A-t-on oublié les leçons de la crise économique au PQ?

Le Parti québécois a pris le virage de l'enrichissement individuel lors de son congrès du week-end dernier. Créer de la richesse appartiendrait à l'initiative individuelle, dit-on au PQ, l'État n'ayant pour rôle que de l'accompagner. Peut-être que ce soi-disant virage ne relève que de la rhétorique électoraliste sans grande implication pratique.

Après tout, le virage n'a pas empêché Pauline Marois de dénoncer l'enrichissement individuel que représente le supplément salarial que reçoit Jean Charest du Parti libéral du Québec. Il y a tout de même quelque chose d'odieux dans l'utilisation de cette rhétorique, alors que les effets de la crise économique qui a secoué le monde en 2008-09 se font encore sentir.

A-t-on oublié au Parti québécois que la crise de 2008-09 est précisément attribuable aux excès d'un enrichissement individuel que l'État accompagnateur n'a pas su contenir? Car la crise a bel et bien été provoquée par des individus qui, motivés par leur propre enrichissement, ont pris des risques inconsidérés sur les marchés financiers. Encouragés par un système de primes démesurées, ces individus ont acheté des produits financiers extravagants, adossés à des actifs fragiles, développés aussi par des gens soucieux de leur enrichissement individuel avant tout. A-t-on oublié au Parti québécois que depuis cette crise on dénonce partout ces États qui n'ont rien fait pour contraindre ces individus, mais les ont simplement accompagnés dans leur quête de richesse individuelle?


Pas un frein

A-t-on oublié au Parti québécois que le Québec, grâce à son secteur public, a moins souffert de la crise que le reste du Canada ou que les États-Unis? En Amérique du Nord comme ailleurs, la dégringolade économique a exigé que l'État prenne le relais de l'initiative individuelle comme moteur de création de la richesse pendant la crise économique. Si la dégringolade a été moins brutale au Québec, c'est précisément parce que l'État créait déjà plus de richesse qu'ailleurs en Amérique du Nord.


Bien que pour se financer

l'État doive aller chercher, via l'impôt, une part des revenus de ses citoyens, son intervention ne doit pas être assimilée à un frein pour la création de la richesse. Grâce à son réseau scolaire, à ses services de santé, à son infrastructure en recherche, à son réseau de transport, à sa gestion des ressources naturelle, etc., l'État crée de la richesse et il le fait souvent de manière plus responsable que l'initiative individuelle.

A-t-on oublié au Parti québécois que la construction du nouveau CHUM sera plus tardive et plus coûteuse que prévu parce que le gouvernement libéral a choisi un mode de réalisation en PPP qui met de l'avant l'initiative et, par là, l'enrichissement individuel? Alors qu'en pleine crise le Québec aurait pu profiter des emplois qu'aurait créés un projet d'une telle envergure, le gouvernement québécois était empêtré dans de multiples transactions avec avocats, consultants et partenaires financiers rattachés aux PPP.


Curieux phénomène

La création de la richesse par des individus n'est jamais aussi simple qu'on le prétend. Comme l'État protège l'intérêt collectif via ses règlements et ses contrôles, l'individu soucieux de son enrichissement se protège par la voie de contrats légaux et de conseils coûteux. Pas moins essentiels que les règlements et contrôles étatiques, les investissements dans ces contrats et conseils ne sont pas plus générateurs de richesses. En fait, ils permettent parfois l'enrichissement individuel éhonté de certains avocats et consultants.

La gauche peut reconnaître qu'un certain enrichissement individuel caractérise toute société libérale. Par contre, elle tolère moins les excès de l'enrichissement individuel que la droite, d'où son appui traditionnel à l'intervention de l'État. C'est donc curieux qu'immédiatement après une crise économique que tous ont attribuée aux excès de l'enrichissement individuel, un parti de gauche sente le besoin de souligner l'importance de l'enrichissement individuel. C'est d'autant plus curieux que cela se produise au Québec, l'un des endroits au monde où l'État a le mieux protégé son économie de la crise mondiale.

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Éric Montpetit - Professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal et codirecteur de l'ouvrage Imaginer l'après-crise (Boréal, 2009)
7 commentaires
  • Charles Dubois - Inscrit 17 mars 2010 10 h 20

    Un cours d'économie 101 svp!

    Ouf! Un autre universitaire des sciences humianes qui a des connaissances plutôt limitées en écoomie..

    Sa dernière phrase est pathétique car il ne dit pas que nous serons dans la queue du peloton lors de la reprise..

    Par ailleurs, il devrait nous expliquer pourquoi le Québec traine de la patte dans tous les autres indices économiques par rapport à ses voisins ? Pourquoi nous sommes plus pauvre que nos voisins ? Pourquoi notre productivité est déficiente? Pourquoi la pauvreté est toujours aussi élevée? Pourquoi les investissements sont anémiques au Québec?

    Il faudrait qu'il en vienne à la même conclusion..l'étatisme et la bureaucratie ! Bref, le modèle québécois est déficient et les résultats sont là pour le prouver...

  • Carol Cote - Inscrit 17 mars 2010 11 h 14

    Que dire de plus

    Lorsque Lucien Bouchard a s'est mis a decapiter le systeme de sante,je leur envoye ma carte de membre du parti et aujourd'hui je ne voterai tout simplement pas pour ce parti qui a renié son option souverainiste et qui s'en va directement dans le mur comme Charest le fait maintement.

  • Gilbert Kirouac 34 - Inscrit 17 mars 2010 14 h 15

    ...rhétorique révélatrice...

    ...faut-il le rappeler encore que cette dite rhétorique appartient, entre autres, au mode appliqué aux diverses réformes ultra-néo-libérales poursuivies par les gouvernements péquisto-souverainiste et libéral...cette notion "d'accompagnement" c'est la pierre de touche, le fil conducteur, de la réforme en éducation : celle où les enseignant(e)s sont métamorphosé(e)s en "surveillant(e)s sans fonction de réflexion...suivez le fil des divers postes occupés par madame Marois, son assiduité à l'ENAP et vous comprendrez rapidement d,ou provient "naturellement" l'expression "accompagnateur versus interventionniste" : ce n,.est pas pour elle de la rhétorique mais un énoncé fondamental...

  • Pierre Bernier - Abonné 17 mars 2010 14 h 33

    Observations intéressantes...

    ... mais analyse un peu courte !

    Si, comme il se doit, on met les choses en perspective, la vision complète des engagements de ce parti est rassurante quant à l'équilibre des intentions affichées.

    La foi en l'économie de marché, sa régulation nécessaire par l'État et la recherche des conditions optimales pour favoriser l'initiative des individus ne sont pas en opposition par définition.

    À moins, bien sûr, de se limiter à pratiquer l'art de « vouloir briller en combattant une bonne idée » comme parfois des intellectuels, disposant de trop de temps libre, aiment à le faire.

  • France Marcotte - Abonnée 17 mars 2010 15 h 20

    Cela va de soi

    M.Dubois. Votre commentaire écrit à la hâte (à moins que ce ne soit la panique) commence en discréditant l'auteur du texte. Ce procédé est connu et habituellement utilisé quand le contenu embête. Le vôtre de contenu m'embête aussi parce qu'il sent la mauvaise foi devant l'évidence de la démonstration de M.Montpetit.