Le budget de l'injustice

Jamais un budget n'aura été autant taillé sur mesure pour l'entreprise privée et pour les contribuables les plus riches. La preuve: le Conseil du patronat applaudit des deux mains, tandis que la Chambre de commerce du Montréal métropolitain parle d'un «tour de force».

Cependant, pendant que ceux-ci sablent le champagne, le reste de la population a la gueule de bois. Il s'agit d'un budget injuste pour la population travailleuse et d'une complaisance excessive envers les grandes entreprises et les individus riches, donnant des miettes aux personnes appauvries, sans vision écologiste, bien loin du bien commun.

Un clou dans le cercueil

Mais surtout, ce budget remet profondément en question l'une des valeurs fondamentales du Québec: la solidarité sociale. Ce principe bien malmené ces dernières années fut l'un des socles de la Révolution tranquille. Désormais, nous allions assumer collectivement le bien-être de toutes et de tous: système d'impôt progressif, développement des services publics, ouverture des cégeps, droits de scolarité universitaires modérés, implantation d'un système d'aide sociale pour les gens pauvres et malchanceux. Comme tout cela a changé!

Ne nous y trompons pas, le budget Bachand vient de mettre un gros clou dans le cercueil de la solidarité sociale. Si nous ne réagissons pas vigoureusement, à terme, chacun paiera pour chaque visite médicale, les étudiants assumeront une large part des frais inhérents à leur scolarisation, les familles utilisatrices d'électricité paieront le fort prix, et ce, pour renflouer le fonds dédié à la dette.

La taxe santé est particulièrement odieuse: tout le monde paie le même montant alors que l'on a baissé les impôts des riches ces dix dernières années! Parions que les services de garde seront les prochaines victimes d'une tarification qui glorifie le principe de l'utilisateur-payeur.

Sombre avenir

Mais il y a plus. Les travailleurs paieront pendant que les entreprises et les contribuables à revenu élevé seront à peine conviés à contribuer. Pourtant, ils ont été les principaux bénéficiaires des baisses d'impôt du gouvernement Charest. Pourquoi ne leur demande-t-on pas à eux de payer davantage? Québec solidaire avait apporté des propositions qui mettaient cinq milliards de dollars dans les coffres du gouvernement en taxant davantage les minières, les entreprises financières et les contribuables à revenu élevé (couragepolitique.org).

Le paradoxe suprême, c'est que nous n'en aurons pas pour notre argent. Le gouvernement s'engage, en effet, à diminuer de façon dramatique les budgets des ministères. Logiquement, il devrait donc recourir davantage au privé et à la sous-traitance. Moins de services, des travailleuses et travailleurs sous-payés, des contrats offerts sans appel d'offres qui entraînent trop souvent de la corruption... vraiment, l'avenir des services publics s'annonce sombre au Québec!

Enfin, ce budget n'annonce rien de bon pour les employés du secteur public, à 75 % des femmes, à qui le gouvernement veut demander, encore une fois, de se dévouer dans des conditions souvent difficiles — pensons aux infirmières, aux enseignantes, aux travailleuses sociales — sans véritable reconnaissance de leur travail. Admettons-le, les Lucides ont gagné une manche. À Québec solidaire, nous sommes résolus à les empêcher de gagner le match!

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Françoise David - Présidente de Québec solidaire

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