vendre, disait la chanson. Et quand est-ce qu'on va cesser de parler du «taux de croissance» pour mesurer l'état de l'économie? Le temps est venu d'inverser le courant.
    Intéressant de noter que les vrais «lucides» se recrutent maintenant parmi les jeunes, les représentants de la société civile, chez les artistes. les écrivains les cinéastes, parfois parmi les universitaires et les journalistes; très rarement parmi nos politiciens dont leur seul horizon semble être la prochaine élection.

  • Jean de Cuir - Abonné 22 avril 2010 10 h 12

    Réflexion?

    Je serai simpliste. Le WI affirme « Sans un changement culturel radical...» Qu’est-à-dire? Les uns, sûrement minoritaires, se disent que c’ est l’évidence même. Chez les autres, l’évidence est ailleurs. Laquelle? Celle qu’ils tiennent comme un absolu. Ce que je traduis comme l’absence de réflexion. Je m’explique trop brièvement. Le signe de l’humain ou de l’humanité, c’est la capacité de se dédoubler: de prendre distance pour faire un «examen» : examen des idées, sentiments, actions ainsi que de tout objet ( de tout ce que l’humain pose comme objet). L’humain devient alors «en état de réflexion puis de pondération.» Il s’est détaché --une mise à distance de soi et du monde --par rapport à ce qu’il observe et jaugera.
    Or, pour ce faire, il n’est pas seul, car un humain ne peut s’ériger comme seul et unique juge de ce qui est humain et de ce qui touche à son devenir. Tout le procès du devenir de l’humain -- depuis sa bifurcation du monde simiesque --s’appuie sur les liens tissés avec d’ autres, soit par la consanguinité, soit par la proximité, soit par nécessité, et souvent par la violence. C’est qu’une fois établi un mode d’interrelation (exemple, le fait du langage) s’enclenche un processus d’échange qui permet de choisir des critères de pensées et d’actions qui se traduisent dans des règles implicites ( ex. des moeurs) ou explicites ( ex. un droit).
    Au coeur de notre histoire, on retrouve cette capacité de se «mettre en distance» d’examen de soi. C’est cette capacité qui me semble être l’indice d’humanité. Se mettre en distance c’est ni plus ni moins «se détacher». Or, à ce détachement, il n’y a pas de mesure. La personne humaine peut tout examiner, même ses critères d’examen, de jugement, même sa propre capacité. Personne, ni aucun groupe, n’a en soi d’autorité pour décréter une règle absolue et l’imposer, par quelques moyens que ce soit, aux autres.
    Or, notre histoire commune est une attestation du contraire. Nous nous menons vers un cul de sac parce que nous ne savons pas ou nous ne voulons pas réfléchir collectivement pour établir les règles de notre autoexamen, de ce que nous sommes et voulons devenir. Ce n’est que collectivement que nous pouvons prendre pleine responsabilité de notre devenir. Ce n’est que collectivement que nous pouvons configurer notre destin. Cependant, il existe trop de personnes qui se sont liées et qui se lient à des absolus et qui ainsi bloquent toute «mise à distance de l’humanité par rapport à elle-même» car elles disent savoir ce qu’est l’humanité et son destin.
    Il y a depuis 40 ans une toute petite lueur d’espoir : certains ont commencé à mettre en question ce que l’on nomme des valeurs et à proposer d’autres règles de conduite. ( Certes, cela a débuté bien avant, il y a 2,300 ans, et lors de diverses mutations --exemple, l’essor des sciences, la révolution française.) Ces valeurs n’ont et n’auront de poids que dans la mesure où elles deviennent et deviendront le fruit d’ une entente collective, i.e. qu’elles seront assimilées au point de diriger et d’animer les comportements. Il y a encore trop d’idéologies et de religions qui habitent les «esprits» (dans les esprits), qui les cisèlent avec des absolus!

  • Fernand Trudel - Inscrit 22 avril 2010 11 h 02

    Burtland de Maurice Strong

    L'ex vice président finances de Dôme Pétroléum, ex dirigeant de Pétro-Canada, ex président de Power Corporation, le valet de la famille Rockefeller Maurice Strong a été un artisan du mouvement vert qui après avoir été secrétaire du sommert de Rio et était l'un des principaux acteurs de la commission Burtland qui par la suite lui a permis de fonder l'UNEP et devenir le bras droit du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moon.

    Lemouvement vert est financé et contrôlé par les mêmes capitalistes que les écolos accusent de polluer la planète.

    Mais derrière tout ça, les mêmes capitalistes ont dressé un empire vert pour concurrebncer leur propre entreprise dites polluantes.

    Ainsi pendant que Maurice Strong, Paul Desmarais et Brian Mulroney consytriuisent des centrale élecrtrique au charbon en Malaysie et en Chine le tout financé par la Asian Develiopment Bank dont un des conseillers est l'un autre que Rajendra K Pachauri, président du GIEC, nos écolos tentent de nous convainvcre des vertus écologiques.

    S'il ont fait un choix qu'ils l'assument mais qu'on ne veuillent pas m'imposer cette idéologie conduisant à mon appauvrissement. La simplicité volontaire doit demeurer un choix individuel et le principe de précaution économique m'empêche d'adhérer à leur religion de Gaïa, déesse de la terre.

    Je préfère lutter pour le plus de monde possible puisse se mànourrir, avoir de l'eau Potable, des soins adéquats^pour enrayer les pandémies. Pendant que les gens pensent aux religions terrestres, ils oublient de financerr les besoins sàessentiels aux humains qui n'en ont pas...

  • Paul Racicot - Inscrit 22 avril 2010 11 h 12

    Bien d'accord !

    Notre Terre a une surface et des ressources exploitables non renouvelables limitées. Or, si tout va pour le mieux, la population humaine - qui compte maintenant plus de 6,8 milliards d'habitants au compteur de populationmondiale.com - devrait se stabiliser aux environs de 9 milliards dans moins de 40 ans. L'Inde et la Chine composeront alors 50% de notre population d'Homo sapiens / demens... Et, à l'évidence, ce ne sera pas le party pour tous !

    Ce n'est pas la croissance qui doit être recherchée par nos économistes, nos politiciens, nos fonctionnaires et nos experts de tout acabit, mais «l'efficience», c'est-à-dire «l'économie de moyens» dans l'atteinte d'un objectif. (Encore faut-il que l'objectif soit «valable»...) Car à quoi bon la croissance du PIB et du PNB par habitant si les produits de notre «inefficience» économique y sont comptabilisés dans la colonne des plus?!

    Peut-on considérer que l'aménagement du Grand Montréal, depuis 50 ans, a été réalisé de manière efficiente? Combien nous coûtent donc tous ces bouchons de circulation, ces hausses de loyers, la construction et l'entretien de ces infrastructures (tel l'échangeur Turcot)? Générons-nous ainsi «plus de plus» que de moins? Sommes-nous efficients?

    Je crois (et j'espère) que ceux et celles qui pensent à long terme et globalement, ceux et celles qui savent bien faire avec moins nous survivront.

  • France Marcotte - Inscrite 22 avril 2010 12 h 33

    Pouvoir d'agir

    "Sans un changement culturel radical qui mettra fin à la culture de surproduction et de surconsommation, toutes les politiques écologiques ne serviront à rien" et ce n'est pas n'importe qui qui le dit. Même la Jour de la Terre est passé dans certains cas au "greenwashing", réduit à une journée où l'on s'auto-flagelle à coup de branches de sapin, caricaturant les enjeux pour les réduire à quelques petits gestes individuels de bonne volonté. La gravité de la situation est constamment purgée. Agir dans ce cas c'est surtout faire pression sur ceux qui ont les pouvoirs d'agir.