Budget fédéral 2010 - L'environnement et le climat en deuil

Le gouvernement fédéral annonce que dorénavant, certaines études d'évaluation environnementale seront gérées par l'Office national de l'énergie. Du même souffle, il confirme la fin de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère (FCSCA) et une diminution du financement d'Environnement Canada (EC). Le gouvernement balaie ainsi du revers de la main 20 ans de progrès canadiens, alors que nos normes environnementales font l'envie de plusieurs pays et que nos réalisations scientifiques en prévision météorologique et en physique du climat sont reconnues mondialement.

Rappelons quelques faits. En 1992 Jean Charest, alors ministre fédéral de l'Environnement, lançait le Plan vert canadien. C'était le signal de démarrage d'importants travaux scientifiques qui ont pu se concrétiser grâce à la mise en place de fondations successives pour structurer et financer la recherche universitaire en sciences du climat, dont la plus récente, la FCSCA. C'est dans ce contexte que les chercheurs de l'UQAM ont pu entreprendre le développement du Modèle régional canadien du climat (MRCC) et accélérer la formation de spécialistes en sciences de l'atmosphère.

En 2001, faisant suite aux recommandations pressantes du Comité interministériel sur les changements climatiques, le Québec instituait le consortium Ouranos, qui a reçu le mandat d'agir comme centre de référence et de transfert des connaissances pour toutes les questions relatives au climat. Ouranos opère depuis le MRCC pour effectuer les projections climatiques au profit de l'ensemble du pays. La collaboration entre les chercheurs de l'UQAM, d'Ouranos et d'EC a abouti en plusieurs percées scientifiques.

Fondations érodées

La science, l'innovation et la formation de spécialistes sont des outils indispensables pour bâtir une société moderne, soucieuse de son environnement et qui protège ses citoyens des aléas de la météo et des variations climatiques, et il serait irresponsable de s'en priver. La désaffectation du fédéral en matière de soutien à la recherche et à la formation en physique du climat va avoir de graves répercussions pour le pays.

Au Québec en particulier, des millions de dollars sont investis pour des études climatiques en impacts et adaptation. Or une stratégie d'adaptation responsable ne peut se fonder que sur une évaluation quantitative des impacts appréhendés, et les études d'impacts requièrent des projections précises du climat futur; ces projections s'obtiennent avec les simulateurs climatiques, tel le MRCC, issus des recherches en physique du climat. La formation et la recherche universitaire en physique du climat constituent donc l'assise même des études climatiques.

La fin du financement fédéral érode ainsi les fondations mêmes des études climatiques qui se retrouveront bientôt comme un bâtiment juché sur pilotis, vulnérable, en attente d'une éventuelle reconstruction lente et pénible de sa base. Le récent budget fédéral sonne le glas de l'unique groupe universitaire canadien oeuvrant en physique du climat régional, le Centre ESCER, qui a mis deux décennies à développer une expertise de réputation internationale. La disparition d'ESCER précarisera ainsi les investissements du Québec dans sa lutte contre les changements climatiques, en privant le pays des spécialistes dont il aura besoin pour poursuivre ses projets avec rigueur et compétence.

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René Laprise - Professeur titulaire au Département des sciences de la terre et de l'atmosphère de l'UQAM et directeur du Centre ESCER pour l'étude et la simulation du climat à l'échelle régionale

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