Accommodements religieux: pour que la confusion cesse

Accommodements religieux
Photo: Illustration: Christian Tiffet Accommodements religieux

Au Québec, même si l'égalité entre les hommes et les femmes est devenue une valeur fondamentale, ce principe est encore relativement récent et demeure précaire. Nous n'avons qu'à penser à l'égalité économique, encore théorique dans trop de cas, pour nous en convaincre. Dans les faits, cette égalité n'est pas encore totalement acquise. De plus, elle fut remise en question à travers différents accommodements religieux qui ont eu passablement d'échos médiatiques au cours des récentes années. Pensons seulement au refus de se faire servir par un fonctionnaire de sexe féminin ou encore le refus de passer son examen de conduite avec un évaluateur de sexe féminin. Chaque nouveau cas rapporté est une occasion pour relancer le débat sur la question des accommodements religieux.

Il ne faut pas s'y méprendre. Le débat sur les accommodements religieux n'est pas un débat mettant en scène les Québécois dits de souche versus les immigrants. L'inaction du gouvernement Charest dans le dossier a cependant entraîné une certaine dérive qui a permis à plusieurs de le penser. Ce débat n'a dans les faits rien à voir avec les immigrants ou l'immigration. Ce débat met plutôt en scène les tenants de la laïcité versus les ultrareligieux. Chez les laïques, on retrouve des Québécois dits de souche, des immigrants et des personnes de toutes les confessions.

D'ailleurs, plusieurs des tenants de la laïcité qui ont fait entendre leur voix au Québec au cours des dernières années sont issus de l'immigration. L'exemple de Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran, est d'ailleurs éloquent. Des Québécois dits de souche, des immigrants et des personnes de toutes les confessions composent également le groupe des ultrareligieux.

Choc des cultures

Il importe donc de cesser de se référer spécifiquement aux immigrants lorsque l'on aborde le sujet des accommodements religieux qui sont souvent des concessions faites aux ultrareligieux. Le propre de l'extrémisme religieux est de transcender les frontières, les cultures et les langues. Ses adeptes ont aussi en commun leur incapacité à reconnaître ce principe fondamental qu'est l'égalité entre les hommes et les femmes, d'où le choc des cultures avec la société québécoise.

La commission Bouchard-Taylor n'a pas calmé les inquiétudes de la population à l'égard des accommodements religieux. Dans un récent sondage, on apprend d'ailleurs que les trois quarts des répondants jugent le gouvernement trop accommodant en matière de religion. S'il ne faut pas associer le débat sur les accommodements religieux à la présence toujours plus grande d'immigrants, l'État québécois se doit tout de même de donner l'heure juste à ces derniers sur les valeurs qui régissent le Québec et qui définissent le «mieux-vivre ensemble».

En refusant d'agir, le gouvernement ne rend que plus difficile l'intégration des immigrants à la société d'accueil et alimente certains préjugés à leur endroit. La vaste majorité d'entre eux ne demande qu'à s'intégrer et à participer pleinement au développement du Québec alors que le débat sur les accommodements raisonnables rejaillit sur l'ensemble des immigrants, ce qui est injuste.

Confusion

Contrairement au Parti québécois de Pauline Marois, le gouvernement Charest entretient la confusion en matière d'accommodements religieux, et ce, au même moment où la population demande des balises. Si le débat s'enlise depuis quelques années au Québec, c'est que le gouvernement a refusé de jouer son rôle. Il a simplement mis le couvercle sur la marmite, comme il sait si bien le faire, en espérant que la population passe à autre chose.

Or, il a lui-même relancé le débat l'automne dernier avec l'étude du projet de loi 16 visant la gestion de la diversité culturelle au sein de l'administration publique. Malheureusement, ce projet de loi ne contient aucune balise pour guider les ministères et organismes à «gérer» la diversité culturelle. Au contraire, chacun aura à adopter sa propre politique en la matière. Ce non-engagement du gouvernement se traduira encore par une grande confusion concernant le traitement des demandes d'accommodements ou d'ajustements raisonnables par l'administration publique. Le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes pourrait être remis en cause au nom du droit à la liberté de religion.

Dans ce contexte, les Québécois et surtout les Québécoises auront compris que ce projet de loi permettra, sans le dire, d'introduire le multiculturalisme canadien dans les pratiques de l'administration publique québécoise, ce qu'aucun gouvernement libéral n'avait accepté auparavant. Ainsi, au nom de la liberté religieuse, l'égalité entre les hommes et les femmes pourrait être remise en cause dans les relations entre l'État québécois, ses fonctionnaires et ses citoyens et citoyennes. Quel recul!

Valeurs affirmées

La réponse du Parti québécois n'est en rien radicale. Elle vise à réaffirmer les valeurs fondamentales du Québec à travers une modification de la Charte québécoise des droits et libertés de sorte que le principe d'égalité entre les hommes et les femmes, la primauté du français et le principe de la laïcité de l'État soient dûment affirmés avec une valeur interprétative. Aussi, le Parti québécois proposera lors du prochain scrutin l'adoption d'une charte québécoise de la laïcité.

En somme, le gouvernement se trompe s'il croit pouvoir faire l'économie d'un véritable débat à l'Assemblée nationale sur la laïcité. C'est ainsi que nous éviterons que le débat sur les accommodements raisonnables ressurgisse périodiquement dans les médias et la société. Pendant ce temps, le Parti québécois assume pleinement ses responsabilités là où le gouvernement a abdiqué. Ce qu'il propose et ce que souhaite une vaste majorité de Québécois, ce n'est pas le repli sur soi, mais bien simplement le respect de soi et le respect des valeurs québécoises par toutes les personnes qui habitent le Québec, qu'elles soient nées ici ou issues de l'immigration.

***

Benoit Charette - Député de Deux-Montagnes et porte-parole de l'opposition officielle en matière de communautés culturelles

Louise Beaudoin - Députée de Rosemont et porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales, de francophonie et d'immigration
23 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 11 mars 2010 05 h 55

    Louise Beaudoin pourrait contribuer à dissiper la confusion qu'elle dénonce.

    Plusieurs soutiennent déjà que le niqab et la burqa ne sont pas signes religieux, et qu'ils ne font pas parti des accommodements ou non-accommodements religieux. L'interdiction de ces déguisements ferait plutôt parti des droits de la personne, de l'galité entre les hommes et les femmes et de la protection de la paix sociale. Les Chartes sont déjà très claires et très contraignantes sur ces questions.
    Est-ce que Mme Beaudoin et le PQ ne pourraient pas solliciter des avis autorisés, de la part de responsables religieux, de militants et de militantes courageuses, comme Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, qui soutient dans une autre colonne dans Le Devoir d'aujourd'hu quei: "Se couvrir le visage est une pratique tribale, qui n'est pas prescrite par l'islam." Par ailleurs, Mme Ebadi, comme plusieurs d'entre nous, fait une distinction entre le foulard que certains appellent voile, pour mieux l'interdire, et les vêtements qui cachent le visage. Ce foulard ne trouble pas la pais sociale et ne porte pas atteinte à la dignité de la femme. Si le PQ et bien d'autres soutenaient cette distinction, plutôt que demander de tout interdire au nom de la laïcité, que personne n'a encore bien définie, le combat contre la burqa et le niqab serait plus efficace.

    Le PQ pourrait ensuite faire oeuvre utile en proposant à l'Assemblée nationale et aux Tribunaux d'appliquer immédiatement les articles des Chartes et de la loi qui imposent le respect de la dignité de la Femme, de l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes et de l'obligation de communiquer avec ses emblalbles à visage découvert.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 11 mars 2010 08 h 03

    Acharnement thérapeutique

    Je persiste à ne pas comprendre cet acharnement thérapeutique sur la société québécoise, qui est très bien protégée par ses institutions, se lois et ses chartes et n'est pas menacée par l'Islam. Dans le cas du niqab, la décision administrative suffit.

  • Daniel Creusot - Abonné 11 mars 2010 09 h 10

    CHINOISERIE?

    Chinoiserie ?
    Dans les années 60 (1960), en plein cœur de la Guerre froide, la diplomatie. chinoise était verbalement assez musclée et directe envers ses ennemis potentiels. Beijing pouvait envoyer un message aux Américains, alors engagés au Vietnam, où figuraient des noms d’oiseaux et des adjectifs du même genre, comme « sales oppresseurs des peuples du monde entier, immondes fils de chiens, répugnants représentants du capitalisme mondial, tigres de papier impuissants et puants». Un message suivant reprenait la litanie : « oppresseurs des peuples du monde entier, représentants du capitalisme mondial, tigres de papier impuissants». C’est alors que les équipes de surveillance de la CIA (genre Les Trois jours du Condor, pour les cinéphiles) pouvaient interpréter l’état d’esprit des dirigeants chinois : « Comme ils sont gentils! Ils ont retiré, sales, immondes fils de chiens, répugnants et puants ». Conclusion, les Chinois font une ouverture et se disent prêts à discuter avec l’ennemi. Certains dirigeants musulmans ont-ils choisi la même méthode? Haro sur le niqab dans les institutions publiques, on laisse faire, peut-être même encourage-t-on? Après, il sera beaucoup plus difficile d’interdire le hidjab dans la sphère civique. Bien joué!

  • Robert Geoffrion - Inscrit 11 mars 2010 10 h 09

    Vivre en harmonie

    Pour vivre en harmonie, une société a besoin de partager un ensemble de valeurs et conséquemment de règles. La société québécoise (toutes origines confondues) a choisi entre autres valeurs, l'égalité des sexes et la laïcité de l'espace publique. Quoi de plus normal que demander le respect de nos valeurs?
    Le problème c'est que nos élus mollassons n'ont pas assez de colonnes pour se tenir debout.
    En ce qui concerne les immigrants, notre devoir est de leur faire connaître les valeurs auxquelles ils devront adhérer AVANT qu'ils prennent la décision de venir s'installer ici.
    Quand tout sera plus clair, tout sera plus facile.

  • Michele - Inscrite 11 mars 2010 11 h 33

    Les valeurs québécoises?


    Le Québec n'a pas lui-même rencontré ses engagements envers le principe d'égalité des hommes et des femmes et cela même si c'est inscrit dans la loi. Conséquemment peut-on clamer haut et fort que c'est une valeur fondamentale, du moins que cette valeur passe avant les droits comme la liberté de conscience ou de religion?

    Peut-on voir la laicité, version républicaine, comme une valeur fondamentale alors qu'historiquement, la religion a toujours eu une place au Québec. D'ailleurs qui milite pour le maintien du crucifix à l'Assemblée Nationale et pourquoi?

    Reste, toujours la langue commune mais le Québec n'a-t-il pas déjà sa Charte de la langue?