Briser les mythes du secteur énergétique

Le Québec dispose d'immenses ressources énergétiques — hydrauliques, bien sûr, mais aussi éoliennes et, on le sait depuis quelque temps, gazières. Alors que le reste de la planète cherche un moyen de remplacer ses centrales au charbon et au mazout par de l'énergie propre, nous sommes une des rares nations à disposer d'un surplus important d'énergies vertes.

En utilisant ces ressources stratégiquement, il serait possible d'en faire un des principaux leviers de développement économique du Québec du XXIe siècle. Pour y parvenir, il est nécessaire de mettre en place une politique énergétique cohérente et ambitieuse évitant les lieux communs et les fausses évidences pour cibler plutôt les actions concrètes et constructives.

Ainsi, les pressions se multiplient pour la hausse des tarifs d'électricité au Québec. Cette hausse, dit-on, permettrait d'économiser l'énergie que l'on gaspille allègrement, libérant une marge suffisante pour établir des ententes lucratives à long terme avec nos voisins. Cet argument, pourtant, ne tient pas la route. Tout d'abord, les citoyens ne sont pas les gaspilleurs qu'on raconte. La consommation énergétique du secteur résidentiel depuis 1980 est restée stable à environ 7,5 millions de tonnes équivalentes de pétrole, alors que seulement depuis 10 ans, le nombre de logements a augmenté de 13 %. Au cours de ces mêmes 30 années, le secteur commercial a vu sa consommation énergétique augmenter de 60 %!

Un pactole, vraiment?

La nécessité de libérer de l'électricité pour la vendre à l'étranger ne tient pas non plus. L'an dernier, Hydro-Québec n'a pas pu vendre tous ses surplus, faute de clients. Pour le moment, notre société d'État a plutôt intérêt à ce que les Québécois consomment autant que possible! De plus, si la vente de l'électricité sur le marché «spot» s'avère particulièrement rentable, les ententes à long terme sont loin de représenter le pactole que l'on nous fait souvent miroiter.

Ainsi, Jean-Thomas Bernard, de l'Université Laval, a calculé que l'entente de 26 ans signée avec le Vermont concerne un tarif de seulement 4,5 cents le kilowattheure (kWh). C'est un peu plus élevé que le tarif du bloc patrimonial, mais nettement en dessous ce que coûte la construction du complexe de la Romaine, qu'on évalue à environ 10 ¢/kWh. Or, selon Hydro-Québec, l'électricité produite à partir de ce complexe sera dédiée avant tout aux exportations.

Même chose du côté du Nouveau-Brunswick, où Hydro devrait vendre son électricité à 7,35 ¢/kWh tout en épongeant une dette de 3,2 milliards appartenant à Énergie NB en échange des actifs de production, dont des centrales thermiques qui devront être fermées à moyen terme. Le tarif en vigueur, en comptant cette dette, est donc nettement moins favorable qu'il ne le paraît au premier abord et implique, encore une fois, que les coûts des nouvelles infrastructures de production d'électricité destinées à l'exportation dépassent largement les tarifs qu'il est possible d'obtenir avec des contrats à long terme.

Gaz naturel

On peut d'ailleurs se demander pourquoi Hydro-Québec signe des contrats à long terme alors que la demande pour l'électricité dans le nord-est de l'Amérique du Nord a atteint un creux avec la crise économique qui sévit depuis l'automne 2008, faisant chuter les prix de l'énergie. Pour le savoir, il faudrait que le public ait accès à ces contrats. Or, notre société d'État refuse de dévoiler ses contrats et sa stratégie à long terme, sous prétexte qu'il s'agit de secrets industriels. Aujourd'hui, il est plus facile de connaître les coûts et les stratégies de Suncor, géante des sables bitumineux, que d'Hydro-Québec. Voilà qui n'est pas banal, surtout dans une démocratie.

Les ressources énergétiques du Québec ne se limitent pas à l'électricité. Le secteur du gaz naturel subit des bouleversements majeurs en Amérique du Nord avec le développement de nouvelles technologies permettant d'exploiter à prix compétitifs les schistes gaziers qu'on retrouve dans de nombreuses régions du continent, dont au Québec. Désirant se positionner rapidement dans le secteur, le gouvernement de Jean Charest a multiplié les encouragements auprès de l'industrie gazière et pétrolifère malgré les risques environnementaux possiblement importants associés avec l'exploitation de ces gisements.

Déjà, plusieurs compagnies ont commencé à exploiter, à petite échelle pour le moment, les schistes gaziers du Bas-Saint-Laurent, avant même la mise en place d'une politique environnementale dédiée à cette nouvelle industrie. Sans débat, le gouvernement a également accordé un congé de redevances de cinq ans sur ces exploitations. Or, comme le pic de production d'un puits gazier est de quelques mois au maximum, cela veut dire que les redevances ne seront payées que sur la portion congrue de la production totale de chaque puits. Dans un contexte nord-américain où États et provinces rivalisent pour s'établir comme la nouvelle «Alberta du gaz naturel», cette situation risque de perdurer: afin d'attirer et de conserver l'industrie gazière, les gouvernements et les citoyens devront se contenter de très peu.

À la lumière de ces éléments, on doit conclure que la politique énergétique québécoise actuelle est loin de représenter le levier économique qu'on a fait miroiter à la population. Le gaz naturel et l'électricité étant bradés à l'étranger, il semble que la seule avenue restante pour profiter de la manne énergétique soit de se taxer soi-même. Ne peut-on vraiment pas faire mieux?

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Normand Mousseau - Professeur de physique à l'Université de Montréal et auteur de L'Avenir du Québec passe par l'indépendance énergétique (éditions MultiMondes, 2009)
2 commentaires
  • ClarkeCity - Inscrit 18 mars 2010 05 h 45

    Une vérité gênante sur les barrages hydroélectriques

    Je crois que le développement économique ne devrait pas se faire au dépend d’une communauté qui doit subir les impacts d’un barrage hydroélectrique.

    Le secteur Val Marguerite situé à l’embouchure de la rivière Sainte-Marguerite harnachée par des barrages hydroélectriques près de Sept-Îles. Ce secteur est confronté avec l’érosion côtière dont certains des propriétaires devraient éventuellement être expropriés. Seulement certains propriétaires auront droit à une indemnisation financière partielle du gouvernement pour ces expropriations.

    Pourtant, un des constats d’un comité d’experts d’une équipe interministériel sur l’érosion des berges mentionne que : « … des interventions sur le régime hydrique des rivières (barrages), modifient les équilibres hydrosédimentologiques des estuaires…». Un océanographe d’un groupe de scientifiques Ouranos a aussi déjà précisé que les installations d’Hydro-Québec ont contribué à l’érosion des propriétés dans le secteur Val Marguerite.

    Le document a été soumis comme information complémentaire au mémoire et à la présentation déposé pour le BAPE portant sur le projet d’aménagement d’un complexe hydroélectrique sur la rivière Romaine. Le document décrit l’expérience des gens du secteur Val Marguerite et propose plusieurs recommandations qui pourraient contribuer à une meilleure intégration des projets hydroélectriques dans les milieux d’accueil.

    Cette vérité gênante sur les barrages hydroélectriques est disponible sur le site Internet www.SergeMarchand.com . J’estime qu’il est irresponsable qu’un gouvernement développe des aménagements hydroélectriques et tourne le dos à une communauté qui doit subir les impacts de ces barrages hydroélectriques.

  • France Marcotte - Abonnée 18 mars 2010 08 h 50

    Que fait un peuple quand son chef ne l'aime pas?

    Les exemples se multiplient qui démontrent que les menaces à l'épanouissement du Québec viennent encore plus de l'intérieur que de l'extérieur de ses limites et celui du développement énergétique en est un autre et non des moindres. Que veut Jean Charest, la perte du Québec? C'est impensable de devoir toujours l'avoir à l'oeil pour s'assurer qu'il ne trahisse pas notre confiance; il faut pouvoir minimalement compter sur lui. Il voyage beaucoup, laissant ses femmes et hommes de main gérer son laxisme intéressé. Mais que veut donc cet homme?